Le Charpentier.

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Le Charpentier.
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La charpente, au sens propre comme au figuré, constitue la structure fondamentale sans laquelle aucun édifice mais aussi aucun raisonnement ne seraient possibles. C’est dire l’importance de cet assemblage, de cette combinaison d’éléments.

La charpente, au sens propre comme au figuré, constitue la structure fondamentale sans laquelle aucun édifice mais aussi aucun raisonnement ne seraient possibles. C’est dire l’importance de cet assemblage, de cette combinaison d’éléments.

Et, corollaire, celle du maître d’œuvre, le charpentier, qu’on ne saurait confondre avec le menuisier et, encore moins, avec l’ébéniste même s’ils partagent tous trois le travail du bois. Mais il n’en a pas toujours été ainsi comme nous l’apprend la longue histoire de cette corporation hors du commun.

Et la première surprise sera de suivre l’étymologie du vocable qui commence par un emprunt au latin carpentum, ce chariot à deux roues munie d’une capote ! Car le carpentarius est un carrossier et la carpentaria une fabrique de chars ! Une profession que l’on connaît aujourd’hui sous le vocable charron

Si j’étais un charpentier…

Depuis Noé, charpentier de marine par nécessité, et Joseph, le père de Jésus, on sait que les métiers du bois ont toujours été nobles. Ce que n’ont pas manqué de pratiquer tous les peuples de l’Antiquité, pour leur habitat, bien sûr, mais également, parmi les plus marins, pour construire des navires. Aussi, jusqu’au Moyen-Age, le métier de charpentier comprenait-il tout ce qui avait trait au travail du bois ; la construction bien sûr mais aussi la vente du matériau brut.

Au fil du temps, la profession se spécialisa et on distingua alors les charpentiers de la grande cognée (qui est une hache) qui façonnaient les grosses pièces de bois, des charpentiers de la petite cognée qui se préoccupaient des structures de petites dimensions. Et vous aurez déjà compris que ces artisans attachés à la menue huisserie pratiquaient déjà la… menuiserie !

Le menuisier.

Ces charpentiers de la petite cognée se livraient donc aux ouvrages de menus bois, meubles et cloisons en planches, fenêtres et portes, planchers et petits escaliers. Des charpentiers de menuiserie qui tiraient leur appellation de la menuise, emprunté au latin minutus qui signifie petit, menu. Qui nous a donné, entre autres, amenuiser qui signifie réduire.

Ce fut en 1382 qu’un arrêt royal distingua les charpentiers des menuisiers, ces derniers rejoignant alors les huchers pour constituer une unique corporation. Pourquoi des huchers ? Parce qu’ils pratiquaient la hucherie, cet art de la confection des huches à pain, mais aussi des coffres, des bahuts et autres armoires.

Enfin, par de nouveaux décrets, Louis XV leur conféra un droit exclusif de réalisation ainsi que la vente des bois nécessaires à ces fabriques, leur apportant ainsi un statut d’artisans à part entière.

L’ébéniste.

Pratiqué depuis toujours par les Phéniciens, les Grecs et les Romains, l’art de l’ébénisterie disparut avec la chute de l’Empire romain pour ne réapparaître qu’à la fin du Moyen-Age. Des artisans qu’on appelait alors menuisiers de placage ou menuisiers de pièces de rapport et de marqueterie.

Quand au XVIe siècle on commença à explorer le monde, on en rapporta de nouvelles essences. Des bois très chers donc, qu’il ne fallait pas gaspiller et qu’on réservait aux plus beaux travaux qu’ils soient de placage ou, plus rarement, de massif, et qu’on rassemblait indistinctement sous le vocable ébène (un vocable emprunté au latin ebenus, l’arbre dont on tire cette essence) pourvu qu’ils soient nouveaux et précieux. Des ébénistes qui travaillaient ces bois mais aussi l’ivoire et la corne pour décorer des meubles et des panneaux de bois. Et ce fut au XVIIIe siècle qu’ils rejoignirent les tabletiers pour former une nouvelle corporation, enfin distincte de celle des menuisiers.

Le tabletier.

Car jusqu’alors, c’étaient les tabletiers, membres de la corporation des fabricants de peignes, qui travaillaient le buis, le noyer ou l’olivier, l’ivoire et la corne, ou encore la nacre, pour confectionner toutes sortes d’objets précieux : des jeux de dames et d’échecs, des peignes et des étuis, des éventails et des bijoux, des tabatières et des trictracs, des manches de couteaux et des images pieuses gravées. S’ils pratiquaient le placage et la marqueterie, ils se montraient le plus souvent tourneurs. Et devaient leur appellation au damier du trictrac baptisé tablier. De nos jours, le tabletier est celui qui fabrique ou vend des jeux d’échecs et de dames.

Faisons feu de tout bois.

Issus du monde de la charpente de gros œuvre, certains charpentiers, dits de petite cognée, se sont alliés aux huchers pour former la corporation des menuisiers. Puis, parmi ceux-ci, certains se spécialisèrent dans le placage et la marqueterie, avant de rejoindre les tabletiers pour créer la profession d’ébéniste. Ainsi, au fil des siècles, on passa du débit de lourdes charpentes à la confection de meubles puis à la marqueterie, pour un travail toujours plus fin et artistique. Mais ils étaient bien tous, à l’origine, des charpentiers !