Pleige et fidéjusseur, garant et aval, des mots sujets à caution ?

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Pleige et fidéjusseur, garant et aval, des mots sujets à caution ?
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Evidemment, il n’est pas du propos de ce modeste article de vous transformer en professionnel du jargon juridique, mais ces mots à l’étrange sonorité ont forcément, un jour ou l’autre, attiré votre attention. Où vous constaterez qu’en dépit de leur aspect peut-être rébarbatif, ils recouvrent une réalité somme toute bien prosaïque.

Evidemment, il n’est pas du propos de ce modeste article de vous transformer en professionnel du jargon juridique, mais ces mots à l’étrange sonorité ont forcément, un jour ou l’autre, attiré votre attention. Où vous constaterez qu’en dépit de leur aspect peut-être rébarbatif, ils recouvrent une réalité somme toute bien prosaïque.

 

Dès lors, ne nous privons pas du plaisir d’aller à la rencontre de ces quelques vocables impliquant une notion plus ou moins étendue de garantie, en commençant par celui qui semble le plus simple, la caution.

 

 

 

La caution

 

Un mot qui illustre à merveille l’impossibilité de réconcilier le français et son droit car, à l’origine, la caution (qu’on écrivait caucion) désignait l’engagement pris par une personne et non cette dernière, soit son acception actuelle ! Vous me suivez ? Et pour corser le tout, de nos jours, le langage populaire confond allègrement la caution (l’individu, donc) et son cautionnement (les sous) !

 

Pourtant, d’un point de vue strictement lexical, tout semblait à peu près simple jusqu’à ce que Diderot complique l’affaire dans son Encyclopédie en indiquant que caution est synonyme de cautionnement quand il s’agit de l’engagement mais qu’il vaut également pour la personne auquel cas il est synonyme de pleige !

 

 

 

 

Tout se complique !

 

Une confusion renforcée par Littré, dans son célèbre dictionnaire, qui précise que la caution est un engagement que l’on prend pour un autre et, par extension, la personne qui prend cet engagement. Un imbroglio confirmé, si je puis dire, par l’Académie française dans son édition de 1932. Vous admettrez qu’un homme normalement doué de raison ne saurait y retrouver ses petits…

 

D’où l’on déduira que la métonymie populaire a ses limites puisque d’un engagement on est arrivé à une personne puis revenu à… son engagement ! Démontrant, si besoin était, que le français littéraire et le droit ne font pas forcément bon ménage.

 

 

 

 

C’est vous qui voyez…

 

Bref, dites ce que bon vous semble mais sachez que votre avocat parlera de la caution (c’est vous) et du cautionnement (l’engagement à l’égard d’un créancier en faveur d’un tiers) ; une distinction qu’on peut rapprocher du garant (la personne) et de la garantie (le contrat).

 

En tout cas, restez vigilant en la matière, ce que confirme l’étymologie du mot emprunté au latin classique cautio qui signifie se tenir sur ses gardes, précaution. Car devenir caution implique des risques réels…

 

 

 

 

 

En aval de la caution.

 

Nous disposons, en français, d’un synonyme de ce garant, de cette caution, que l’on appelle un aval, un terme de négoce qui indique que quelqu’un signe au bas d’un contrat pour garantir le paiement en cas de défaillance du contractant. Autrement dit, un donneur d’aval est une caution solidaire. Quant à l’origine du vocable, elle demeure sujette à discussion même si l’abréviation de à valoir semble… prévaloir.

 

 

 

 

Garant en toute chose.

 

Même s’il ne s’appuie plus sur le droit formel, le garant reste, par principe, une caution à la différence près qu’on peut être garant de… soi-même, ce qui nous éloigne quelque peu de notre thème juridique. Autrement dit, le vocable garant peut s’appliquer à de nombreuses situations et n’a pas la précision de la caution ou du fidéjusseur. Donc, une caution est forcément le garant mais l’inverse ne se vérifie pas !

 

Un mot d’origine germanique, warjan (désigner quelque chose comme vrai), qui a donné en vieux français le verbe garir (protéger, garantir, cautionner), pour finalement conduire au verbe… guérir, ce qui ne manque pas de sens si on y réfléchit, car quand on guérit quelqu’un de quelque chose, cela signifie bien qu’on le préserve, qu’on le soulage.

 

 

 

 

Le fidéjusseur.

 

Encore un de ces mots jargonnants qui, à lui seul, semble justifier les honoraires, forcément élevés, de votre avocat et qui, pourtant, recouvre une réalité bien tangible : une caution. Un pur synonyme donc, qui reprend la racine fides, en latin, qui signifie la confiance, la foi. Il s’agit, tout bonnement, d’un garant qui s’oblige à exécuter l’obligation d’un débiteur dans le cas où ce dernier ferait défaut. Un vocable qui nous vient du droit romain où le fidejussor garantissait, déjà, la dette d’un contractant et qui est entré dans la langue française dès le début du XIVe siècle avec strictement le même sens. Autrement dit, rien de neuf sous le ciel de l’ouest…

 

 

 

 

 

Le pleige.

 

Egalement orthographié plège, apparemment emprunté à l’ancien bas francique plegan, de même sens, via le bas latin plebium, il s’agit d’un vieux mot de la langue française qu’on trouve également sous la forme gage-pleige, que nos adeptes du droit emploient à plaisir pour impressionner le chaland. Un vocable qui, pourtant, à l’image de fidéjusseur, ne décrit jamais que le garant d’une obligation répondant en deuxième ressort. On notera au passage que nos anciens n’hésitaient pas à jouer de la redondance puisque la locution. Il s’est offert pour pleige et caution dans cette affaire ne fait que dire et répéter cette notion de garant. Mais quel chic, vous avouerez !

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