Le gazon de nos jardins.

  • A
  • A
Le gazon de nos jardins.
Partagez sur :

Sans prétendre à la méticulosité légendaire du gentleman britannique fier de son gazon, nos compatriotes ne sont pas en reste dès qu’il s’agit de valoriser leurs fameux jardins à la française par une géométrie parfaite de pelouses au carré. D’autant que l’étymologie du vocable nous ramène à notre histoire féodale lointaine.

Sans prétendre à la méticulosité légendaire du gentleman britannique fier de son gazon, nos compatriotes ne sont pas en reste dès qu’il s’agit de valoriser leurs fameux jardins à la française par une géométrie parfaite de pelouses au carré. D’autant que l’étymologie du vocable nous ramène à notre histoire féodale lointaine.

 

Et même auparavant, car les braves Barbares qui eurent le bon goût d’envahir les Gaules alors que l’empire romain connaissait ses dernières heures, apportèrent dans leurs bagages une langue qu’on appelle aujourd’hui l’ancien bas francique, source originelle de nombreux vocables français dont, d’ailleurs, le jardin. Ainsi, le waso, ancêtre de notre gazon, une motte de terre couverte d’herbe à l’indéniable charge symbolique comme nous allons le découvrir.

 

 

 

En rase-motte.

 

Bien avant que les notaires authentifient les ventes de propriété par un acte rédigé en toutes lettres, il fallait bien symboliser d’une façon ou d’une autre cette formalité. Ainsi, les Francs avaient-ils coutume, au moment de la cession d’un terrain, de remettre un lambeau de gazon en terre, parfois accompagné d’une branche d’arbre ou de tout autre élément métaphorique des fruits de mère Nature. Une cérémonie que l’on retrouvera aux temps féodaux, souvent accompagnée d’une offrande de gants, reconnaissance du transfert de propriété. Le vocable passera en vieux français sous la forme wason, puis gason ou gazon, désignant l’herbe mais aussi la motte de terre revêtue de verdure dans le sens que nous venons de voir, à savoir le symbole de la propriété ou de la jouissance d’une terre.

 

 

 

 

Le gazon.

 

Un tapis de verdure qu’on retrouve en termes de fortification, où il s’agit du revêtement postiche d’un parapet, la technique de transplantation du boulingrin étant connue depuis les temps immémoriaux ; induisant par ailleurs un sens dévoyé car on appelait gazon, dès le XIIIe siècle, une perruque !

 

De façon inexplicable, pourtant, le gazon désignera, six cents ans plus tard, non plus la terre couverte de verdure mais l’herbe elle-même, une acception finalement originelle, de retour en grâce, et qui est demeurée jusqu’à nos jours.

 

Pour l’anecdote, sachez que le gazonnage était également un droit féodal dû par un vassal à son suzerain, le contraignant à couvrir de pelouses et à consolider les fossés du château de son maître. Tout comme l’herbage, d’ailleurs, ce droit que s’arrogeait un seigneur en prélevant les plus beaux animaux qui paissaient sur son domaine.

 

 

 

La pelouse.

 

Que ce soit dans son acception originelle ou actuelle, point de variation : une pelouse est un espace couvert de gazon, sans que l’on puisse différencier l’herbe elle-même de l’étendue de terre qu’elle recouvre. Avec une étymologie rigolote puisque la pelouse tire son nom du poil (pilosus en latin, c’est poilu) ! Un terrain velu, c’est une pelouse ! Ce qu’expliquent fort bien ses anciennes formes, peleux ou peloux, adjectifs décrivant un tissu ou un cuir couverts de poils ; ou bien encore le pelot, cette laine trop courte issue de la tonte du mouton en été. Bref, en un mot comme en cent, pelu, velu, poilu, c’est du pareil au même, ce que confirment les vocables, parmi tant d’autres !, peluche, pelade, pelage, velours… Evidemment, c’est par métonymie que le terrain couvert d’herbe est devenue l’herbe elle-même puisque désormais on tond la pelouse…

 

 

 

 

Pré et prairie.

 

Où l’on déduira qu’il n’y a aucune confusion possible entre un gazon, une pelouse, un pré et une prairie même si le citadin, ignorant de la chose agreste, ne distinguera pas forcément ces différents espaces verts. Oubliant par là-même le rôle utilitaire du pré, destiné à produire du foin quand il ne sert pas de pâturage ; constituant un espace rien moins que naturel puisque forgé de la main de l’homme, qui le clôt le plus souvent d’ailleurs. Alors que la prairie, sur laquelle n’importe quelle herbe pousse, reste choix d’une nature omnipotente, parfois au profit de l’Homme opportuniste. Un distinguo subtil d’autant que les deux termes, pré et prairie, présentent une même et unique racine, latine en l’occurrence : pratum, le pré, nos amis romains ne faisant guère la différence.

 

 

 

 

Allez, au turf maintenant !

 

Et je ne terminerai pas ces quelques lignes sur l’histoire du gazon et de la pelouse sans aborder rapidement un terme cher à nos amis des chevaux et du tiercé dominicain. Car combien d’entre eux savent-ils que turf est un mot anglais signifiant gazon ? Un anglicisme donc, qui connaît la même origine que notre tourbe, à savoir le francique turba, la motte de gazon. Qui n’a rien à voir avec la tourbe menue chère à La Fontaine…

Retrouvez tous nos articles immobiliers sur www.toutsurlimmo.com