Le Lambris

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Le Lambris
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L’expression « sous les lambris » souligne d’elle-même le caractère emphatique du terme ; en clair, ça fait classe :« Je ne dormirai point sous de riches lambrisMais voit-on que le somme en perde de son prix ? »(Le Songe d'un habitant du Mogol – La Fontaine) 

L’expression « sous les lambris » souligne d’elle-même le caractère emphatique du terme ; en clair, ça fait classe :

« Je ne dormirai point sous de riches lambrisMais voit-on que le somme en perde de son prix ? »(Le Songe d'un habitant du Mogol – La Fontaine)

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais pour qu’un misérable panneau de frisette ne transforme pas une sinistre chambre aveugle en luxueux boudoir lambrissé, tentons de cerner le vrai sens du mot « lambris ».

 

Sans vadrouiller dans les méandres de l’étymologie (on y perdrait son latin), sachez tout de même que le terme « lambris » n’est qu’une des nombreuses déclinaisons du mot « lambruche » qui désigne, aujourd’hui encore, la vigne sauvage.

 

 

 

Ainsi, au fil des siècles, depuis le latin classique labrusca jusqu’aux lambroys, lambruis, lambru du vieux françois en passant par sa version patoise (lambrusque), ce mot a-t-il connu d’innombrables définitions pour recouvrir (c’est le cas de le dire !) une réalité toute prosaïque : le chauffage central n’existait pas et les murs montraient une fâcheuse tendance à absorber toute l’humidité ambiante et plus particulièrement celle des sols !

 

 

Plus trivialement, on se gelait les ouïes et il fallait pallier au mieux les rigueurs de la saison.

 

 

 

 

 

 

 

Une vieille histoire.

 

 

Depuis l’Antiquité, confrontés aux rudes températures hivernales, les plus riches recouvraient les murs de pierre intérieures de hautes tentures (les tapisseries ou tapis de muraille chers à la ville d’Aubusson) ou de boiseries plus ou moins marquetées. Rappelez-vous que nos princes, quand ils se déplaçaient de châteaux en résidences royales, transportaient avec eux meubles, tapisseries, vaisselles précieuses et tout le matériel de confort nécessaire.

 

Eh oui, les châteaux étaient, en l’absence de leurs occupants, non seulement peu ou pas entretenus mais restaient désespérément vides de tout contenu ! A l’arrivée de la Cour, on tâchait de rendre un peu de chaleur au lieu en garnissant les innombrables cheminées de grosses bûches bien sûr, mais aussi en recouvrant, autant que faire se pouvait, les murs des pièces d’habitation. D’ailleurs, à l’époque, on ne dit pas « préparer le château » mais « tendre ».

 

 

 

Ce n’est qu’aux XVIIe avec Louis XIII puis au XVIIIe siècle que se répandra l’usage des lambris qui conservaient de façon pérenne une certaine chaleur, esthétique et thermique, aux lieux ;

 

ainsi, les magnifiques lambris de Chambord ne datent-ils pas de François Ier qui, au demeurant, se souciait peu de son confort et encore moins de celui de sa suite, mais du XVIIIe siècle très probablement.

 

 

 

 

 

Une évolution artisanale puis artistique.

 

Si, dans un premier temps, ces lambris ne garnissaient que la partie basse des murs, ils devinrent rapidement objets d’embellissement et recouvrirent alors non seulement l’intégralité des murs mais aussi les plafonds ; on les appellera alors plus couramment « boiseries », un terme que reprirent à l’identique les anglophones (comme quoi, à l’époque, ce sont les Anglais qui nous empruntaient des mots de vocabulaire !).

 

 

 

 

 

Et les plus grands artisans vont rivaliser de prouesses techniques pour élaborer de véritables chefs-d’œuvre dont le fameux cabinet versaillais du Grand Dauphin réalisé tout en lambris marquetés par André-Charles Boulle, hélas disparu corps et biens au XVIIIe siècle (la destructrice Révolution était passée par là…).

 

 

 

En fait, avec ces lambris somptuaires, on exposait sa magnificence, ce dont se souviendront nos modernes bourgeois.

 

 

 

 

 

Un mot qui recouvre bien d’autres choses.

 

Au fil du temps, le terme « lambris » sera usité aussi bien pour décrire des panneaux de bois assemblés pour la fabrication de portes, cloisons, volets que pour un plafond rampant et son enduit de plâtre, ou plus généralement, pour tout revêtement de mur (en marbre, en stuc) jusqu’à son acception actuelle ; du bois qui pare un mur. Qui « pare » ? Pas si sûr car tout bon bricoleur sait bien que ces lambris modernes s’avèrent d’efficaces cache-misère qui masquent ici une fuite insoluble, là un défaut inaltérable !

 

Ainsi, depuis les années 60, une mode venue d’on ne sait où, propage l’idée de recouvrir un ou plusieurs murs à l’aide de lames de parquet rabotées et rainées qu’on appelle « frisettes » puisque qu’il s’agit de petites frises (de 5 à 7 centimètres de largeur), ces planche étroites qu’utilisent les menuisiers pour la confection de lames de parquet, bien sûr, mais aussi de tonneaux ou de toute autre construction en bois.

 

 

 

 

 

 

Frisette ou lambris ?

 

 

 

Alors, me dira le lecteur attentif, assoiffé de connaissances, la frisette constitue-t-elle un lambris ? N’y aurait-il pas là un affreux abus de langage pour transformer l’infâme citrouille en majestueux carrosse ? Ben oui et non, répondra le Normand que je ne suis pas, car si l’on accepte le sens premier du terme « lambris », à savoir « revêtement en bois d’un mur », oui, un panneau de frisette entre dans cette acception.

 

En revanche, si l’on imagine les élégants lambris fait de panneaux à cadres que l’on trouve aujourd’hui encore dans la plupart des appartements haussmanniens ou, a fortiori, les boiseries des résidences d’exception, le risque d’équivoque s’installe. En fait, l’idéal voudrait qu’on précise « lambris de frisette » mais vous savez bien qu’en ce bas monde, l’idéal n’existe pas… Cela se saurait !

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