Les Gardiens du chez-soi (partie 3 : GARDIENS D'AUJOURD'HUI)

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Les Gardiens du chez-soi (partie 3 : GARDIENS D'AUJOURD'HUI)
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Les concierges sont près de 62 000 à Paris vers 1875. A la veille de la Deuxième guerre mondiale, ils sont 85 000, leur métier n’est toujours pas réglementé et ils continuent à vivre fort modestement, entremêlant leur vie privée à leur vie professionnelle.

Les concierges sont près de 62 000 à Paris vers 1875. A la veille de la Deuxième guerre mondiale, ils sont 85 000, leur métier n’est toujours pas réglementé et ils continuent à vivre fort modestement, entremêlant leur vie privée à leur vie professionnelle.

Les concierges sont près de 62 000 à Paris vers 1875. A la veille de la Deuxième guerre mondiale, ils sont 85 000, leur métier n’est toujours pas réglementé et ils continuent à vivre fort modestement, entremêlant leur vie privée à leur vie professionnelle.

Beaux Immeubles et pauvres loges

La première rupture avec le modèle ancien qui perdure viendra au début du XXème siècle du secteur public. Les Habitations à Bon Marché, construites grâce aux fondations philanthropiques Lebaudy et Rothschild, font naître le gardien d’immeubles d’aujourd’hui.

Une autre rupture intervient entre les deux guerres, lors de la construction des cités-jardins autour de Paris. Sous l’influence d’Henri Sellier qui poursuit un objectif d’éducation du peuple aux nouvelles mesures hygiénistes, des gardiens et des concierges sont engagés en grand nombre.

La construction des logements sociaux dans les années 1950 en réponse à des conditions de logement déplorables en France confirme la transformation : le concierge est, dans le secteur public, devenu gardien d’immeuble. Le cordon disparaît en 1958. Cette année là, le métier est réglementé. Un salaire, un contrat de travail, des devoirs, des droits sont établis comme normes d’exercice du métier qui est ainsi modernisé et professionnalisé.

L’idée de la disponibilité du concierge jour et nuit ne va plus de soi. Mais les immeubles bourgeois et modestes continuent à avoir leurs pauvres loges insalubres et exigües jusqu’aux années 70.

Image d’hier, réalité d’aujourd’hui

La situation commence à être dénoncée au moment où se construisent des immeubles à appartements modernes sans loges. Dans les années 1990, Paris ne compte plus que 24 000 concierges. On a installé digicodes et appareils de vidéosurveillance. On engage des sociétés de service pour l’entretien. On appelle à la demande des techniciens pour les réparations. Avoir un concierge dans l’immeuble apparaît à présent comme un luxe.

On continue à parler parfois de « concierges » et leur image négative persiste. Mais le métier a bien changé et son contexte s’est transformé. Les types de résidences sont plus diversifiés. Ces résidences sont plus denses. Leurs habitants viennent d’horizons socio-économiques plus variés.

Les tâches physiques du gardien sont devenues beaucoup moins éprouvantes. Ses autres tâches sont aujourd’hui plus complexes techniquement. Mais il reste ceci : les qualités de la présence humaine du gardien dans un immeuble, que ce dernier abrite des habitants aisés ou appartienne au parc du logement social.

La part de l’humain

Le gardien continue à veiller à la propreté de l’immeuble et, de façon plus moderne, à ce que l’immeuble participe à l’effort commun en matière de recyclage. Il continue à s’occuper du courrier à chaque fois que sa simple distribution dans les boîtes aux lettres ne suffit pas. Il continue à être l’ange tutélaire de l’immeuble dont il surveille naturellement les entrées et sorties. Il reste celui qui connaît un peu tout le monde qui habite dans la maison et qui remarque qu’un locataire solitaire n’a pas donné signe de vie. En somme, il dresse en permanence un constat général de l’état des lieux et une image globale du paysage humain de la maison.

Sa loge, devenue séparative et prolongeant son appartement dans les constructions récentes, fait toujours office de bureau des plaintes. On lui confie encore les clés de l’appartement, ultime signe de confiance que les habitants mettent en lui et bien des loges des immeubles modernes ont prévu un coffre-fort à cet effet. Le gardien entend et voit toujours beaucoup, par glanage spontané et parce qu’on vient s’épancher chez lui.

En cela, il détient encore un pouvoir sur les habitants. Mais sa mission a, sur ce dernier plan, beaucoup changé. On attend aujourd’hui de lui qu’il ne répande pas de rumeurs et qu’il ne puise pas dans son thésaurus de bribes de la vie privée des habitants pour créer des conflits ou des ressentiments entre eux.

Bien au contraire, on attend de lui un certain degré de familiarité et une attitude serviable mais aussi et surtout qu’il sache parler et se taire à bon escient. Son objectif est de lier entre eux jusqu’à un certain point les habitants autour du but commun qu’est la bonne marche de la maison. Il est aussi de les séparer en réglant avec discrétion les aspects de la vie quotidienne qui rendent les voisins trop présents les uns aux autres : bruits, odeurs, saleté, encombrements ne doivent pas devenir des conflits collectifs.

Son écoute mais aussi sa discrétion et son silence lui permettent de lier et de séparer : l’exercice est délicat mais nécessaire. Le gardien répugne au rôle que l’hostilité populaire, la littérature ou le cinéma et certains gouvernements ont attribué au concierge : celui d’espion, de délateur ou d’indic. Il répugne à travailler avec la police.

Car c’est bien ce rôle que les dictatures fascistes en Italie, en Espagne ou en Allemagne ont demandé des concierges au cours de la Seconde guerre mondiale. En France, le régime de Vichy a inscrit dans la loi l’obligation pour ces derniers de rapporter les rumeurs et de se livrer à la délation.

C’est lorsqu’on a voulu laisser les immeubles sans gardien que l’on a mesuré à quel point sa présence était nécessaire. Dans le cas du logement social qui concentre les familles en difficulté qui éprouvent un sentiment d’insécurité, cette présence est maintenant reconnue comme irremplaçable.

Le secteur HLM compte aujourd’hui 29 000 gardiens. Dans les ensembles résidentiels modernes, la revalorisation passe par l’engagement d’un gardien. La professionnalisation du rôle se confirme, en particulier avec la création en 1994 d’un diplôme reconnu.

Le métier vit une nouvelle croissance. Le gardien est un diplomate. Sa neutralité est la garantie de son succès. Il crée ainsi une ambiance qui limite les effets de l’anonymat et de sa jumelle, l’indifférence. C’est un ami et un étranger. Il voit des choses basses et entend des confidences dramatiques et sincères. Il en sait trop et il doit se taire. Il nettoie des lieux et des objets sales et doit rester propre. L’importance, la complexité et l’ambiguïté de ses rôles restent les mêmes.

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