Le Manoir.

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Le Manoir.
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La France, pays riche par son histoire et son architecture, recèle mille et une formes d’habitations plus ou moins nobles et dont les appellations ont évolué au fil des siècles bien sûr mais aussi selon les régions. Ce dont d’aucuns profitent pour (re)baptiser leur modeste demeure en manoir, château et autres castels.

La France, pays riche par son histoire et son architecture, recèle mille et une formes d’habitations plus ou moins nobles et dont les appellations ont évolué au fil des siècles bien sûr mais aussi selon les régions. Ce dont d’aucuns profitent pour (re)baptiser leur modeste demeure en manoir, château et autres castels.

Un excès lexical qui mérite que nous nous attardions sur l’origine de ces bâtisses en commençant par le manoir, sorte d’ersatz contemporain du château.

En vieux français, le verbe manoir signifiait demeurer, habiter, séjourner ce qui, assez logiquement, se transforma rapidement en un substantif décrivant une demeure, une habitation, sans que celle-ci ne comportât un quelconque caractère anoblissant, même si cela sous-entendait une certaine étendue de terrain. Alors qu’on appelait manoir seigneurial la part d’héritage supplémentaire dont bénéficiait l’aîné d’une grande famille…

Un fief sans privilège.

Car ce qui distinguait principalement le propriétaire d’un manoir du châtelain, c’était l’absence de droits seigneuriaux et de privilèges s’y rattachant, l’achat d’un fief aussi étendu fût-il n’apportant pas la noblesse. Une déficience aristocratique qui excluait, de fait, la construction d’un château fort ainsi que les défenses, tours et donjons, qui le caractérisent. Un manoir qui pouvait originellement n’être qu’un terrain, et qui a longtemps décrit un simple habitat des champs, en bref, une maison de campagne, ce qui devrait en rabattre à certains… Ce qui n’interdisait pas aux propriétaires de châteaux de se faire construite des manoirs, sortes de résidences secondaires avant l’heure, parfois fortifiés pour être à l’abri d’une bande armée mais loin de pouvoir résister à un siège.

Une modeste demeure.

Un propriétaire de manoir qui se contentait, généralement, du produit de ses terres et dont la résidence ne comportait, aux XIIe et XIIIe siècles, qu’une grande salle avec cellier en soubassement, doublée d’un petit appartement accolé, sans compter les indispensables dépendances agricoles nécessaires à l’exploitation du domaine. Même si, à la fin du Moyen-Age, le bâtiment principal tendit à ressembler au château par sa magnificence et en se multipliant dans de nombreuses régions, le calme recouvré après la guerre de Cent Ans et les grands dangers d’invasion disparus. Le château de Chambord n’était-il pas, avant l’intervention de François 1er, qu’un simple manoir construit par les comtes de Blois ?

Ce n’est qu’au XIXe siècle que le terme revêtira la notion de petit château ou de maison de style que l’on connaît aujourd’hui, bâtisse édifiée dans une vallée et non en surplomb comme l’étaient les châteaux forts, sorte de maison de maître au caractère « noble ».

Le castel.

Un mot emprunté au latin castellum (redoute, château d’eau, citadelle, en latin médiéval) via l’ancien provençal castel qui décrivait un village fortifié, expliquant dès lors l’appellation de nombreuses villes actuelles. Un vocable qui a quasiment disparu de notre langue pour laisser place au mot château dont il est une forme ancienne à l’image du vieux français chastel qui donnera châtelet et castelet. Même si quelques prétentieux en font l’usage pour parler d’une vieille demeure plus ou moins seigneuriale ou d’un petit château en province.

La vie de château.

Entre l’invasion des Francs et celle des Normands, ce sont quatre siècles d’anarchie auxquels mettra fin le régime féodal. Un système qui prit l’ascendant sur la royauté, défaillante, quand les ruraux et les villageois cherchèrent à se protéger des bandes armées auprès des nobles riches propriétaires qui avaient les moyens d’entretenir une petite armée personnelle, constituant ainsi des seigneuries totalement autonomes. Ainsi, en cas de danger imminent, on se réfugiait au château avec bêtes, récoltes et autres valeurs dans l’attente de jours meilleurs.

Le château fort.

A l’origine, le château fort se limitait à un donjon auquel on adjoignit, au fil des siècles, une chapelle bien sûr, mais aussi les salles nécessaires au campement des gens d’armes et à la vie quotidienne des châtelains. Un château qui se distinguait de toute autre construction par ses défenses car il se voulait forteresse. D’essence médiévale, il apparut au Xe siècle quand les envahisseurs normands s’installèrent définitivement en France, même si les rois mérovingiens avaient bâti, en leur temps, des fortifications militaires le long des frontières. Car jusqu’alors, les Francs construisaient plutôt ce que nous appelons aujourd’hui des manoirs, héritage d’une civilisation gallo-romaine où on ne songeait pas à fortifier les maisons campagnardes.

Un sens équivoque.

Un château fort qui perdit naturellement sa raison d’être à la fin des croisades quand la féodalité épuisée céda le pas à l’autorité royale. A la Renaissance, on construira des palais, parfois baptisés châteaux, comme à Versailles ou aux Tuileries, des bâtisses qui n’étaient plus forteresses mais constructions de prestige. C’est alors qu’on créa l’appellation « château fort », inexistante jusqu’alors, pour le distinguer du château d’apparat post-médiéval.

La Révolution mit un terme définitif à ces architectures, mais par extension puis par nostalgie d’une monarchie révolue, de nombreuses maisons de maître, pour peu qu’elles fussent spacieuses et entourées d’un domaine, se virent, sans vergogne, rebaptisées manoir ou château.