Le plâtrier, artisan d'un matériau noble.

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Le plâtrier, artisan d'un matériau noble.
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Même si aujourd’hui la simplification populaire tend à amalgamer sous une appellation générique l’ensemble des ouvriers du bâtiment, qu’ils soient spécialistes d’une discipline ou non, il n’en reste pas moins que les plâtriers ont occupé depuis les temps immémoriaux une place singulière auprès des maçons. Pour lesquels ils travaillaient certes, ce qui ne les empêcha pas de former corporation avec leurs statuts propres, et de mettre au point de nombreuses techniques spécifiques.

Même si aujourd’hui la simplification populaire tend à amalgamer sous une appellation générique l’ensemble des ouvriers du bâtiment, qu’ils soient spécialistes d’une discipline ou non, il n’en reste pas moins que les plâtriers ont occupé depuis les temps immémoriaux une place singulière auprès des maçons. Pour lesquels ils travaillaient certes, ce qui ne les empêcha pas de former corporation avec leurs statuts propres, et de mettre au point de nombreuses techniques spécifiques.

 

Le plâtrier qui tire son nom du plâtre, on s’en serait douté, un mot constitué par aphérèse de l’emplâtre dont il partage la consistance, qui vient du latin classique emplastrum de même signification, et du grec emplastron qui signifie enduire, modeler. Voilà qui ne manque pas de sens. Mais voyons cela de plus près.

 

 

 

Du pâtre au plâtre.

 

Certains de nos compatriotes, rarement en mal de chauvinisme, racontent la découverte du plâtre, par un hasard historique et… français. L’histoire d’un berger gardant son troupeau sur la colline de Montmartre (ça ne date donc pas d’hier…), qui remarqua que les pierres qu’il avait choisies pour former son âtre s’étaient réduites en poudre sous l’action de la chaleur du feu d’une part, et que cette poudre, suite à une averse, s’était transformée en pâte durcie par les ardeurs du soleil d’autre part. Une réelle démonstration de la métamorphose du gypse puisqu’une température de deux cents degrés suffit à le transformer en plâtre.

 

 

 

 

Dans les pyramides.

 

Mais ce serait oublier qu’on connaît le plâtre, et le gypse en général, depuis la plus haute antiquité, au Moyen-Orient, et plus particulièrement en Egypte où on trouve des hourdis de plâtre dans certaines pyramides mais également des enduits plâtrés (d’autant que nos amis pharaons ne connaissaient pas la chaux). Des utilisations plus ou moins élaborées reprises par les Grecs qui y ajoutèrent le façonnage de bas-reliefs, ce dont s’inspireront les Romains comme l’atteste Vitruve qui évoque, notamment, les techniques du stuc.

 

 

 

 

Les Romains prosélytes.

 

Des Romains qui, ayant envahi la Gaule en 52 avant J.C., convainquirent les indigènes d’abandonner les constructions en bois hourdi d’argile pour s’intéresser à la maçonnerie plâtrière. Ce dont profitèrent les Parisii grâce à leur région riche en gypse, notamment les collines de Montmartre et de Belleville, ce qui explique certainement la belle fable de notre berger. Aussi, dès la fin du Ier siècle, utilisait-on couramment le plâtre à Lutèce même si l’usage s’en perdit après le passage des Barbares, avant de revenir via les Arabes qui avaient, entre-temps, envahi la péninsule ibérique.

 

 

 

 

Un matériau ignifuge.

 

Au Moyen-Age, on utilisait le plâtre pour lier toutes sortes de moellons, mais uniquement pour la petite maçonnerie, une technique qui se poursuivra jusqu’au XVIIIe siècle, voire au XIXe. En intérieur, on hourdait les pans de bois, formait cloisons, enduisait toutes les surfaces que ce soient les cheminées ou les murs ; des techniques qui s’amélioreront au fil des siècles avec des corniches sculptées, des plafonds dits à la française, des ouvrages en stuc. A l’extérieur, on tirait évidemment profit des qualités ignifuges du plâtre pour recouvrir les façades et répondre aux risques, majeurs à l’époque, d’incendie.

 

Ainsi, au hasard des lieux, des époques, des spécialités, on a pu rencontrer des plâtriers stucateurs, gipeurs, plafonneurs, gisseurs et staffeurs, jusqu’aux plâtriers plaquistes de notre époque moderne.

 

 

 

 

Battus comme… plâtre.

 

Il y a quelques siècles, on appelait plâtrier aussi bien l’ouvrier qui travaillait le plâtre que celui qui le vendait ; faut dire que c’était souvent une seule et même personne. Appartenant à la corporation des maçons en compagnie des tailleurs de pierres et des morteliers, les plâtriers devaient s’acquitter d’un droit pécuniaire pour exercer, et accessoirement jurer leur saint patron Blaise de ne pas tricher sur la confection des plâtres en les saturant d’eau par exemple. Ce qui explique qu’au XVIIe siècle, un plâtreur, jusque-là simple synonyme de plâtrier, désignait alors un menteur invétéré, un affabulateur.

 

 

 

Un métier multidimensionnel.

 

Evidemment, aujourd’hui, il n’est plus question de cela (la preuve, le vocable plâtreur a disparu des dictionnaires !) et on trouve surtout des plâtriers qui multiplient les compétences, de la rénovation à la décoration en passant par les finitions et l’isolation, sans compter les nombreux aspects créatifs qui les entraînent parfois bien loin du bâtiment proprement dit, dans les coulisses des théâtres ou dans les monuments historiques pour la restauration de pièces uniques.

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