Le Canapé

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Le Canapé
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Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas d’établir ici quelques recettes de cuisine pour mieux recevoir vos invités autour d’un buffet dînatoire mais du mobilier central d’un salon...

Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas d’établir ici quelques recettes de cuisine pour mieux recevoir vos invités autour d’un buffet dînatoire mais du mobilier central d’un salon...

...ce siège à dossier et à accoudoirs (on devrait dire « accotoirs ») que l’on confond bien trop souvent avec le divan, le sofa ou les déclinaisons que l’histoire nous a laissées : ottomane, corbeille, veilleuse, méridienne, banquette, convertible, tête-à-tête, causeuse, marquise… Evidemment, la place nous manque pour aborder chacun de ces vocables en détail mais allongeons-nous quelques instants pour considérer tout cela à tête reposée.

Etymologiquement, le canapé nous vient du grec via le latin conopeum et le vieux français « conopé » qui désignent une moustiquaire puis un rideau de lit avant de s’étendre (c’est le cas de le dire) à une sorte de couche surplombée d’une moustiquaire.

Une longue histoire.

En fait, le canapé dérive naturellement de l’ancien banc en bois à dossier qu’on garnissait de matelas et de coussins dans les châteaux médiévaux. Pourtant, en France, les sièges confortables, propices à la conversation oisive ou au repos, n’apparaissent réellement qu’au XVIIe siècle avec assise et dossier rembourrés et recouverts de tapisseries plus ou moins luxueuses, voire de cuir, et munis d’accoudoir en bois tout comme la structure générale du meuble. Il s’agit alors de la réunion de trois fauteuils dont on aurait soustrait les accotoirs intermédiaires. Un style Louis XIII facilement reconnaissable par son confort quelque peu spartiate. Il faudra en effet attendre Louis XV pour que l’on se préoccupe un tantinet d’ergonomie et que les dossiers s’incurvent pour mieux recevoir le dos des usagers ; puis la Restauration pour que le meuble s’installe chez les bourgeois, préfiguration de sa popularisation dès la seconde moitié du XXe siècle.

Quand la confusion s’en mêle.

Pour l’anecdote, sachez que canapé se dit couch en anglais, un mot dont l’origine française ne fait évidemment aucun doute. Et contrairement à ce qu’affirme Wikipedia jamais en retard d’une ânerie, le couch n’a pas été inventé par Jay Wellington Couch en 1865 car celui-ci (le canapé, pas Jay Wellington) était déjà connu sous le règne de Charles II d’Angleterre comme l’atteste John Evelyn dans son journal en 1654. De toute façon, c’est déjà assez compliqué de s’y retrouver parmi les innombrables déclinaisons françaises de ce meuble pour ne pas s’embarrasser des traductions anglaises ou serbo-croates.

Le divan

Contrairement au canapé, le divan ne présente ni dossier ni accotoirs et apparaît peu de temps avant la Révolution. Il s’agit d’un siège long, proche du banc, sans bras ni dossier, garni d’amples coussins et donc souvent placé contre un mur. De tradition orientale, il fait office de lit chez les Levantins qui ne s’y assoient pas mais s’y accroupissent les jambes croisées. Chez les Arabes, il existe depuis toujours mais avant d’être un meuble, le diwan est le bureau d’enregistrement des tribus qui participent aux conquêtes arables et, originellement, un recueil de poèmes. Un terme qui deviendra « diouan » chez les Ottomans pour désigner la salle du conseil du gouvernement turc de Constantinople, une pièce encombrée de coussins et de sièges bas où siégeaient les notables et qui, par métonymie, désignera le siège par lui-même.

A noter qu’aujourd’hui le divan est irrémédiablement associé au psychanalyste puisque dans son ouvrage « La Technique psychanalytique », Freud explique qu’il faut que le patient s’allonge sur un divan même si, aujourd’hui, ce dernier ne conserve souvent qu’une vertu symbolique.

Le sofa

Autrefois orthographié « sopha », il est emprunté au turc « sofa » provenant de l’arabe suffa (coussin de selle), qui décrit une estrade ou une banquette couverte de tapis et de coussins. Ce que définit fort bien l’encyclopédie de Diderot : « Espece d'estrade qui est d'usage en Orient, & qui est élevée d'un demi-pié au-dessus du niveau de la chambre d'honneur. où l'on reçoit les personnes les plus remarquables. Chez les Turcs, tout le plancher est couvert d'un tapis de pié, & du côté des fenêtres, ils élevent une estrade, qu'ils appellent sosa. ».

Aujourd’hui, il s’agit d’un lit de repos à trois dossiers, pouvant servir de siège, dont la structure, généralement en bois, est masquée par le tissu et le rembourrage.

Alors, canapé, divan ou sofa ?

Pour faire simple, et n’est-ce pas là le but de cet article, on dira que le divan est un lit de repos sans accoudoir ni dossier : que le canapé est un siège à plusieurs places qui peut servir, le cas échéant, de lit de repos et qu’il dispose d’accotoirs et d’un dossier unique aux deux ou trois places qu’il offre ; alors que le sofa est un lit qui fait éventuellement office de siège, n’a pas de bois apparent et comporte un dossier par place assise. Cela défini, et l’imagination des fabricants se montrant illimitée, les canapés et sofa ont connu tant de déclinaisons que les deux meubles aujourd’hui se confondent si ce n’est que le canapé induit peu ou prou une idée d’utilitaire alors que le sofa appelle un sentiment de confort, de cocooning.