Le cagibi, un débarras réduit…

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Le cagibi, un débarras réduit…
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Si le vocable cagibi est récent, du siècle dernier précisément, les habitations ont de tous temps connu un local si petit, si trivial, qu’il ne méritait pas l’appellation pièce.

Si le vocable cagibi est récent, du siècle dernier précisément, les habitations ont de tous temps connu un local si petit, si trivial, qu’il ne méritait pas l’appellation pièce.

 

 

Qu’il fût destiné au rangement ou à certaines commodités, on le nommait réduit, débarras voire cabinet avec toutes les déclinaisons imaginables selon l’usage auquel il était destiné : cellier, box, soupente, cambuse, alcôve, souillarde, bouge… Et qu’on retrouvait plus généralement sous le terme générique réduit.

 

Un mot dont l’étymologie pourrait paraître évidente, à savoir une pièce aux dimensions restreintes, réduites, alors que l’histoire se montre bien plus subtile ! Il s’agit en effet d’un emprunt au latin reductus qui implique la mise à l’écart. Autrement dit, un réduit n’est pas forcément petit mais toujours séparé, éloigné. D’ailleurs, on utilisait le verbe reduire, sans accent, avec l’idée de ramener à un état antérieur, comme on connaît aujourd’hui conduire, emmener ensemble, ou produire, mener en avant, présenter. Ce qui explique les nombreuses acceptions que le réduit a connues au fil du temps comme nous allons le découvrir.

 

 

 

Un lieu à l’écart.

 

Au Moyen-Age, le réduit, était un chemin ou un lieu retiré. Par extension, dès le XIIIe siècle, il s’agissait d’un endroit où se retrouvaient des personnes pour discuter, se divertir : Sa maison était un réduit fort agréable. Et prit le sens de lieu de retraite, de refuge au calme. Ce ne fut qu’au XVe siècle que le vocable prit l’acception que nous lui connaissons aujourd’hui, à savoir une pièce retirée de la maison, à l’écart, sorte de recoin plus ou moins habitable. D’ailleurs on le rencontrait un siècle plus tard pour signifier un abri ultime à l’intérieur d’une fortification, avec le sens d’un petit lieu à l’écart d’un plus grand, ou d’un bastion permettant le stockage sûr de matériels ou de denrées en cas d’attaque ennemie. A l’image du donjon au cœur d’une forteresse.

 

 

Sortir de l’embarras.

 

Avant d’être un lieu de rangement, le débarras se voulait simplement le contraire d’embarras, ce mot emprunté à l’espagnol embarazar qui implique une gêne. Et comme cela m’embarrasse, je m’en débarrasse dans un… débarras ! Mais il s’agit-là d’une acception relativement moderne, probablement de la fin du XIXe siècle et que réprouve vertement Littré dans son dictionnaire. Que les décennies suivantes allaient pourtant contredire ainsi que l’atteste l’Académie française en 1932 : endroit où l’on remise les objets inutiles, encombrants.

 

 

Une vraie gêne.

 

A l’origine, donc, l’embarras n’était pas une émotion, une gêne résultant d’une situation difficile mais bien quelque chose de tangible, à savoir un obstacle rencontré en chemin qui entrave la libre circulation. Ainsi, dans cette acception originelle, il serait juste de dire qu’un embouteillage, un bouchon, sont un embarras de véhicules. Puis par extension, le vocable désigna tout malaise : de place, d’argent, de santé quand il s’agissait d’un embarras gastrique par exemple. Ce qui explique la litote populaire mettre une fille dans l’embarras pour signifier la rendre enceinte.

 

 

Une remise temporaire.

 

Pour revenir au débarras qui, comme nous l’avons vu, au sens de local de rangement, est une acception récente, notez qu’il s’agit d’un raccourci populaire puisqu’au XIXe siècle, on disait une pièce ou un cabinet de débarras, voire une chambre-débarras. En fait, on qualifiait ainsi un endroit de la maison où étaient rangés meubles et objets temporairement inutilisés, sorte de grenier passager. On se débarrasse, pour quelque temps, mais on ne remise pas définitivement, on ne jette pas. Un débarras qu’il ne faudra pas confondre alors avec un placard, ce renfoncement d’une pièce fermé par une cloison de bois avec porte et tablettes de rangement, qui constitue une sorte d’armoire fixe, alors que le débarras est une vraie pièce, finalement plus proche d’un dressing au sens contemporain du terme.

 

 

 

Un vocable peu flatteur.

 

Alors, du réduit qui peut qualifier n’importe quel endroit de la maison du moment qu’il est à l’écart du reste de l’habitation, et du cabinet de débarras qui existait surtout dans les maisons bourgeoises mais que les temps modernes n’ont pas hésité à transformer en (petite) chambre ou en bureau, voire en buanderie, nécessité faisant loi, il vous reste à choisir même si aucun des deux termes ne se montre flatteur. Vous réduisant à la portion congrue…

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