Le Parquet

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Le Parquet
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Puisque nous sommes invités à visiter ce bel appartement doté d’un magnifique (paraît-il) parquet en point de Hongrie, nous aurions tort de faire la fine bouche. Sauf quand la déception se montre au rendez-vous : « Mais… mais c’est un vulgaire plancher que vous me montrez-là, mon ami ! »....

Puisque nous sommes invités à visiter ce bel appartement doté d’un magnifique (paraît-il) parquet en point de Hongrie, nous aurions tort de faire la fine bouche. Sauf quand la déception se montre au rendez-vous : « Mais… mais c’est un vulgaire plancher que vous me montrez-là, mon ami ! »....

Eh oui, tous les crapauds ne sont pas de beaux princes charmants en devenir et la survalorisation de son bien ne saurait rendre réel un pur fantasme. Dommage.

Si dans certains lieux publics ou temples de l’époque antique, on étendait quelques lattes de bois sur le sol pour en cacher la terre battue, le plancher constituait, le plus souvent, le plafond ! En effet, chez les nantis, nécessité du ménage à grandes eaux faisant loi, le sol se voyait recouvert de grosses dalles de pierre ; chez les pauvres, il n’y avait… rien, si ce n’est du sable, de la terre, quelquefois de méchants carreaux de terre cuite.

En revanche, pour délimiter les combles, le grenier, le fenil, on déposait quelques voliges sur les lambourdes du bâtiment, des planches qui faisaient alors office de plafond pour la pièce principale et donc de plancher pour le niveau supérieur.

Planchons sur le parquet.

Dans certains bâtiments de plain-pied, on construisait parfois un plancher, à quelques centimètres au-dessus du sol ; histoire d’éviter les désagréments dus à la boue voire aux inondations, créant alors une sorte de vide-sanitaire bien utile en l’absence de cave.

Mais c’est quand les hameaux de notre vieille France agricole se muèrent peu à peu en villages puis en bourgs tout au long du Moyen-Age, que l’architecture des maisons d’habitation se transforma radicalement pour des raisons évidentes de commodités quotidiennes. L’usage du bois se répandit alors largement.

Dans les châteaux et autres maisons de maître, le bois constituait également le matériau de prédilection pour les estrades honorifiques avant de s’étendre peu à peu aux sols, généralement des niveaux supérieurs des bâtiments comme nous l’avons vu précédemment. Il n’en fallait pas davantage pour que les meilleurs artisans rivalisent de techniques pour créer des planchers toujours plus somptueux. Il fallut alors différencier ces derniers des plébéiennes sapines…

Pied au plancher.

On ne pouvait décemment plus parler de plancher et l’appellation « parquet » prit le dessus. Assez logiquement puisqu’on appelait « parquet » (petit parc) un espace délimité généralement par une petite barrière en bois ; ainsi l’assemblée des Etats Généraux à la fin du XVe siècle se divisait-elle en trois parquets : l’un pour le roi, le deuxième pour les seigneurs de sang et le troisième pour les nobles et autres conseils du monarque. Sans omettre, bien sûr, cette partie d’une salle de justice où se tenaient les juges et qui est restée dans le langage judiciaire jusqu’à nos jours (le « Parquet » ou « ministère public » qui représente la société).

L’essence du parquet

De petits parcs clos donc, mais qui comportaient surtout un plancher de bois qui les singularisait. Un revêtement de sol qui s’affuble d’une nouvelle appellation en se débarrassant de son aspect purement utilitaire (ça réchauffe et ça insonorise !) pour devenir pièce d’ornement en essences précieuses.

Et c’est bien là que les choses vont fichtrement se compliquer car, dès le XVIIe siècle qui marque l’essor des parquets dans les demeures et châteaux, les artisans (que dis-je ? les artistes !) vont faire montre d’une inventivité remarquable avec des techniques toujours plus élaborées.

Du parquet en tout point.

Il serait fastidieux de passer en revue tous les types de pose de parquets imaginés au fil des siècles, sans parler des essences de bois différentes ; mais on notera que certains procédés ont passé brillamment l’épreuve du temps et restent, aujourd’hui encore, synonymes de beauté voire de luxe.

Ainsi le parquet à compartiments, à mosaïque, de Versailles ou d’Aremberg et l’ineffable parquet en point de Hongrie qui semble aujourd’hui prendre le pas sur tous les autres, du moins dans la bouche des pédants. Et pourquoi ? je vous le demande… Peut-être par l’usage immodéré qu’en fit le Baron Haussmann dans les immeubles bourgeois lors de sa reconstruction de Paris?

Le plancher des vaches.

Car finalement, il ne s’agit que d’une pose en chevron avec des lames de longueur identique et coupées à 45 degrés ; d’ailleurs, les anglophones, toujours plus prosaïques que les romantiques Français que nous sommes, parlent d’un parquet en diagonale pour définir le point de Hongrie. Qui, au passage, prend son nom de la technique de tapisserie (dont la mode provient certainement de… Hongrie !) qui répète un motif de chevrons sur le canevas (une technique analogue à celle du bâton rompu, d’ailleurs) et accessoirement, d’un lépidoptère tout ce qu’il y a de plus banal. Bref, pas de quoi tomber en pâmoison si n’est la sonorité chic et choc : « parquet en point de Hongrie ».

Alors, du trivial plancher des vaches cher aux marins jusqu’à celui, hélas bien ordinaire, qui équipe la plupart de nos habitations modernes, que nous reste-t-il du parquet, sinon l’amour du bois et du travail des artisans, et cette envie irrépressible de valoriser son chez-soi. Home, sweet home.