Le Volet

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Le Volet
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Rarement un vocable ayant trait à l’immobilier n’aura été autant perverti car, enfin, nulle place ici pour une quelconque ambiguïté : le volet est un panneau installé à l’intérieur de la maison, et non à l’extérieur !

Rarement un vocable ayant trait à l’immobilier n’aura été autant perverti car, enfin, nulle place ici pour une quelconque ambiguïté : le volet est un panneau installé à l’intérieur de la maison, et non à l’extérieur !

Car, dans ce cas, il s’agirait d’un contrevent dont l’usage ne s’est répandu qu’à partir du XVIIIe siècle. Il semblait donc intéressant de revenir à une définition précise de ces volets qui se déclinent en contrevents, mais aussi en persiennes et jalousies.

Etymologiquement, « volet » dérive du verbe « voler » lui-même issu du latin volare ce qui s’explique par le sens premier du volet, à savoir une pièce d’étoffe flottant au vent que le preux chevalier arborait lors des tournois en hommage à sa dame. Un morceau de tissu qui deviendra progressivement une sorte de voile recouvrant le sommet du heaume et retombant en arrière, pour former une sorte de barrière textile. En bref, un volet, ça ferme.

Trié sur le volet.

Depuis le XVIe siècle, le volet est un panneau, généralement de bois, qui prémunit les occupants des frimas comme des regards extérieurs. En sachant que, pendant plus de deux cents ans, les baies n’étant pas vitrées, leur obturation se montrait davantage efficace à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais quand le verre se démocratisa, il se montrait si fragile qu’il fallut le protéger du vent et de la grêle en plaçant cette fois nos panneaux de bois à l’extérieur de la maison. C’est alors qu’il se muera en contrevent.

Pour l’anecdote, sachez que la tablette sur laquelle on triait les graines portait également ce nom. Et si aujourd’hui les trieuses automatisées ont pris le relais des anciennes petites mains, il nous en est resté la locution « trié sur le volet ».

Le contrevent.

Il semble que ce sont les Méridionaux qui en ont découvert l’usage en voulant se prémunir des ardeurs du soleil du Midi. Puis, quand les premiers vitrages firent leur apparition, il fallut les protéger des intempéries. D’où l’appellation « contrevent » qui prend ici tout son sens. Des panneaux accrochés aux murs extérieurs par de simples pitons puis, plus récemment, à des gonds et, enfin, à des charnières, pour une manipulation quotidienne plus aisée.

Evidemment, aujourd’hui, avec nos vitres ultra résistantes, cette obligation de placer des contrevents ne présente plus guère d’intérêt mais les usages et les habitudes étant ce qu’ils sont, on n’a jamais songé à en changer. Il serait pourtant plus commode qu’ils fussent à l’intérieur…

La persienne.

Une persienne est un contrevent à claire-voie, autrement dit formé de lattes espacées et non d’un panneau plein. Une sorte de volet qui semble nous venir de Perse où les conditions climatiques ont conduit les habitants à prévoir un système pour doser lumière et air dans la pièce, même si Montesquieu n’y fait jamais allusion dans ses Lettres persanes… On peut cependant imaginer que cette appellation provient de la similitude des lattes en claire-voie avec les tissus rayés qu’on importait de l’ancien Iran.

A l’origine, dans nos contrées, les persiennes furent utilisées pour sécher la pâte à papier de façon optimale et obtenir une plus ou moins grande blancheur pour devenir, par la suite, chez le particulier, le moyen de filtrer la lumière solaire et, si les fenêtres sont ouvertes, de réguler l’air ambiant. Et, accessoirement, une vue sur l’extérieur sans que les passants ne le devinent. En ce sens, la persienne est une sorte de jalousie.

La jalousie.

Un vocable emprunté à l’italien gelosia qui évoque, non pas un sentiment amoureux, mais le treillis de bois qui dissimulait les femmes du regard des hommes en Orient. En fait, un système proche de la moucharabieh arabe..

Si, originellement, une jalousie permet de voir sans être vu (nous en avons de très beaux exemples dans les confessionnaux par exemple), elle a rapidement désigné, par analogie, une sorte de persienne formée de lattes en bois, en rotin et même en tôle, pouvant recevoir diverses inclinaisons, qu’on peut monter et descendre à son gré à l’aide d’un cordon ou d’une chaînette. On notera que les lames de la jalousie, contrairement aux persiennes, s’enroulent sur un axe horizontal pour être remontées jusqu’au haut de la fenêtre.

Résumons-nous.

Récapitulons notre affaire avec les volets qui closent une baie à l’intérieur de la maison, les contrevents qui protègent la fenêtre des intempéries à l’extérieur, les persiennes qui sont une sorte de contrevent composé non pas d’un simple panneau de bois mais d’un ensemble de lattes de bois inclinées de façon à laisser passer une lumière douce et un filet d’air agréable.

Et, enfin, la jalousie qui, dans sons sens actuel, reprend le principe de la persienne mais se montre mobile dans le sens de la hauteur grâce à un système qui permet de la remonter jusqu’en haut et de régler l’inclinaison des lattes. Moralité : le volet n’éprouve aucune jalousie envers la persienne, il s’en contrevent…