20 ans de tourments pour le Channel

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20 ans de tourments pour le Channel
La courte histoire du Tunnel sous la Manche a été riche en rebondissements.@ REUTERS
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Entre fiasco financier et incidents, l’histoire du tunnel sous la Manche a été tumultueuse.

L’histoire du tunnel sous la Manche depuis la jonction de 1990 n’a pas été un long fleuve tranquille. Depuis sa mise en service en 1994, il a été la proie d’énormes difficultés financières et d’incidents techniques spectaculaires. La proximité de sans-papiers décidés à rejoindre la Grande-Bretagne a également été à l’origine de problèmes.

Fiasco financier. Dès 1997, la société Eurotunnel, concessionnaire de l’infrastructure, est au bord de la faillite. En cause, le surcoût du projet, qui aura finalement coûté 12,5 milliards d’euros, au lieu des 7,5 milliards initiaux. En cause aussi, des projections d’exploitation trop optimistes. En 1987, la société prévoyait de transporter 30 millions de voyageurs et 15 millions de tonnes de fret par an. Or, en 2003, Eurotunnel a transporté 6,8 millions de voyageurs et 1,5 million de tonnes de fret.

Les conséquences pour les quelque 700.000 petits porteurs, qui détiennent près de 65% du capital, sont catastrophiques. L’action, côté à 35 francs (5,34 euros) à son introduction en bourse en 1987, grimpe jusqu’à 128 francs (19,51 euros) en mai 1989, puis s’écroule lentement mais sûrement. A partir de 1995, elle stagne entre 0,5 et 1 euro, avec un plus bas historique atteint le 13 mars 2003, à 0,34 euros. Trois mois plus tard, la cotation est suspendue par l’Autorité des marchés financiers.

En 2006 débute une procédure de sauvegarde. La dette colossale de 9 milliards d’euros est divisée par deux. La société Eurotunnel disparaît au profit d’une nouvelle entité, Groupe Eurotunnel. Dans le cadre d’une Offre public d’échange (OPE), les petits porteurs ont l’occasion de limiter les dégâts. Ainsi restructurée, la société réalise pour la première fois en 2008 un bénéfice, et distribue même des dividendes à ses actionnaires.

Incendies. Le 18 novembre 1996, un poids-lourd prend feu à 17 kilomètres de l’entrée française du tunnel. Huit personnes sont légèrement intoxiquées par les fumées. Pendant un mois, le tunnel sud, celui où le sinistre s’est déclaré, est fermé. Les conséquences sont plus importantes pour le fret, dont le trafic est suspendu pendant plusieurs fois pour des travaux de sécurisation du site.

Douze ans plus tard, le 11 septembre 2008, un camion s’embrase sur une navette de fret dans le tunnel nord. La température monte jusqu’à 1.000 degrés, mais aucune victime n’est à déplorer, les passagers ayant rapidement été conduit vers le tunnel de service. L’exploitation commerciale n’est suspendue que quelques jours, mais il faut attendre février 2009 pour que le trafic reprenne normalement.

Paradoxalement, ces deux sinistres ont plutôt servi Eurotunnel. En l’absence de victimes, la société a pu mettre en avant la sécurité du site.

Intempéries. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, environ 2.000 passagers de l’Eurostar se retrouvent coincés dans le tunnel en raison du froid et des fortes chutes de neige. Certains mettront 16 heures pour rallier leur ville d’arrivée. Une enquête indépendante conclura en février 2010 à la responsabilité non pas d’Eurotunnel, mais d’Eurostar. La compagnie ferroviaire réalise d’importants travaux sur ses rames pour que l’incident ne se reproduise plus.

Sans-papiers. Dans la nuit du 25 au 26 décembre 2002, le trafic sous le tunnel sous la Manche est fortement perturbé par la présence de passagers… à pied. Quelque 550 réfugiés du camp) de Sangatte, démantelé depuis, sont en effet parvenus à franchir les barrières et les services de sécurité. 129 d’entre eux parviendront à pénétrer dans le Tunnel. La police leur fait la chasse, et rattrape les plus avancés à… 7 kilomètres de l’entrée. Depuis, les contrôles sont drastiques pour empêcher des clandestins de gagner l’Angleterre.

Insolite. En août 2010, des passagers de l’Eurotunnel traversent trois fois la Manche de suite. Ils avaient tout bonnement été oubliés dans leur wagon à leur arrivée à Calais, et sont donc retournés dans la foulée, contraints et forcés, en Angleterre. Magnanime, Eurostar leur a offert un troisième - et dernier - aller vers la France.