Le Salon

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Le Salon
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Recevoir ses invités en respectant les formes de l’art, voilà qui semble respectable, mais comment ne pas commettre d’impairs en priant ses convives de passer d’une pièce à l’autre ? Salon, salle de séjour, salle à manger, living room ?

Recevoir ses invités en respectant les formes de l’art, voilà qui semble respectable, mais comment ne pas commettre d’impairs en priant ses convives de passer d’une pièce à l’autre ? Salon, salle de séjour, salle à manger, living room ?

De la même façon, comment nommer la pièce principale de son bien immobilier au moment d’en rédiger la description ? L’occasion pour nous de passer en revue la petite histoire de ces différentes appellations, ainsi que leur étymologie, afin de les utiliser à bon escient.

Etymologiquement, le mot « salon » a été emprunté à l’italien « salone » déclinaison naturelle de « sala », un vocable lui-même issu du… français « salle » ! Un vocable qui s’orthographiait « sale » jusqu’au XIIe siècle, transposition de l’ancien bas-francique « sal », qui décrivait une habitation ne comportant qu’une seule pièce. Rappelons au passage que nous appelons « ancien bas-francique » la langue que parlaient les Germains qui occupèrent la Gaule romaine à partir du IIe siècle et qui s’appelaient les Francs. Douce France…

Un terme mobile.

A l’origine, le salon est une pièce de réception au sein d’une demeure privée et ce, depuis le XVIIe siècle mais qui se muera, deux siècles plus tard, en lieu de réunion et de conversation ; on fait alors salon. Mais le vocable eut tant l’heur de plaire qu’on le déclina à toutes les sauces, lui adjoignant un déterminant pour en décrire la finalité : salon de jeu, salon de musique, salon de billard…

Comme cela s’est souvent pratiqué à la fin du XXe siècle, le terme vint à décrire, par glissement populaire, l’ensemble du mobilier destiné à la pièce (ainsi achète-t-on un salon, une chambre à coucher, une cuisine…) ce qui, dans le propos qui nous préoccupe ici, nous donne l’ensemble assorti de canapé, fauteuil, chauffeuse, pouf ; une acception que l’on connaît également dans l’appellation « salon de jardin » qui ne décrit pas un lieu, donc, mais un ensemble de meubles. Etonnant, non ?

La salle de séjour.

Je ne prendrai pas le temps ici de passer en revue toutes les locutions qui comportent le mot « salle », on s’épuiserait en vain ! De la salle des gardes à la salle des ventes en passant par la salle de bains, on y trouve tout et davantage. De son côté, le mot « séjour », déverbal de « séjourner » (subdiurnare : durer un certain temps), appartient au vocabulaire français depuis belle lurette car on le retrouve dès le Moyen-Age sous de multiples formes : sojorn, sujurn, sugur, sejor, etc., recouvrant d’innombrables sens mais dont aucun ne fait trait à une quelconque pièce d’habitation.

A l’évidence, il s’agit d’une création extrêmement récente, qui se veut pur synonyme de « salon », et ce depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Certainement dans le souci de différencier l’endroit cossu et bourgeois (le salon) de la pièce familiale où tous se retrouvent (la salle de séjour). Sorte de catachrèse rigolote car je ne suis pas sûr qu’on « séjourne » vraiment dans un salon… mais bon.

La salle à manger.

Cette vilaine métonymie (même si elle est attestée dès le XVIIe siècle) indique clairement la destination de la pièce : on y mange. Dans une volonté de séparer, plus ou moins distinctement et physiquement, la pièce de réception, le salon, de l’endroit réservé aux repas. Une fois encore, on y retrouve cette volonté populaire de copier les habitudes des bourgeois qui, grâce à de grands logements, pouvaient clairement séparer les deux activités. Aujourd’hui, on notera que cette salle à manger constitue rarement une pièce à part entière mais, le plus souvent, la partie du living room affectée aux repas.

Le living room

A priori, ce vocable, qui sonne bien ses années 70 (même s’il est attesté dans notre beau pays de France depuis la fin du XIXe siècle) réunit salon et salle à manger. Un sens qui tend à disparaître de notre vocabulaire courant en dépit du retour en vogue des seventies. A l’époque, on allait même jusqu’à l’abréger « living », summum du ridicule pédantesque. A noter que, comme nous le précisions précédemment à propos du salon, le vocable désignait également son mobilier dans les catalogues d’ameublement.

On relèvera, une fois n’est pas coutume, que les Anglais utilisent bien ce franglais pour désigner leur pièce principale même si les Américains le réservent généralement aux activités calmes : lecture, télé… Faut dire que nos amis d’Outre-Atlantique tendent à tout réunir dans une même pièce : cuisine, salle à manger, salon, salle de jeu et de télé, voire plus si affinité.

Une question d’espace.

Si on résume ce qui précède, on en déduira habilement qu’un living room se compose d’un salon et d’une salle à manger, que le salon désigne la pièce de réception, que la salle de séjour constitue la pièce à vivre, et que la salle à manger se destine aux repas. A présent, il ne vous reste plus qu’à tenter de loger toutes ces appellations dans les quelques dizaines de mètres carrés que comporte votre habitation !