Les Toilettes.

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Les Toilettes.
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Le genre humain est ainsi fait qu’à l’évocation, même celée, de sexe ou de scatologie, il multiplie par milliers les synonymes, mots argotiques et autres allusions salaces. Ainsi, des livres entiers ont-ils été consacrés à ces lieux d’aisance, et des sites internet dédiés ont-ils fait florès.

Le genre humain est ainsi fait qu’à l’évocation, même celée, de sexe ou de scatologie, il multiplie par milliers les synonymes, mots argotiques et autres allusions salaces. Ainsi, des livres entiers ont-ils été consacrés à ces lieux d’aisance, et des sites internet dédiés ont-ils fait florès.

En bref, oublions d’ores et déjà l’idée saugrenue d’épuiser le sujet et attardons-nous plutôt sur une courte histoire de ces toilettes et l’étymologie de ses avatars les plus répandus de nos jours.

Un confort antique.

A l’évidence, l’histoire des lieux d’aisance remonte à la plus haute antiquité pour des raisons évidentes de commodités et de confort qui n’échappaient pas plus à nos ancêtres qu’à nous-mêmes. Il ne faudrait pas prendre nos anciens pour plus sauvages qu’ils n’étaient ! D’ailleurs, au hasard des fouilles, on a retrouvé traces de tels lieux dans toutes les civilisations même si ce sont les Romains qui ont su faire aboutir le système aussi bien en usage domestique que pour les toilettes publiques et dont nous sommes aujourd’hui les dignes héritiers.

Dans les coins et recoins.

Même si les châteaux médiévaux se voyaient souvent équipés d’une sorte de palier avec un banc de pierre percé qui donnait directement dans un fossé, vidangé plus ou moins régulièrement, voire dans des fosses que les visiteurs contemporains imaginent, romanesques, être des oubliettes !, nos princes et seigneurs voyaient rarement leurs demeures pourvues d’un tel confort et chacun se soulageait comme il pouvait. Et à défaut d’une chaise percée dans ses appartements privés, on procédait dans un recoin de couloir, derrières des tentures, bref, au gré de ses allées et venues.

En ville, si les plus aisés bénéficiaient d’un service domestique de pot de chambre, les pauvres se contentaient de n’importe quel renfoncement de la cave voire de l’égout de la rue. Evidemment, à la campagne, la cabane au fond du jardin réglait facilement le problème et offrait, le cas échéant, un engrais à moindre coût.

Le cabinet.

A l’origine, au XVe siècle, le cabinet était un réduit attenant à une plus grande pièce, sorte de dressing avant l’heure. Un lieu qui servira, au fil du temps, à conserver des objets plus ou moins précieux, deviendra parfois un endroit propice à la réflexion et à l’étude, ou préservera l’intimité de ces dames.

Et d’ailleurs, le temps a consacré pratiquement chacun de ces usages puisqu’on connaît toujours aujourd’hui les cabinets d’antiquités ou des médailles, les cabinets d’étude, d’affaires et de ministre, les cabinets de toilette destinés à l’habillement. Et les fameux cabinets d’aisance qui nous préoccupent ici (si je puis dire), dérivés du mot « cabine » lui-même probablement issu de « cabane », ce qui nous ramène à notre propos au fond du jardin.

Les toilettes.

Une étymologie fort simple puisque dérivée de toile, autrement dit l’étoffe qui permettra de se confectionner des tenues vestimentaires. Ainsi parlerons-nous des toilettes de quelqu’un pour figurer l’ensemble des vêtements qui servent à son habillement. D’ailleurs, « faire sa toilette » signifia, des siècles durant, s’habiller et non se laver comme on le dit aujourd’hui.

C’est ainsi que le cabinet de toilette devint une sorte de dressing dans lequel Madame pouvait se changer, certes, mais également se repoudrer le nez ; puis, l’hygiène s’imposant peu ou prou, procéder à quelques soins de propreté. Et c’est bien sûr par euphémisme qu’on appellera les lieux d’aisance le cabinet de toilette, puis les toilettes.

Les latrines

Empruntées au latin latrina qui offrait strictement le même sens, les latrines sont attestées dans notre langue au moins depuis le début du XVe siècle, parfois utilisées au singulier avant de s’imposer au pluriel. Avec une définition sans équivoque : lieu où l’on se décharge le ventre. Et contrairement à une idée répandue qui voudrait que les latrines soient des toilettes extérieures, elles constituent simplement un synonyme parfait du cabinet d’aisance ou de nos wc actuels.

Les WC

Acronymes de « water-closet », les WC ont connu de nombreux dérivés dont vécés, ouater, vatères et autres wawas. Encore un de ces cas étonnants où un mot anglais est largement utilisé en français alors qu’il n’existe pratiquement pas dans les pays anglophones ; du moins aujourd’hui puisque « water-closet », attesté depuis 1755 chez nos amis anglo-saxons, désignait bien un petit réduit disposant d’une cuvette (on disait d’ailleurs, le plus souvent, « washdown closet »). Mais quand les Américains généralisèrent, dans les années 60, la réunion de la salle de bains et des toilettes, le terme fut abandonné au profit de « bathroom ».

Restons simples.

Même si ces différents vocables restent admis dans une conversation familière, il est aujourd’hui de règle de privilégier « toilettes » qui, comme nous l’avons vu, constituent un euphémisme qui n’évoque aucune idée scatologique. Ce qui n’est pas sans rappeler Tartuffe, certes, mais est-il bien utile de s’appesantir sur une telle réalité prosaïque pour aussi naturelle qu’elle fût ?