Le belvédère, un simple abri de jardin ?

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Le belvédère, un simple abri de jardin ?
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Si l’honnête citoyen se contentera d’un kiosque ou, mieux, d’une gloriette nichée au fond de son jardin, l’homme de goût, et accessoirement de moyens, ne pourra faire l’impasse sur un belvédère qui mettra en valeur et ses dépendances et le paysage environnant. Mais sommes-nous sûrs d’utiliser le vocable à bon escient ?

Si l’honnête citoyen se contentera d’un kiosque ou, mieux, d’une gloriette nichée au fond de son jardin, l’homme de goût, et accessoirement de moyens, ne pourra faire l’impasse sur un belvédère qui mettra en valeur et ses dépendances et le paysage environnant. Mais sommes-nous sûrs d’utiliser le vocable à bon escient ?

 

N’y aurait-il pas dans cette construction à l’histoire relativement récente, une acception plus fine qu’on ne pourrait le penser de prime abord ? Voilà bien la question du jour.

 

Et l’étymologie du mot ne manquera pas de nous renseigner à cet égard puisqu’il s’agit d’un emprunt direct à l’italien belvedere qui juxtapose l’adjectif bel (beau, en français) et le verbe vedere qui signifie voir, ce que nous pouvons habilement traduire par belle vue.

 

 

 

 

Une origine papale.

 

Car l’histoire commence, même si différents modèles préexistaient en Italie, par la construction d’un pavillon offrant une vue somptueuse sur Rome, situé à l’arrière du palais pontifical au Vatican à la fin du XVe siècle, à la demande du pape Innocent VIII, probablement par Giacomo da Pietrasanta même si certaines sources, pas forcément fiables, citent Antonio Pollaiuolo. Le principe étant, pour ces belvédères de la Renaissance italienne, de tirer parti d’un panorama exceptionnel, ce qui explique qu’ils sont souvent construits au sommet d’un tertre voire d’un édifice. A noter que, dans ce dernier cas, il ne faut pas le confondre avec le lanternon, sorte de rotonde perchée au faîte d’un toit, qui n’est pas forcément habitable ou même accessible.

 

 

 

 

A la française.

 

Cette mode étant passée en France au XVIe siècle, le belvédère qui, à l’origine, n’était pas sans rappeler les temples étrusco-romains que décrit Vitruve, devint un abri de jardin, sorte de pavillon d’agrément situé à l’extrémité d’un parc, où l’on vient prendre le frais ou se protéger des caprices de la météo. Une sorte de kiosque composé d’un salon ouvert, parfois à pans ou circulaire, clos à l’occasion de portes-fenêtres vitrées.

 

Aujourd’hui, le terme est galvaudé au point qu’on baptise belvédère de jardin un simple monticule, un terre-plein, situé sur un quelconque point culminant, offrant dès lors une belle vue. Mais dont toute construction est exclue.

 

 

 

 

Le kiosque.

 

Un vocable moderne, datant du XVIIIe siècle, emprunté au persan kouchk via le turc kosk et l’italien chiosco, ce qui ne devrait pas manquer de vous passionner, qui décrit un petit pavillon installé dans un jardin. Encore un… Et que Littré, dans son dictionnaire de 1872, assimile à un belvédère, en précisant son origine turque, et son ouverture de tous côtés. Accessoirement, c’est à cette même époque qu’apparaît l’acception pour désigner un marchand de journaux installé sur la voie publique.

 

 

 

 

 

Une chinoiserie du Moyen-Orient.

 

A l’origine, on trouvait ces abris de jardin ouverts, offrant protection des ardeurs du soleil, un peu partout au Moyen-Orient, mais aussi dans tout l’empire Ottoman, jusqu’à ce que la mode persane et turque, en France, la propage au siècle des Lumières ; même si un dictionnaire d’architecture datant de 1832 y voit une mode chinoise avec ses couvertures recourbées ! Un engouement en tout cas exotique qui ne faisait que distinguer le kiosque de ce qu’on appelait jusqu’alors un pavillon.

 

 

 

 

Le pavillon.

 

Etymologiquement, le pavillon est décrit dès le début du XIIe siècle comme une tente militaire, le paveilun, tendue en pointe en son sommet, ce qui n’est pas sans nous rappeler le toit d’un kiosque. Plus simplement, si la tente est carrée, on la baptise pavillon, sinon elle conserve son appellation originelle ! Donc, le latinisant paveilun se mua rapidement en paveillon puis en pavillon pour décrire, deux ou trois siècles plus tard, un corps de bâtiment généralement carré servant d’accompagnement à un bâtiment plus important ; sorte d’annexe à l’usage souvent spécifique et, dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, située au jardin.

 

 

 

 

La gloriette.

 

Si, dans la sémantique architecturale, la gloriette est un petit pavillon, une maisonnette, elle désigne plutôt, dans le langage courant, un genre d’abri de jardin, entre la tonnelle et le kiosque ; même si on retrouve le vocable pour désigner la pièce située au plus haut niveau d’une habitation. On peut imaginer que le terme qui date du XIIe siècle, est inspiré de glorie, une graphie ancienne du mot gloire, un peu à l’image du « Sam Suffit » banlieusard mais cette fois bien plus glorieux.

 

 

 

 

 

Restons simples.

 

Les siècles passés, avec leurs modes et leurs influences étrangères, nous ont gratifiés d’innombrables synonymes de ce qui, finalement, reste un simple abri de jardin. Evidemment, l’architecte pointilleux, le snob en mal de reconnaissance, l’étymologiste retors, se feront un point d’honneur à le requalifier en gloriette, kiosque ou belvédère, en n’oubliant pas que ce dernier vocable vaut également pour cette petite construction, parfois une terrasse, située au sommet d’un bâtiment avec, bien sûr, une belle vue.

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