Merveilleux et Prosaïque, le JARDIN (3)

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Merveilleux et Prosaïque, le JARDIN (3)
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Il fut un temps où le potager – comme le verger - était indispensable aux familles rurales et ouvrières. Peu d’entre elles étaient financièrement à l’aise. L’argent était rare et utilisé avec circonspection. Dans un tel contexte, le potager était avant tout utilitaire.

Il fut un temps où le potager – comme le verger - était indispensable aux familles rurales et ouvrières. Peu d’entre elles étaient financièrement à l’aise. L’argent était rare et utilisé avec circonspection. Dans un tel contexte, le potager était avant tout utilitaire.

UN POTAGER POUR NOURRIR LE CORPS ET L’ÂME

Où il n'est plus vraiment question d'économies

Bien des choses ont changé avec l’urbanisation des sociétés occidentales, et, au cours de la seconde moitié du XXème siècle, avec leur enrichissement global. Aujourd’hui, on plante un potager par choix et bien rares sont ceux qui peuvent honnêtement affirmer qu’il leur fait faire des économies substantielles.

S’imposer bien des peines

On aura beau tenter de nous en convaincre – comme le font beaucoup de livres, d’émissions télévisées ou de magazines - il n’y a pas de potager fécond et bien entretenu sans peines ni contraintes, sans apprentissages, espoirs, triomphes et déceptions et sans persévérance. Milieu vivant, il transforme le temps (dans tous ses sens : les intempéries et les beaux jours, la durée, les saisons) en une préoccupation constante.

Véritable monde en soi où se livrent de secrètes batailles - et mille accommodements minuscules - entre le cultivateur, la terre et ses habitants, c’est un espace d’émotions ! Tout cela est fatiguant.

Et pourtant vingt millions de français en cultivent un et ils n’en finissent plus d’y rêver. Quel est ce mystère ?

D’héroïques et discrets savants

Repiquage, paillage, irrigation, compost, semis…On ne le dit pas assez, un potager exige un savoir et un vrai savoir-faire qui ne s’acquièrent qu’à l’épreuve de sa culture et de son entretien. Là se trouvent deux plaisir devenus « gratuits », une forme d’art pour l’art : celui d’apprendre et celui de mettre en pratique ce savoir à sa façon.

Et posons-nous la question : parmi ces millions de jardiniers, combien sont heureux au travail, combien ont choisi leur profession, combien tirent de leur travail quotidien rémunéré la satisfaction d’une vocation bien remplie ? Ils sont relativement peu nombreux. Le potager compense cela. Il permet à une forme de créativité et de liberté d’être avec soi-même de s’épanouir avec, à l’occasion de la récolte, des résultats concrets et probants qui apportent une satisfaction intime.

De cette créativité, les jardiniers sont fiers. Pour s’en convaincre, il suffit de se souvenir de ceux que nous connaissons tous. Tel jardinier de balcon jubile lorsque la première tomate-cerise mûrit sur sa tige. Tel autre vous inonde de son abondante – et précieuse à ses yeux - récolte de laitues. Tous nous veulent admiratifs devant leur récolte : elle a exigé tant d’efforts !

Le potager fait d’innombrables héros ! Mais quels paisibles héros qui pénètrent fatigués dans leur potager pour en ressortir calmés ! Patience, lenteur, concentration, tout cela détend et vaut bien mieux à leurs yeux qu’un « dé-stressant » chimique !

Gardiens de patrimoine

Les jardiniers vous le diront : rien ne vaut, en matière de goût, un légume fraîchement cueilli qui va, en quelques minutes, du potager à leur assiette. La nostalgie des « vrais goûts des fruits et légumes d’autrefois » est une des fortes motivations des jardiniers. Dans une culture convaincue, comme l’est la France, de maîtriser une grande tradition culinaire, la disparition des saveurs des aliments dans les transformations agroalimentaires modernes est considérée comme une perte d’un pan du patrimoine national.

Le goût s’éduque. Aussi les français sont-ils à l’ouvrage pour contrer une telle menace avec plusieurs initiatives dont les enjeux sont culturels et économiques : « classes de goût » pour enfants et adultes, labels officiels et marques déposées pour des produits « à l’ancienne », chefs de restaurants réputés qui se dotent d’un potager à leur porte ou qui s’attachent à des jardiniers passés maîtres dans la science des potagers et amoureux de ses secrets.

Du coup, le patrimoine gustatif moderne reconquiert des domaines perdus comme la consommation des fleurs telles la violette, la rose, la fleur d’oranger ou de courge, la capucine, etc.

Sain et bienfaisant

L’agriculture moderne et les industries alimentaires ont mauvaise presse et font peur aux consommateurs en dépit des efforts qu’elles déploient pour les convaincre de leur fiabilité.

Le jardinier qui applique les savoirs ancestraux et en reproduit les gestes et qui tient compte des savoirs des écologistes modernes a la conviction de se faire du bien et de faire une bonne œuvre. La question devient morale. En cultivant son potager, il préserve sa santé, participe au développement durable de la planète et à la protection de la biodiversité.

Une morale et une philosophie

« Manger bio » est à la mode. Donner la priorité à la consommation de produits locaux l’est aussi. Mais ce serait une erreur d’en déduire que ces tendances sont futiles. Laissons hors de notre propos les manipulations économiques de ces modes et constatons ceci : les jardiniers de potagers sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Ils sont, contrairement au passé, issus de catégories sociales aux revenus confortables. Ils sont instruits. Leur potager n’est pas bien grand. Ils habitent de plus en plus souvent en appartement.

On le voit, ils ne ressemblent pas à leurs arrière-grands-parents et ils ne cherchent pas à leur ressembler. Mais ils cultivent leur potager par choix personnel, à partir d’une vision morale du monde, pour nourrir leur corps autant que leur âme.

Découvrez aussi la partie 1 et la partie 2

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