Où habiter ? (2)

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Où habiter ? (2)
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Pour choisir notre domicile, nous jonglons en virtuoses. Les contraintes sont nombreuses et souvent contradictoires et il nous faut, en plus, nous faire quelque peu plaisir !

Pour choisir notre domicile, nous jonglons en virtuoses. Les contraintes sont nombreuses et souvent contradictoires et il nous faut, en plus, nous faire quelque peu plaisir !

CONTRAINTES, RAISON ET ETATS D'AME

D’abord, les questions d’argent

Les économistes l’affirment : pour la majorité d’entre nous, ce sont les contraintes économiques qui sont les plus fortes. Ce sont elles qui sont les plus déterminantes dans le choix que nous faisons d’habiter tel ou tel quartier, en ville ou en banlieue, en appartement ou en maison. Nous avons, certes, nos préférences. Mais, nous disent-ils, nous nous interrogeons sur leur coût. Et nous renonçons à elles lorsqu’elles nous font quitter le domaine du raisonnable pour entrer dans celui du coup de cœur ! D’ailleurs, ce sont elles aussi qui font que nous décidons d’habiter en locataires ou en propriétaires. Et ils ajoutent que ces contraintes sont encore plus déterminantes dans le cas de certains marchés immobiliers, tels, par exemple, ceux des grandes métropoles du monde.

Les facteurs humains !

Les sociologues sont bien moins catégoriques. Ils constatent que, pour la plupart d’entre nous, nos décisions résidentielles finales ne sont pas seulement économiques. Elles prennent en compte nombre d’autres facteurs.

L’un de ces facteurs est notre désir de nous installer là où l’indique notre position sociale. Ou bien là où habitent ceux dont nous voudrions partager la position sociale. En d’autres termes, nous choisissons d’habiter parmi nos semblables socio-économiques, qu’ils soient actuels ou futurs, quitte à consentir à bien des sacrifices financiers !

Car élire domicile dans ce qui est, à nos yeux, le bon quartier, voire la bonne rue, conforte l’image de nous-mêmes dont nous avons besoin. Nous veillons aussi, de cette manière, à donner à nos enfants le goût d’un mode de vie et l’ambition d’élever, le moment venu, cette position sociale. D’ailleurs, le « bon quartier », qu’il soit situé en ville ou en banlieue, offrira aussi, selon toute probabilité, l’école, les relations, les activités et les services qui serviront cette ambition.

Pour décider où nous allons habiter, nous mobilisons aussi toute une série de considérations qui concernent les autres sphères de notre vie. Nous choisissons la banlieue pour que les enfants aient un jardin pour s’ébattre. Nous nous rapprochons du quartier de nos parents parce qu’ils nous rendent bien des services ou parce qu’ils vieillissent. Ou bien nous faisons l’inverse parce que nous craignons leur proximité ! On le voit, ces motivations familiales varient en fonction des différentes étapes de la vie. Comme varient les motivations professionnelles, du début d’une carrière à la retraite.

Nous tenons aussi compte de nos convictions en matière d’écologie, de religion, et d’appartenance culturelle ou ethnique. Ainsi refuse-t-on d’habiter un quartier qui obligerait à de longs trajets en voiture …en bon écolo qui veut réduire son empreinte carbone ! Ainsi se forment les quartiers principalement habités par des Asiatiques ou des Africains, non loin d’une synagogue, d’une église ou d’une mosquée, des services communautaires …et des épiceries et restaurants de même inspiration culturelle.

La part des émotions

Ajoutons à cela les caractéristiques du logement et du quartier. Un appartement magnifique dans un quartier qu’on n’aime pas et c’est le déchirement ! Un quartier à la mode mais si cher qu’on ne peut s’offrir qu’un logement minuscule et il faut choisir entre une certaine vanité et la qualité de sa vie quotidienne. Un logement un peu banal mais qui a une si belle terrasse ! Une grande maison dotée d’un jardin riquiqui … L’espace nous parle et nous en sommes troublés. L’esthétique des lieux que nous pourrions habiter est une mystérieuse affaire. Untel tombe amoureux du panorama qui s’étend devant une fenêtre. Un autre se laisse séduire par une façade qui croule sous les rosiers grimpants. Un troisième s’enfuit à la vue d’un couloir sombre ou tortueux. Un dernier ne supporte pas les cent fenêtres de l’immeuble d’en face derrière lesquelles pourraient se cacher tant de regards indiscrets.

Les contraintes économiques, certes. Mais aussi la famille et son avenir. Le travail et les cheminements de carrière. Ainsi que les qualités spatiales du logement. Et celles du quartier, auxquelles il faut ajouter ses qualités sociales. Et cette chose personnelle et complexe qu’est la sensibilité aux qualités esthétiques d’un logement et d’un quartier. Nous élisons domicile en nous appuyant sur tout cela. La complexité est inévitable. Nous l’assumons parce que le choix de notre logement est primordial à nos yeux à tous les moments de notre vie.

Voyez la partie 1 de ce dossier : Retour sur un parcours de combattant "Le Grand Ecart"

http://perlaserfaty.net/