Afghanistan : "politique de la gribouille"

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Afghanistan : "politique de la gribouille"
@ MAXPPP
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REACTION - La classe politique a rendu hommage aux soldats tués, en reposant la question du retrait.

L'annonce de la mort vendredi de quatre soldats français en Afghanistan a suscité de nombreuses réactions dans la majorité mais aussi dans l'opposition. Si l'heure est au recueillement, beaucoup évoquent déjà la possibilité d'un retrait anticipé des troupes françaises, à l'instar du président de la République.

L'UMP salue le courage des soldats

De son côté, le Premier ministre, François Fillon, a estimé vendredi lors d'un déplacement en Moselle que la mort de quatre soldats français en Afghanistan constituait un "coup dur qui ne peut que serrer le cœur de tous les Français". "Leur bravoure est grande et leur professionnalisme est reconnu, c'est la raison pour laquelle nos adversaires usent de méthodes aussi basses et aussi ignobles", a ajouté François Fillon.

Gérard Longuet, le ministre de la Défense a pour sa part dénoncé un assassinat. "Ils n'étaient pas armés, ils ont été proprement assassinés par un soldat afghan. On ne sait pas pour l'instant si c'est un taliban infiltré ou si c'est quelqu'un qui a décidé (de son geste) pour des décisions que nous ne maîtrisons pas", a précisé Gérard Longuet.

Une accusation relayée par le chef de la diplomatie française, Alain Juppé qui demande des "assurances crédibles" sur le recrutement des soldats afghans. "C'est un assassinat dans un camp partagé entre l'armée afghane et l'armée française" et les soldats français ont été les victimes d'"un soldat de l'armée afghane", a souligné le ministre des Affaires étrangères. "Nos soldats sont en Afghanistan pour aider le peuple afghan et son armée dans le combat pour la liberté et la démocratie" et "il est incompréhensible et inacceptable que des soldats de l'armée nationale afghane assassinent des soldats français", a-t-il dénoncé.

L'opposition exige le retrait des troupes

François Hollande a rappelé vendredi lors d'une conférence de presse qu'il était "temps de prendre les décisions qui s'imposent". Soulignant qu'il avait proposé le retrait des troupes françaises "de longue date", le candidat socialiste à l'élection présidentielle a assuré que si les Français lui "accordaient leur confiance le 6 mai", il retirerait les soldats "fin 2012". "Cette opération n'a que trop duré. Il est temps d'engager ce retrait", a martelé François Hollande en précisant qu'il ne s'agissait pas "d'un abandon" mais du "terme d'une intervention qui avait atteint son but".

Paul Quilès, ancien ministre de la défense, socialiste s'est quant à lui réjoui  de la possibilité d'un retrait anticipé des troupes françaises, "ce que je demande depuis des années !", a-t-il déclaré. "Mais je ne peux pas m'empêcher de regretter que cette annonce se fasse sous le coup de l'émotion, en contradiction avec tout ce Nicolas Sarkozy a déclaré depuis des années, lui-même et son gouvernement. C'est une politique de gribouille, on a le sentiment que la politique de la France se fait au gré des surenchères d'une campagne électorale", a déploré le socialiste.

"Ce drame souligne plus que jamais l'absurdité de la situation. La France n'a rien à faire dans cette guerre américaine. Nos soldats doivent quitter immédiatement l'Afghanistan. Les gesticulations de Nicolas Sarkozy sont pitoyables. D'abord partisan de cette guerre, Nicolas Sarkozy a ensuite, en 2007, promis le retrait des troupes. Aujourd'hui, voila qu'il hésite. Ce cynisme doit cesser. Pour l'honneur de la France, de son armée et des raisons de combattre et mourir des soldats français", a déploré Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à la présidentielle.

Même son cloche pour le Parti communiste français qui a exigé que "la France retire immédiatement ses troupes". "Le constat, pourtant évident à faire, de l'inanité de la guerre de l'OTAN en Afghanistan, de son échec programmé pour une coalition occidentale considérée comme une force d'occupation, n'aura pas suffi. Il aura donc fallu 82 morts dans cette guerre sans issue, ce fiasco militaire et politique, pour que les autorités françaises posent la question d'un retour anticipé des troupes françaises", peut-on lire dans un communiqué du parti.

"Il ne fallait pas y aller" pour Le Pen

La présidente du Front national, Marine Le Pen, a exigé un retrait immédiat des soldats français, mettant dos à dos ses adversaires à l'élection présidentielle. "La classe politique toute entière a voté pour l'envoi et le maintien des troupes en Afghanistan (...) M. Bayrou était pour, M. Sarkozy évidemment était pour, M. Hollande et le parti socialiste étaient pour. (...) Ils veulent un retrait anticipé mais pourquoi un retrait anticipé ? Pourquoi pas tout de suite ? Puisque manifestement tout cela n'a servi à pas grand-chose (...) Il ne fallait pas y aller et il faut maintenant en partir le plus rapidement possible pour arrêter de multiplier les morts".

Eva Joly, candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle a souhaité le retour du contingent "le plus rapidement possible". "Mais ce retrait ne doit pas se faire dans n’importe quelles conditions, et pour tenter de restaurer la stabilité dans l’ensemble de la région, je propose que la France, dès 2012, organise, avec ses partenaires européens, dans le cadre des Nations Unies, une grande conférence internationale sur l’avenir de l’Afghanistan, avec l’ensemble des pays voisins et partenaires".