Le Rideau.

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Le Rideau.
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Depuis la mésaventure de Polonius, on sait que se cacher derrière un rideau n’évite pas un mauvais coup… d’épée. Mais le père d’Ophélie était-il bien dissimulé derrière un rideau ou ne s’agissait-il pas, plutôt, d’une tapisserie ? Un distinguo difficile à trancher si l’on s’en tient à l’histoire de ces deux vocables.

Depuis la mésaventure de Polonius, on sait que se cacher derrière un rideau n’évite pas un mauvais coup… d’épée. Mais le père d’Ophélie était-il bien dissimulé derrière un rideau ou ne s’agissait-il pas, plutôt, d’une tapisserie ? Un distinguo difficile à trancher si l’on s’en tient à l’histoire de ces deux vocables.

 

 

Etymologiquement, rideau est un déverbal du verbe rider, lui-même emprunté à l’ancien haut allemand ridan qui signifie tordre. Que nous comprendrons aujourd’hui par l’acception plisser, marquer de sillons ou d’ondulations, un peu comme l’eau agitée par la chute d’une pierre, ou une pièce de tissu qui, suspendue, ne serait pas tendue. Nous ramenant alors à notre rideau actuel. Et qu’on appelait, au XVe siècle, un ridel, cette pièce d’étoffe plissée qui servait à cacher quelque chose. Ce qui fait de notre rideau un mot relativement récent, probablement du début du XVIIIe siècle, puisqu’on parlait jusqu’alors de tapisserie et de tenture.

 

 

 

 

Faire tapisserie.

 

Si on remonte à la plus haute antiquité (puisque la Bible nous parle des rideaux du tabernacle), il semble déjà compliqué de différencier le tapis de la tapisserie si ce n’est dans son usage ; le premier étalé au sol, la deuxième suspendu à une paroi ou masquant une ouverture. Dans les deux cas, si l’idée décorative est évidente, il ne faudrait pas en oublier l’utilité pratique première, à savoir se prémunir du froid et de l’humidité.

 

 

 

 

 

Une technique croisée.

 

Pourtant, l’usage de ces tapis et tapisseries semble dater des Croisades, à moins qu’il ne soit le fruit du travail de quelques Sarrasins abandonnés après leur défaite à Poitiers, marquant ainsi la provenance orientale de ces techniques de fabrication ; à telle enseigne qu’on appelait Sarrasinois les fabricants de tapis dits veloutés (à velours) ! Même s’il fallut attendre le XIVe siècle pour que l’usage s’en répande, remplaçant alors les étoffes et les toiles peintes voire brodées (à l’image de la tapisserie de Bayeux qui n’en est donc pas une…) dont on se servait volontiers jusqu’alors.

 

 

 

Un usage intensif.

 

La tapisserie devenait le moyen idéal de masquer l’absence de portes ou de fenêtres et de couvrir les murs, tout en offrant un excellent rempart à la froidure et à l’humidité mais aussi aux mouches, araignées et autres insectes désagréables. Des tapis de muraille comme on les appelait alors, qu’on retrouvait dans les églises, dès le Moyen-Age, aussi bien sur les pavés que de part et d’autre du chœur, et bien sûr chez les nobles et chez les grands bourgeois ; le commun se contentant d’une méchante paille ou d’une carpette mitée pour atténuer les morsures du froid.

 

 

 

Les portières.

 

Des tapisseries dont on se servait également pour diviser des pièces, qu’on appelait alors portières et dont on se sert aujourd’hui encore pour doubler une porte d’entrée. Ainsi, quand on avait du monde « à coucher », on tendait des tapisseries pour scinder les immenses salles en autant de chambres d’un même grand dortoir.

 

 

 

Une production de choix.

 

 

 

L’Ile de France était alors grande productrice de tapisseries, notamment Paris, jusqu’à ce que la guerre de Cent Ans et ses pillages incessants poussent les fabricants vers le Nord, notamment à Arras (qui en devint la capitale, ce qui explique qu’en italien une tapisserie se dit arazzo), et jusqu’en Flandre.

 

Sous François Ier, la fabrication de ces tapisseries connut un tel essor que la première manufacture royale fut créée, en l’occurrence à Fontainebleau pour, dans un premier temps, fabriquer les tentures destinées au château. Suivie quelques siècles plus tard par la création des Gobelins à la demande de Colbert.

 

 

 

Baisser de rideau.

 

Evidemment, notre chère Révolution verra disparaître cette industrie sans compter qu’on entreprit alors de saccager, de brûler, ces symboles de la noblesse et de la bourgeoisie avec une destruction estimée à près de soixante-dix pour cent…

 

De surcroît, avec le temps, la « mode » des grandes pièces se perdit, et à mesure que les logements se firent moins spacieux, disparut la nécessité des tapisseries couvrant les murs. Elles furent alors remplacées par des étoffes de soie, par des boiseries puis par des papiers de tentures, précurseur de notre papier peint qu’on devrait nommer tapisserie de papier. Tandis que les rideaux s’accrochaient aux fenêtres, devenant tentures quand ils étaient doublés, ou custodes et courtines quand ils voilaient un lit…

 

 

 

 

 

Etre ou ne pas être.

 

Lors de vos visites dans les châteaux et autres nobles édifices historiques, vous apercevrez forcément soit les clous, soit leurs marques, qui servaient à suspendre ces immenses tapisseries devant les murs, masquant ainsi, souvent, les portes d’accès ; une simple fente verticale, pratiquée dans la tapisserie, permettait alors d’entrer et de sortir. Des tapisseries qui servaient parfois de caches à ceux qui voulaient s’isoler ou à ceux qui désiraient espionner sans être vus, ce qui nous ramène à notre ex-futur beau-père d’Hamlet…

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