Le Garage

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Le Garage
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A priori, nul besoin d’explications scientifiques pour comprendre le sens du mot « garage ». En revanche, les nombreux abus de langage pour désigner un emplacement propice au stationnement d’un véhicule, qui valorise toujours un bien immobilier, nécessitent quelques précisions. Sans compter l’étymologie du vocable, pour le moins inattendue.

A priori, nul besoin d’explications scientifiques pour comprendre le sens du mot « garage ». En revanche, les nombreux abus de langage pour désigner un emplacement propice au stationnement d’un véhicule, qui valorise toujours un bien immobilier, nécessitent quelques précisions. Sans compter l’étymologie du vocable, pour le moins inattendue.

On pourrait légitimement penser que le mot « garage » n’existait pas avant l’invention de l’automobile. Mais ce serait oublier qu’il est une déclinaison de « gare » et qu’il est employé depuis belle lurette quand il s’agit de ranger des bateaux dans une gare d’eau, ce que définit parfaitement bien l’Encyclopédie Diderot et d' Alembert : « Les mariniers donnent ce nom [gare] à des lieux préparés sur une rivière étroite, pour y ranger leurs bateaux lorsqu'ils en rencontrent d'autres qui embarrasseroient la navigation, la rivière n'étant pas assez large pour qu'il en puisse passer deux en même tems sans courir risque de s'endommager".

A voile ou à vapeur.

Le verbe « garer » provient probablement du mot germain « warôn » qui signifie « protéger » qui a donné « varer » (se défendre) en vieux français, avant de se mêler à « guerrer » qui signifie « amarrer un bateau ».. Vous suivez ? Car l’histoire se complique quand « garer » se confond, dans le langage populaire, à « garder » (mettre de côté, conserver) pour donner de nombreuses locutions dont, excellent exemple du mélange des deux termes, « être sur ses gardes ».

Résumons-nous : du XVe au XVIIIe, on gare les bateaux dans le recoin d’une rivière ou d’un canal pour les mettre en sécurité. Puis, à l’apparition des trains, au XIXe siècle, on reprend le même vocable pour la station d’embarquement du chemin de fer. Enfin, l’avènement de la voiture consacrera le garage (le fait de garer) en substantif spécifique à l’automobile, jusqu’alors réservé aux bateaux.

Le parking

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, « parking » est un mot de racine française puisqu’il s’agit d’une désinence du verbe anglais « to park » qui signifie, originellement, mettre dans un parc, un mot bien de chez nous qui décrit un espace clôturé ; en effet, « parc » provient du bas latin parricus, un enclos.

Mais quittons les parcs à bestiaux pour rejoindre l’époque moderne quand la création de l’automobile impliquera la conception d’un lieu pour garer son véhicule. Evidemment, en dépit des nombreux pionniers français de l’histoire de l’automobile, ce sont bien les Américains qui populariseront la voiture grâce à Henry Ford, initiateur du travail à la chaîne. Il était donc logique qu’ils fussent les premiers à imaginer un mot pour cette aire de stationnement jusque-là inimaginable car inutile.

Un mot, parking, autrement efficace à utiliser que « emplacement de stationnement » et bien plus joli que « parcage » un peu trop agricole pour le citadin fier de l’être. Bref, on gare sa voiture ou, plus poétiquement, on parque son char comme disent nos cousins québécois.

Le box

Avant de devenir une stalle d’écurie dans laquelle se repose le cheval, « box » est utilisé pour décrire une loge de théâtre (XVIIIe siècle), une acception que les Anglais utilisent aujourd’hui encore (theater box). Mais à l’image de nombreux termes provenant du monde hippique (cheval vapeur, berline, cabriolet…), « box » fut rapidement employé en français pour désigner une place de stationnement individuelle et fermée, propice au garage d’une voiture. Où l’on retrouve le sens premier de « box », en anglais, qui signifie « boîte » lui-même issu du bas latin buxa (boîte en buis). Accessoirement, un box désigne également le petit compartiment dans lequel se tient l’accusé au tribunal, ou un malade isolé dans une salle d’hôpital ; bref, une vraie mise en boîte…

De la complexité sémantique.

Aujourd’hui, en France, on réserve le mot « parking » à une aire de stationnement collectif d’un supermarché, d’une cité immobilière , voire d’un bâtiment public (mairie, stade de sport ou hôtel…). Corollaire, une place de parking correspond à un endroit délimité (par de la peinture au sol ou toute autre signalétique). Elle ne saurait donc se confondre avec un box ou un garage qui sous-entendent « local fermé ».

Pour le box, nous l’avons vu, pas de tergiversation possible, il se veut un emplacement particulier et muré, dans lequel on gare son véhicule, ce box étant souvent lui-même logé dans un parking collectif.

Quant à « garage », il constitue un terme générique qui implique un espace fermé ; l’utiliser à tout autre usage risquerait de semer la confusion dans l’esprit de l’acquéreur potentiel. D’autant qu’il s’agit également du lieu d’exercice d’un garagiste qui n’est pas un gardien de parking comme un apprenti-francophone pourrait l’estimer ! Parfois, je suis heureux que ma langue maternelle soit le français...