A 14 ans, elles demandent "suis-je jolie ?"

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A 14 ans, elles demandent "suis-je jolie ?"
@ Capture YouTube
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De très jeunes américaines publient des vidéos sur YouTube. Inquiétude des parents.

Alors que Chantal Jouanno a rendu lundi son rapport sur la mode des lolitas, un nouveau phénomène inquiète les États-Unis. Depuis plusieurs mois, des milliers de jeunes filles, et une poignée de jeunes garçons, publient des vidéos sur YouTube et demandent aux internautes : "suis-je joli ou non ?"

La recherche "Am I am pretty or ugly ?" totalise près d'un million et demi de résultats. Le concept : des jeunes filles, généralement âgées entre 9 et 15 ans, demandent aux internautes de juger de leur beauté dans les commentaires.

Forcé de s'expliquer, YouTube a seulement préconisé aux parents de consulter les conditions d'utilisation du site pour obtenir des conseils afin de protéger leurs enfants sur Internet. Europe1.fr fait le point sur cette tendance qui laisse de nombreux parents démunis.

Comment ce phénomène a émergé ? La première vidéo du genre a été réalisée en 2010 par Kendal, une jeune fille âgée de 14 ans. D'entrée de jeu, l'ado demande : "Suis-je jolie ou moche ?". Elle précise ensuite sa démarche : "beaucoup de gens disent que je suis moche, mais je pense que je suis laide. Je pense que je suis moche et grosse". Pour inciter les internautes à donner leurs avis, la jeune fille a réalisé un diaporama photos la montrant sous toutes les coutures. Des photos généralement prises devant sa webcam ou dans sa salle de bain.

Voici la vidéo vue plus de 4 millions de fois depuis sa publication le 17 décembre 2010 :





Quelle est l'ampleur prise par cette mode ? Dans la droite ligne de la vidéo publiée par Kenda, des milliers de jeunes filles ont publié des vidéos du même acabit. Toutes reprennent les codes de la vidéo initiale. Après s'être brièvement présentée (âge, prénom, ville d'origine), les jeunes filles ajoutent une série de photos d'elles. Généralement, les vidéos atteignent plusieurs milliers de vues.

Une autre vidéo reprenant les même codes que celle de Kendal :





Comment réagissent les internautes ? Dans les commentaires, différents points de vue s'affrontent. D'abord, certains internautes tentent de rassurer les jeunes filles. "Tu es belle", "Vraiment mignonne" ou encore "T'inquiète bébé, vraiment trop belle, j'adore ton corps", peut-on lire sur YouTube. A contrario, certains sont sans pitié et laissent des commentaires acerbes, comme "espèce de petite trainée qui cherche de l'attention", ou encore " j'imagine que tu attends un retour, alors sache-le, tu es moche". Enfin, des internautes tentent d'alerter les jeunes filles sur le côté absurde de leur démarche. " Votre mère devrait supprimer cette vidéo, fermer votre compte YouTube, surveiller vos activités en ligne", alerte l'un d'eux.

Quelle responsabilité pour les parents ? Le phénomène suscite de vives réactions sur les blogs mères outre-Atlantique, rapporte Le Mouv. De nombreux parents se montrent inquiets et dépassés. Un policier du New Gersey leur propose d'ailleurs de participer à des séminaires pour leur apprendre à poser un mouchard sur les ordinateurs de leurs enfants. Certains parents demandent également à YouTube d'être plus clair sur la politique de mise en ligne de vidéo par les jeunes mineurs.

Voici un reportage de la chaîne américain msnbc  sur le phénomène :





Que répond YouTube ? Le site de diffusion de vidéos n'a pas souhaité commenter directement sur le phénomène "Am I pretty". YouTube a toutefois publié un communiqué conseillant aux parents de consulter les règles de sécurité du site. Sur les conditions d'utilisation il est indiqué qu'aucun jeune âgé de moins de 13 ans ne peut posséder un compte YouTube. Bien évidemment, cette restriction est contournée.

Y-a-t-il des antécédents ? Ce phénomène rappelle celui de Hot or not. Ce site participatif propose aux gens de publier une photo d'eux, les internautes donnent ensuite une note de 1 à 10. Le phénomène n'est donc pas nouveau et s'inscrit dans une tendance bien plus globale de sexualisation et féminisation des jeunes filles.