A Mossoul, la traque des djihadistes continue

  • A
  • A
Partagez sur :

Alors que les forces irakiennes ont libéré les premiers faubourgs de la ville, dernier bastion de l'Etat islamique en Irak, la traque aux djihadistes qui se dissimulent parmi la population se poursuit. Avant d'entamer la "véritable" bataille de Mossoul.

REPORTAGE

Ils sortent de leurs maisons et agitent des drapeaux blancs au milieu des ruelles. Les habitants du quartier de Goji Ali, à Mossoul, veulent signifier qu'ils ne sont pas un danger. Deux semaines après le début de l'offensive, les forces irakiennes sont entrées dans le bastion de l'Etat islamique pour engager la "véritable" bataille de Mossoul. Aux côtés de la Division d'or, les forces spéciales irakiennes, l'envoyée spéciale d'Europe a pu pénétrer dans les premiers faubourgs déjà libérés. 

Il n'avait plus pris la parole depuis un an. Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'organisation Etat islamique (EI) a appelé ses partisans à la résistance alors qu'à Mossoul, ses troupes se retrouvent acculées. Dans un message d'environ une demi-heure, le leader djihadistes enjoint ses combattants à se battre coûte que coûte : "Tenir dans l'honneur est mille fois plus aisé que de se retirer dans la honte", leur lance-t-il. Dans cette ville du nord de l'Irak, on estime entre 3.000 à 5.000 combattants djihadistes encore présents. Pour al-Baghdadi, Mossoul est hautement symbolique : c'est dans l'une des mosquées de la ville qu'il avait proclamé en juin 2014 son "califat", réunissant la Syrie et l'Irak.

"Avec Daesh nous n'avions droit à rien". Dans cette offensive qui se gagne mètre par mètre, les tempêtes de sable ont retardé l'assaut sur la deuxième ville du pays. Dans les premiers faubourgs libérés, les habitants ressortent de chez eux. "Je suis heureux", lance un homme amaigri. "Avec Daesh, nous n'avions droit à rien". A Mossoul, plus d'un million de civils restent pris au piège, dont 600.000 enfants.

Les soldats de la Division d'or sourient mais restent à distance. Le major Salam le sait : il faut à la fois se méfier et s'appuyer sur ces habitants. Au fond d'une tranchée, le commandant montre les corps de quatre djihadistes."Ils ont essayé de se cacher parmi les civils puis de quitter la ville une fois que nous en avons pris le contrôle", précise-t-il ajoutant que ce sont les informations des habitants qui ont permis de les retrouver. Puis de les tuer.

Cartouche de cigarettes et tape dans le dos. L'officier croise un adolescent. Sa barbe et sa tenue respectent les codes djihadistes mais il tient une cartouche de cigarettes. Le major Salam lui donne une tape sur l'épaule puis le bombarde de questions."Qui de Daesh est encore là ?". "J'en connaissais un, mais je vous jure qu'il a quitté le groupe", lui répond le jeune homme. "Qui était l'émir de ce quartier ?". "Abou Mustapha". "Il était du coin ?". "Non, c'était un Russe". 

Cinq poignées de mains plus tard, voilà l'adolescent informateur. Le major lui demande de l'accompagner à la mosquée. Comme l'Etat islamique en son temps, l'officier utilise les hauts parleurs de l'édifice pour s'adresser à la population. "Les forces de sécurité contrôlent totalement votre quartier. Pour votre sécurité, il est interdit de sortir totalement la nuit".

Les habitants s'exécutent. Les mitrailleuses tirent : trois rues plus loin les djihadistes viennent de faire exploser un drone en plastique près des maisons qui servent de base à l'unité. La traque s'annonce longue...