Peut-on confondre ferme et grange ?

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Peut-on confondre ferme et grange ?
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Qui ne rêverait, pour ses vieux jours, de taquiner le goujon et de retrouver les senteurs originelles de la campagne, dans une petite ferme poitevine restaurée pour l’occasion ? Une jolie fermette, symbole d’un art de vivre perdu quand on prenait son temps et qu’on goûtait les choses simples.

Qui ne rêverait, pour ses vieux jours, de taquiner le goujon et de retrouver les senteurs originelles de la campagne, dans une petite ferme poitevine restaurée pour l’occasion ? Une jolie fermette, symbole d’un art de vivre perdu quand on prenait son temps et qu’on goûtait les choses simples.

Un lyrisme bien peu en prise avec la réalité contemporaine mais qui conserve, en dépit de la modernité ambiante, un je-ne-sais-quoi d’absolu. Mais encore faut-il que ce rêve de maisonnette champêtre ne se transforme pas en découverte d’une vulgaire grange, d’une étable crottée, d’un fenil mité…

Etymologiquement, le mot ferme, adjectif et substantif, présente une même origine qu’il s’agisse d’un établissement rural, bien sûr, mais aussi d’une concession, d’un type de charpente ou de quelque chose qui n’est pas mou . Un vocable emprunté à l’adjectif latin firmus qui signifie fort, solide. En effet, la ferme n’est en rien, à l’origine, un bâtiment campagnard ou des terres agricoles mais un adjectif indiquant qu’on s’engage dans un bail de façon rigoureuse et définitive.

Une concession ferme.

Car la ferme était initialement une convention par laquelle le propriétaire d’une terre en abandonnait la jouissance à quelqu’un, pour un certain temps et contre rémunération, sorte de concession contractuelle. Pour ce faire, on établissait un accord de manière ferme. De cette façon, on affermait, on baillait à ferme.

Ainsi le fermier était celui qui prenait de tels droits à ferme, qui louait ses terres à un propriétaire contre monnaie trébuchante, ce qu’on appelait le fermage, tandis que le métayer rétribuait son maître en partageant sa récolte.

Une délégation royale.

De la même façon, on appelait ferme le droit de percevoir certains revenus et impôts pour le compte du roi. Une délégation inventée par Philippe le Bel, poursuivie par ses successeurs, qui octroyait ces fermes à de simples particuliers (si je puis dire), permettant ainsi à la Couronne de recouvrer l’argent sans se soucier de sa perception. Des fermes qui devinrent générales avec Colbert, et dont les bénéficiaires, les fameux fermiers généraux, furent pour partie responsables de la Révolution.

Un nouveau concept.

Sans nul doute possible, les Romains furent les inventeurs du concept de maison de campagne ; s’ils ne vivaient pas dans le monde agricole, ils savaient en faire une résidence secondaire, goûtant les plaisirs de la terre, de l’agriculture, de l’élevage. Ce qui ne fut pas le cas des sympathiques barbares qui participèrent à la chute de l’Empire et dont nous sommes pour partie les descendants : ripailleurs, batailleurs, nomades, et fort peu enclins aux travaux manuels.

Un travail de moine.

Il fallut attendre l’essor des monastères pour que l’agriculture prenne tout son sens avec des cultures qui allaient au-delà des nécessités vivrières communes au monde paysan d’alors. Des moines qui construisirent toutes sortes de bâtiments, des granges, des étables, des celliers, défrichèrent bois et forêts, asséchèrent lacs et marais. Le concept de l’exploitation agricole était né, une ferme qui finit par désigner une maison des champs, indépendamment des terres qui lui étaient rattachées.

Une charpente.

De façon plus anecdotique, la ferme désigna, en charpenterie, un type singulier d’assemblage de poutres placées régulièrement pour porter le faîte et les chevrons, formant ce qu’on appelle une ferme de comble. Parfois déclinée en fermette pour décrire la petite charpente d’un faux comble ou d’un plancher. Une acception qui n’apparaîtra qu’en 1832 dans le dictionnaire de l’Académie même si, à l’époque, on parlait déjà d’une ferme pour désigner l’habitation du fermier et son exploitation.

La grange.

Avec le vocable grange, emprunté au latin populaire granica de même sens, dérivé de granum, le grain, on revient aux bâtiments agricoles puisqu’il s’agit du lieu de stockage du blé en gerbe, en attente du battage qui séparera le grain de la paille. Mais au Moyen-Age, on appelait également granges des domaines ruraux bâtis par des moines au nombre desquelles les fameuses Granges cisterciennes. Ce qui explique que, dans certaines provinces, le grangier fût synonyme de fermier ou de métayer.

Une grange qui, aujourd’hui, quand elle n’est pas aménagée en résidence secondaire, sert à entreposer toutes sortes de paille, de foin, de fourrage, des récoltes, voire du matériel agricole, perdant ainsi son usage spécifique d’entrepôt à blé. A l’image du fenil, qui n’est pas une bâtisse mais un lieu de stockage du foin, qui peut être le grenier ou l’étage supérieur d’une étable, ou d’un bâtiment rural quelconque.

L’étable.

Si en bon français l’étable est réservée aux bovins en général et aux vaches en particulier, son origine latine lui donne un sens bien plus large puisque le stabulum est un endroit où l’on séjourne ; qui peut être aussi bien une étable, donc, mais aussi une écurie, une bergerie, un poulailler, une ferme, une auberge voire un lieu de débauche quelconque ! Et profitons de l’instant pour rétablir une vérité mythologique en précisant que Héraclès (devenu Hercule chez les Romains) n’a jamais nettoyé les écuries d’Augias mais ses étables puisque y logeaient quelque trois mille bœufs, et non des chevaux !

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