La Salle de bains

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La Salle de bains
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Indubitablement, la confusion, volontaire ou non, entre salle d’eau et salle de bains constitue une escroquerie intellectuelle. Car si la première est ancienne et se voit réduite à la portion congrue, la seconde implique un minimum d’espace et d’équipement. Ne mélangeons pas torchons et serviettes, je vous prie. Et voyons plutôt comment un point d’eau et son rustique lavabo sont devenus l’une des pièces primordiales de l’habitat moderne.

Indubitablement, la confusion, volontaire ou non, entre salle d’eau et salle de bains constitue une escroquerie intellectuelle. Car si la première est ancienne et se voit réduite à la portion congrue, la seconde implique un minimum d’espace et d’équipement. Ne mélangeons pas torchons et serviettes, je vous prie. Et voyons plutôt comment un point d’eau et son rustique lavabo sont devenus l’une des pièces primordiales de l’habitat moderne.

Passons rapidement sur l’étymologie du mot « bain », directement issu du balneum latin qui décrivait, dans la Rome antique, aussi bien les thermes que la salle réservée aux ablutions dans la domus. Et traversons les siècles à la recherche des salles de bains de nos ancêtres, en éludant, faute de place, les bains publics à l’histoire spécifique.

A travers le temps.

On trouve trace de salles de bains dès le troisième millénaire avant notre ère. D’usage religieux le plus souvent (Jean le Baptiste n’a rien inventé, mes frères), le bain purifie l’âme et le corps ; ce qui n’empêchait pas les gens ordinaires de prendre un bain pour… se laver. Mais de là à dédier une salle à cet usage, fallait-il encore en avoir les moyens. Pourtant, on en a retrouvé des vestiges dans ce qui est aujourd’hui le Pakistan, à Mohenjo-Daro ! Ainsi qu’en Crête (palais de Knossos, 1700 avant JC), avec un système de plomberie extrêmement proche de celui qu’on connaît aujourd’hui ; ou bien encore à Santorin grâce à l’eau chaude fournie par la géothermie volcanique du lieu. Bref, en Grèce, chez les riches, on a déjà une salle de bains. Bientôt imités par les patriciens romains qui essaimèrent leurs idées architecturales domestiques à travers tout l’Empire.

La chambre des bains.

En France, les bains publics connaissent une forte fréquentation, ce qui ne favorise guère la salle de bain domestique ; et il fallut attendre le XVIe siècle pour que des salles dédiées aux ablutions fassent leur apparition. Ainsi François Ier avait-il fait aménager, au château de Fontainebleau, une suite de trois salles de bains et de quatre petits salons qu’on appelait l’appartement des bains. Louis XIV, de la même façon, disposait à Versailles d’une chambre de bains, avec deux baignoires !, et dont il faisait usage tous les jours après la chasse.

Nonobstant cela, le cabinet de toilette se faisait rare en France : l’eau n’était pas courante, sans parler de l’absence totale de vidange. Au XIXe siècle, les plus fortunés se faisaient livrer un bain à domicile avec baignoire en cuir pliable, ou en métal, l’évacuation des eaux usées s’effectuant via un tuyau qui se jetait directement dans les caniveaux. Difficile alors de garder discret le rythme de son hygiène corporelle !

La salle de bains moderne

Au début du XXe siècle, seuls les appartements bourgeois comportent un cabinet de toilette et, plus rarement encore, une salle de bains équipée d’un tub (bassine en zinc, en tôle émaillée, voire en cuivre) mais on s’y lave en chemise. Les petites gens, elles, se contentent d’une douche, au mieux, tandis que les paysans se récurent dans un vulgaire baquet d’eau plus ou moins chaude au beau milieu de la cour. Certes, l’eau courante arrive peu à peu dans les immeubles citadins, mais seulement au rez-de-chaussée en l’absence de pompes efficaces.

La salle de bains moderne nous vient d’Angleterre puis des Etats-Unis, popularisée par l’essor de la baignoire car je rappelle que la salle de bains est la pièce où on prend un bain ! Donc, il y faut une… baignoire. Mais chez les Français, on continue à bouder cette pièce jugée superfétatoire (il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour que l’hygiène s’impose), une salle de bains qui se montre rarement luxueuse ou même fonctionnelle, entre buanderie et cuisine dans sa conception.

Une pièce réduite à la portion congrue.

Si les Français ont longtemps eu la réputation de gens sales, ça n’est pas forcément injuste car rappelons qu’au début du XXe siècle, moins de deux pour cent des logements parisiens comprenaient une salle de bains avec eau courante. Et qu’il fallut attendre le milieu des années 70 pour que la moitié des habitats français bénéficient d’une pièce dédiée aux ablutions, et les années 2000 pour parvenir au chiffre de 98 % avec une surface moyenne de 4 mètres carrés.

Mais la salle de bains demeure un simple lieu d’hygiène plus ou moins fonctionnel avec un lavabo, élément central du lieu, une douche et plus rarement une baignoire ; quand elle ne sert pas de buanderie. accolée à la cuisine pour simplifier les problèmes d’arrivées d’eau. Pour finalement se démocratiser avec la construction, après-guerre, des HLM.

Etre dans le bain.

On aura compris que, pour mériter son appellation, la salle de bains doit être équipée, a minima, d’un lavabo et d’une baignoire ; voire, en option, d’une douche, d’un bidet, ou de toilettes comme cela se pratique le plus souvent en Amérique du Nord. Si tel n’est pas le cas, restent à votre disposition les termes « salle d’eau », « coin douche », voire « cabinet de toilette ». Mais de grâce, leitmotiv de ces dossiers « Les Mots ont un sens », utilisez le terme adéquat pour décrire votre logement ! Vous voilà avertis. Personnellement, je m’en lave les mains…