Le Loft.

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Le Loft.
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Comme il serait simple, et vendeur ( !), d’affubler de l’étiquette « loft » toute habitation un peu vaste, vaguement atypique, peut-être industrielle, en tout cas chère. Malheureusement, le terme ne bénéficie d’aucun contrôle d’usage par les professionnels de l’immobilier, et se voit bien trop souvent galvaudé. Même si, initialement, le mot recouvre diverses réalités comme nous allons le voir.

Comme il serait simple, et vendeur ( !), d’affubler de l’étiquette « loft » toute habitation un peu vaste, vaguement atypique, peut-être industrielle, en tout cas chère. Malheureusement, le terme ne bénéficie d’aucun contrôle d’usage par les professionnels de l’immobilier, et se voit bien trop souvent galvaudé. Même si, initialement, le mot recouvre diverses réalités comme nous allons le voir.

J’imagine ne rien vous apprendre en indiquant que le vocable « loft » nous arrive tout droit de nos cousins américains qui l’ont eux-mêmes emprunté, vraisemblablement, au « lopt » scandinave (air, ciel) ou au « luft » allemand (air, espace). Ainsi la Luftwaffe ou la Lufthansa… Mais je m’égare dans le firmament étymologique.

Une "loft" story.

A l’origine, les Américains appellent « loft » un grenier ou, plus précisément, des combles, autrement dit l’espace situé juste sous le toit, plus ou moins aisément aménageable en salle de jeux voire en pièce supplémentaire. Mais quand au début des années 60, celui qu’on allait connaître comme le pape du pop art, Andrew Warhola alias Andy Warhol, imagina de louer une usine désaffectée de New York pour y installer son atelier d’artiste, la mode du « loft conversion » connut un incroyable engouement.

Même si ce genre d’habitation ne se montrait guère adapté à une vie de bon père de famille, l’idée gagna rapidement tous les artistes du pop art, bientôt imités par ceux que nous appelons aujourd’hui les bourgeois bohèmes qui se chargèrent d’en populariser définitivement le concept à travers le monde.

The Factory, loft initiateur.

Quand en 1962 le néo-dadaïste Andy Warhol se mit en quête de son prochain atelier d’artiste, il parcourut Midtown Manhattan avant d’arrêter son choix sur une ancienne usine de chapeaux désaffectée; un local de 15 mètres sur 30 en très mauvais état, avec de larges baies vitrées donnant sur la 47e Rue, loué pour une centaine de dollars par an.

Soucieux d’une décoration originale, Warhol fit appel aux talents de Billy Name, un artiste en devenir mais un amant présent, qui décora le loft avec du papier aluminium (jusqu’à la cuvette des toilettes !), des miroirs brisés, s’attardant à couvrir et à recouvrir, sous l’emprise de paradis artificiels, la même porte d’une peinture argentée du meilleur effet.

Lieu privilégié de tous ceux qui comptaient dans l’art avant-gardiste, The Silver Factory verra notamment naître les fameuses sérigraphies de portraits de Marylin Monroe, Elvis Presley, Jackie Kennedy qui ont rendu célèbre Andy Warhol sur toute la planète.

Quand le loft devient hard…

Vivre dans un loft devient le summum du chic et la mode fait fureur. A tel point que les Américains imaginent une distinction entre le « attic loft » (combles aménagés) et le « loft apartment » (reconversion d’un bâtiment industriel).Avant que les professionnels de l’immobilier, à leur tour, n’établissent la différence entre les « faux » lofts construits à neuf pour proposer le mode de vie bohème à monsieur Tout-le-monde, et les bâtiments industriels reconvertis ; les classant respectivement en soft et hard lofts.

Et c’est évidemment sous cette dernière acception que le « loft » est entré dans la langue française quelques années plus tard, pour le plus grand bonheur des jeunes branchés parisiens des quartiers de la Bastille ou de Ménilmontant puis des villes de la petite couronne riches en bâtiments industriels désaffectés.

“Loft me tender”

Ainsi, dès les années 70 puis 80, cette mode du « loft reconverti » se propage dans toutes les grandes villes; d’autant que les municipalités voient d’un bon œil des quartiers industriels laissés à l’abandon reprendre vie, les ateliers d’artistes entraînant à leur suite tous les commerces utiles à leurs occupants. L’art et la manière de réhabiliter à moindre coût des entrepôts, des usines, des échoppes plus ou moins en friche !

A leur suite se précipitèrent tous les yuppies et autres jeunes couples modernistes, instituant un nouvel art de vivre à défaut d’y vivre de son art. Une nouvelle architecture d’intérieur façon open-space qui allait se répandre également dans le monde du travail avec sa vogue du plateau où les cloisons n’existent plus ; mais c’est là une autre histoire comme disait notre ami Rudyard Kipling…

Alors, loft ou pas ?

Alors, suffit-il de reconvertir n’importe quel local professionnel ou industriel en logement confortable pour qu’il se mue en loft ? Affirmatif, mon général, même si dans l’esprit populaire le terme symbolise davantage un vaste entrepôt, haut de plafond, doté de structures métalliques...

Ainsi pourrait-on légitimement baptiser « loft » l’ancienne boutique réaménagée d’un imprimeur ou d’un charcutier même si on frise, en l’occurrence, l’abus de langage. Avec le risque que le visiteur ainsi alléché ne cache pas sa réelle déception réprobatrice…