A Syrte, avec la marine française

  • A
  • A
A Syrte, avec la marine française
Les hélicoptères décollent du pont, direction la ville de Syrte, ancore aux mains des pro-Kadhafi.@ REUTERS
Partagez sur :

REPORTAGE - Europe 1 est monté à bord d'un navire participant aux opérations en Libye.

Si Tripoli est tombée aux mains des rebelles, l’ensemble de la Libye n’est toutefois pas encore pacifiée. Des poches de combats continuent d’exister, notamment dans le Sud du pays, mais aussi à Syrte, ville située sur la côté méditerranéenne. C’est au large de cette cité libyenne que des navires de guerre français opèrent. Europe 1 a pu monter à bord de l’un de ses géants des mers, activement engagés dans les combats contre les dernières forces fidèles à l’ex-dictateur Mouammar Kadhafi.

Sur le bateau, tout le monde est en mode combat. Et quand une sirène annonçant une attaque imminente retentit, tout le mode doit être à son poste en cinq minutes. Surtout, le navire de guerre, d’une taille équivalente à un immeuble de 11 étages, est plongé dans une obscurité totale. Des feuilles opaques sont placées sur les hublots, et la moindre cigarette est interdite. Car il faut à tout pris éviter d’être repérés. C’est pourquoi les attaques n’ont lieu que de nuit. Au loin, les lumières de Syrte, la cible des attaques de la marine française, n’en sont que plus visibles.

Du combat extrêmement rapproché

Puis le silence, absolu, est brisé par les rotors des hélicoptères français sur le point de passer à l’attaque. Chaque fois, les assauts démarrent au moment où la lune disparaît du ciel. Ce sont des escadrilles qui décollent. Dix hélicoptères de combat, deux personnes à bord, qui rejoignent en quelques minutes seulement leur cible. Et c’est du combat extrêmement rapproché. Les appareils volent à moins de 10 mètres d’altitude parfois. Les pilotes racontent qu’ils voient leurs cibles, leurs ennemis, à travers les caméras thermiques au moment de tiers un missile.

"Je tire mon premier missile sur un véhicule, et je vois la sentinelle, juste avant que le missile arrive, qui pique un sprint dans la direction opposée.  Et je vois qu’en fait ils partent tous en courant de l’autre côté. Ça, je le vois dans ma caméra, je vois tout le monde qui s’enfuit. On sent l’ennemi. A l’attitude, on sent qu’ils ont peur ou pas", raconte François-Xavier, l’un des derniers pilotes à avoir mené un raid sur Syrte.

"Ils se battent avec la force du désespoir"

Et ce sont ces hommes au plus près du terrain qui peuvent témoigner de l’essoufflement des forces kadhafistes. Les hommes qu’ils voient pendant leurs raids sont de plus en plus rares. Sauf que ceux qui ripostent sont d’autant plus dangereux parce qu’ils n’ont plus rien à perdre. "C’est un peu avec la force du désespoir qu’ils se battent, j’ai l’impression", confirme Brice, qui a participé au dernier raid. "Ce n’est pas forcément plus facile. Ils ont plus de hargne, ils tentent plus de choses contre nous. Ils tentent plus de tirs d’opportunité pour essayer de descendre un hélico."

Alors ces attaques d’hélicoptères se font par vagues successives. Puis tout s’arrête au petit matin, quand le jour se lève. Systématiquement, les officiers font le bilan des opérations. Et ce qui se dessine, disent-ils, c’est que les combats ont maintenant tendance à descendre vers le Sud, vers le désert, là où les pro-Kadhafi semblent désormais se retirer.