Une maison pour composer une nouvelle famille (partie 4)

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Une maison pour composer une nouvelle famille (partie 4)
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Quelle place pour chacun ? L’un habite avec ses enfants, l’autre pas

Quelle place pour chacun ?

L’un habite avec ses enfants, l’autre pas

Une fois fait le choix de refaire famille, entre un parent et un conjoint sans enfant ou non, gardien ou non de ses enfants, où habite-t-on ? Les facteurs qui influencent chaque situation sont si nombreux que la réponse n’est pas simple mais, d’une manière générale, la solution semble s’imposer d’elle-même : la famille recomposée s’installera là où habitent déjà les enfants, puisque le logement est généralement plus spacieux.

Au-delà de cette logique pratique, le parent gardien, qui a vécu les bouleversements résidentiels qu’apporte la désunion et qui a vu ses enfants découvrir un autre mode de vie entre plusieurs maisons, fait ce choix parce qu’il a le souci premier de stabiliser la vie des enfants chez eux. Il cherche à leur éviter un déménagement dont le stress viendrait s’ajouter à la présence, dans la maison de leur parent, d’un nouveau conjoint.

Si le souci premier du parent gardien est d’atténuer les stress de la recomposition familiale, il n’en reste pas moins que le parent gardien devient l’arbitre de la nouvelle situation. Il est chez lui avec ses enfants et, si la nouvelle union devait se terminer à court ou moyen terme, il resterait chez lui. L’espérance de vie qu’il accorde au nouveau couple dicte bien des choses, généralement en privé. Cela se passe consciemment ou inconsciemment, mais le choix d’accueillir chez soi le beau parent, s’il oblige à des aménagements dans la maison et à des reconfigurations des relations entre les membres de la maisonnée, offre tout de même la possibilité d’une période « de rodage » du couple. Il offre au parent gardien resté chez lui, éventuellement, un amortissement des chocs qui seraient liés à une nouvelle désunion.

On le voit, la famille monoparentale ne se transforme pas en foyer biparental du simple fait de l’emménagement d’un beau parent. Bien au contraire, la maisonnée ne se forme que grâce à la consolidation du couple et à l’élaboration active et dans la durée d’un « chez-nous ».

Quelle chambre pour qui ?

Ce but est aussi celui du couple formé par deux parents gardiens. Et, dans un cas comme dans l’autre, les nouveaux partages territoriaux de la maison familiale sont toujours significatifs. Les questions que doivent résoudre les parents sont nombreuses et les interprétations des réponses à ces questions par les enfants le sont tout autant.

Qui aura la belle chambre ? Qui aura la petite chambre plutôt riquiqui ? Qui devra s’accommoder de partager sa chambre ? Qui devra accepter ce partage avec l’enfant « de l’autre » parent plutôt qu’avec son propre frère ? Et quand on habite une maison dotée d’un grenier et d’un sous-sol habitables, qui aura le privilège de se voir accorder ces espaces ? Mais s’agit-il vraiment de privilège ? Habiter au grenier ou au sous-sol, n’est-ce pas, aussi, être mis quelque peu à part ? Et pour quelle raison jouit-on de ce droit ? Parce qu’on est adolescent et déjà capable de vivre à distance de l’intimité de la famille ? Ou bien parce qu’on est adolescent et qu’on est un peu rebelle, le trublion de la famille, qu’il est bien pratique d’éloigner pour avoir la paix ? Tel enfant a-t-il la plus belle chambre parce que son parent tient les cordons de la bourse ? Ou bien parce que son parent n’a pas encore vraiment laissé de place au nouveau conjoint ?

Chaque membre de la famille recomposée possède un passé propre et une expérience personnelle de la vie familiale. Ce passé est meublé d’émotions qui sont « portées » , entre autres, par les objets du chez-soi, les meubles, les jouets, les vêtements, les cadeaux qu’on a reçus, ses posters et ses trésors intimes. Qu’est-ce qui peut être apporté dans la nouvelle maison de cet univers privé, du monde familier de chacun ? La place faite aux uns et aux autres implique aussi que de la place soit aussi faite pour les objets des uns et des autres. Chaque arbitrage est potentiellement significatif et peut susciter rivalités, malentendus et chocs des goûts personnels. Un jour, pourtant, chacun se sent chez soi !

Ces arbitrages territoriaux et en matière de goût ont de multiples sens. Ils permettent de signifier spatialement et par les objets la place qu’occupent le couple et les autres membres dans la maisonnée. Ils servent aussi de moyens pour éviter les tensions entre, par exemple, les enfants de deux fratries différentes, ou entre les enfants d’âges différents. Cette régulation fait partie des actes et des événements qui permettent de souder la nouvelle famille et de lui donner une cohésion propre malgré sa complexité.

La régulation n’opère donc pas seule et, surtout, elle s’inscrit dans le temps. Certains enfants grandissent et quittent le foyer familial, « libérant » un espace qui permet au reste de la famille de revoir les « allocations » de chambres. Le couple est consolidé et les enfants le constatent. L’espace approprié et parfois conquis par chacun pour lui-même et l’espace partagé parlent de manière forte de la qualité des relations dans cette famille complexe.

L’espace apaisé parle un jour d’une famille qui est une famille tout court.

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