Pourquoi parle-t-on de huisserie pour une porte ?

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Pourquoi parle-t-on de huisserie pour une porte ?
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En attendant que les fast food changent la donne en réévaluant le rapport largeur sur hauteur, les portes ont toujours répondu à un même format, à quelques détails près, ce qui pourrait laisser croire à une banalité indigne d’intérêt. Mais ce serait ignorer la subtilité étymologique de cet endroit qui permet d’entrer et de sortir d’un lieu.

En attendant que les fast food changent la donne en réévaluant le rapport largeur sur hauteur, les portes ont toujours répondu à un même format, à quelques détails près, ce qui pourrait laisser croire à une banalité indigne d’intérêt. Mais ce serait ignorer la subtilité étymologique de cet endroit qui permet d’entrer et de sortir d’un lieu.

Alors que le latin disposait de plusieurs synonymes pour désigner une porte, que ce soit foris, janua ou ostium, c’est porta qui s’est imposé dans la langue française alors que ce vocable impliquait plutôt un endroit de passage qui, certes, pouvait être l’entrée de la maison mais aussi celle d’une ville ou d’un camp. Car, compreniez bien qu’à l’origine, la porte désignait l’ouverture qui permet le passage dans un lieu fermé et non le panneau mobile qui ouvre et ferme cette ouverture, ce qu’on appelle un vantail ou un battant. Au même titre qu’une baie décrit la percée pratiquée dans un mur pour y loger, le cas échéant, une fenêtre.

De porte en porte.

Pour expliquer l’étymologie du vocable, Jean Nicot, dans ce qu’on considère comme le premier dictionnaire de la langue française, en 1606, reprenait à son compte une jolie histoire initiée par Aelius Donatus, grammairien latin du IVe siècle, et que Littré attribuait à Tite-Live : aux temps jadis, quand on traçait l’enceinte d’une ville ou les murs extérieurs de la maison à l’aide d’une charrue, aux emplacements prévus pour les entrées, on soulevait, on portait le soc de la charrue afin que le sillon tracé soit interrompu à cet endroit précis. Et qu’il nous en est resté le vocable porte. Hélas, si vous aviez bien lu l’origine du mot dans le paragraphe précédent, vous aurez compris que cette explication ne tient pas. Dommage…

La portière.

En sachant que, jusqu’alors, on isolait les pièces par des tapisseries ou des étoffes, qu’on appelait des portières. Et dont on faisait usage pour diviser une même et grande pièce, sorte de cloisons mobiles avant l’heure. Aujourd’hui, la portière est devenue cette tenture qu’on place devant une porte pour empêcher d’éventuels courants d’air ou pour décorer un intérieur douillet, un procédé dont les Romains faisaient un usage quasi systématique pour toutes leurs portes.

Et quand il s’est agi de remplacer ces tapisseries par des panneaux de bois, vantaux et battants, c’est le vocable huis qui s’est imposé, et ce au moins jusqu’à la Renaissance.

L’huis.

Dérivé du latin ostium de même sens, l’huis est donc un panneau mobile, généralement en bois mais aussi de fer voire aujourd’hui de matériaux synthétiques, qui permet de fermer les portes, ces passages de communication à l’intérieur d’une maison. Ce qui conduira logiquement à l’huisserie qui regroupe toute la menuiserie d’une porte. Voilà qui ne manque pas de sens puisque menuiserie est une contraction de menue huisserie ! Ce que confirment les professions attachées à ces ouvertures : portier pour le gardien de la maison, ancêtre de notre concierge, et huissier pour la personne chargée d’ouvrir et de refermer les portes intérieures. Ce que la locution « à huis clos » explique fort bien par ailleurs.

Portail, portillon et poterne.

Avec une origine identique à celle de la porte, le portail est généralement réservé aux églises même si, parfois on l’emploie pour certains grands édifices ; puis par extension, à la façade entière dudit bâtiment. Il faudra quasiment attendre le XXe siècle pour que portail devienne synonyme de grande porte puis associé à la fermeture du jardin de nos maisons de banlieue. Le portillon, lui, n’est qu’une petite porte, au sens de huis, qui ne ferme que la partie inférieure d’une ouverture. Tandis que la poterne, dérivé du latin postera, la porte de derrière, est un terme de fortification qui décrit une « fausse » porte sur une galerie souterraine qui donne accès à une sortie secrète. En bref, une porte dérobée.

Pas de la porte ou pas-de-porte ?

Synonyme du seuil, le pas de la porte délimite l’espace qui se trouve, à l’extérieur, juste devant l’entrée d’une maison ; un vocable qui existe depuis fort longtemps à la différence du pas-de-porte qui date de la fin du XIXe siècle et qui correspond à une somme payée par un commerçant pour bénéficier d’un local puis, dans son acception actuelle, pour exprimer la clientèle rachetée en même temps qu’un fond de commerce.

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