Le Pignon

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Le Pignon
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Même l’amateur éclairé des œuvres de Francis Weber ne saurait démêler les innombrables sens qu’englobe le terme « pignon », y compris dans le domaine architectural qui nous préoccupe ici.

Même l’amateur éclairé des œuvres de Francis Weber ne saurait démêler les innombrables sens qu’englobe le terme « pignon », y compris dans le domaine architectural qui nous préoccupe ici.

Il ne s’agira donc pas de rédiger un précis d’architecture mais plutôt de comparer la définition de quelques termes plus ou moins abscons pour le profane : pignon, fronton et tympan, et d’en parcourir l’histoire à travers les âges et les lieux.

Eludons rapidement l’étymologie du vocable « pignon » qui nous provient du latin populaire pinnio qui revêt la même signification, lui-même dérivé du latin classique pinna qui décrit un panneau plein entre deux créneaux. Rien de transcendant en l’espèce, je vous l’accorde, mais la suite s’avère bien plus intéressante.

Un aspect protéiforme.

A priori, il ne saurait y avoir d’équivoque puisque le pignon constitue la partie supérieure d’un mur qui supporte le faîtage du toit et se termine en épousant la forme des combles. Je ne vous fais pas un dessin mais si vous ôtez la partie rectangulaire du mur en question et n’en conservez que la partie supérieure, généralement triangulaire, vous obtenez le pignon dudit mur. Donc, on ne devrait pas dire « le pignon d’une maison » mais « le mur à pignon ». Un mur généralement latéral aujourd’hui mais sachez qu’il n’en a pas toujours été ainsi car, dans l’architecture gréco-romaine, romane ou gothique, ce mur à pignon était souvent en façade et présentait la porte d’entrée principale. De la même façon, selon la forme du toit, ledit pignon ne se montrait pas forcément triangulaire mais aussi pentagonal, mansardé, trapézoïdal ou en forme d’escalier (à redents ou à redans, c’est selon).

Faisons le mur.

De façon traditionnelle, en France, un bâtiment comporte deux murs à pignon et deux murs de façade, qu’on dit « gouttereaux » car ils portent gouttières ou chéneaux. L’une de ces façades donnait donc sur la voie (je n’ose dire « la rue ») tandis que les murs à pignons étaient mitoyens. Bizarrement, dès le milieu du XIIIe siècle, on prit la fâcheuse habitude de présenter sur rue l’un des murs à pignons. Ce qui finit pas poser problème lors d’incendies généralisés comme cela survint à Londres en 1666, car contrairement aux murs gouttereaux, ces pignons étaient construits en bois, et propageaient le feu très rapidement, car accolés les uns aux autres tout au long de la rue.

Le fronton

Si le vocable est directement emprunté au lexique architectural italien frontone lui-même dérivé de fronte (front), ce sont bien les Grecs anciens qui en sont les initiateurs sur leurs bâtiments religieux. Rappelez-vous le Parthénon sur l’Acropole à Athènes ou, si vous n’aimez pas les longs voyages, l’église de la Madeleine à Paris : le bâtiment présente son entrée principale sur sa largeur (et non sur sa longueur comme cela se pratique pour la maison de M. Tout-le-Monde). Et c’est au-dessus de cette entrée principale, en joignant les deux lignes du toit à leur base qu’on obtient un triangle plus ou moins aigu, partie avancée de notre bâtiment comme le front l’est pour le visage humain. D’où l’appellation pleine de sens, fronton, qui n’a guère de rapport avec la pelote basque en l’occurrence… Hélas, ce qui va nous induire en erreur, c’est qu’un fronton peut être pignon comme nous venons de le voir sur les temples hellènes..

Le tympan

Et c’est à l’intérieur de ce fronton qu’on va trouver notre tympan qui se situe bien dans l’espace défini par les deux pentes du toit et dans lequel on placera des bas-reliefs, des ornements de toutes sortes, voire des statues. Par glissement du mot, et par analogie, le tympan désignera également l’espace délimité par le linteau et l’arc d’une porte, c’est-à-dire le triangle (ou parfois la demi-lune) d’ornement situé au-dessus d’une ouverture quelconque. On parlera ainsi de tympan de porte, par exemple. Soit un espace propice à l’expression artistique qu’on retrouve essentiellement sur les bâtiments religieux dans l’Antiquité mais aussi sur nos églises médiévales.

Emprunté au latin tympanum qui signifie « tambour », le tympan anatomique est une membrane tendue, comme la peau d’une percussion, entre l’oreille externe et moyenne. A l’image de notre ornement architectural en pierre, tendu à l’intérieur du fronton.

Pour résumer

Rappelez-vous que le pignon d’une maison désigne, en fait, dans le langage courant et actuel, le mur à pignon, ce dernier ne formant que la partie supérieure, généralement triangulaire, dudit mur. Si ce mur à pignon constitue la partie avant d’un bâtiment, qui présente l’entrée principale, ledit pignon devient fronton. A l’intérieur duquel on trouvera le tympan, cette surface propice à la décoration. Finalement, c’est simple…