La Poubelle.

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La Poubelle.
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Si notre époque écologiste considère primordial le traitement de nos déchets quotidiens, on se doute qu’il n’en a pas été ainsi au cours des siècles passés. D’abord parce que l’espace semblait infini et qu’il suffisait de repousser au-delà de son périmètre ces rebuts.

Si notre époque écologiste considère primordial le traitement de nos déchets quotidiens, on se doute qu’il n’en a pas été ainsi au cours des siècles passés. D’abord parce que l’espace semblait infini et qu’il suffisait de repousser au-delà de son périmètre ces rebuts.

De surcroît, hors les déjections humaines, les ordures n’étaient pas aussi nombreuses qu’elles ont pu le devenir « grâce » à l’industrialisation de nos sociétés occidentales. Il a donc fallu sévir, du moins dans les villes, et l’un de ces précurseurs fut un illustre Préfet de la Seine qui avait en charge la ville de Paris.

Car c’est le sieur Eugène Poubelle qui signa le 24 novembre 1883 un arrêté qui faisait obligation aux propriétaires d’immeubles de mettre à la disposition des habitants une boîte à ordures, comme on l’appelait à l’époque. Bientôt suivi, quelques mois plus tard, par un décret régissant l’enlèvement des ordures ménagères.

Une réglementation stricte.

En cette fin de siècle, en dépit du manque de moyens technologiques, les services de la préfecture avaient tout prévu dans les moindres détails, avec un horaire fixe d’enlèvement, la capacité des récipients et surtout un tri sélectif ! En effet, trois boîtes à ordures étaient nécessaires : la première destinée aux ordures ménagères, la deuxième affectée aux débris de verre, de vaisselle et autres faïences, la troisième réservée… aux coquilles d’huîtres ! Certes, on consommait énormément d’huîtres à l’époque, notamment à Paris puisque, en ces années-là, on en dévorait par moins de vingt-cinq douzaines par adulte consentant et par an. Mais on peut imaginer, plus prosaïquement, que cette récupération alimentait les fours à chaux, même si la raison invoquée concernait la sécurité des chiffonniers.

Un nom commun.

Et c’est ainsi que le patronyme de notre préfet devint un nom commun de notre vocabulaire, ce qu’on appelle une antonomase, par la grâce d’un article publié dans Le Figaro en 1884 même s’il conserva, quelques années durant, sa majuscule. Cela dit, ne croyez pas que cette nouvelle réglementation résolut la question car il fallut des décennies pour discipliner les citadins d’une part, et organiser une collecte digne de ce nom d’autre part.

L’anecdote plaisante, c’est que le sieur Poubelle s’était contenté de signer un décret portant effet sur une réglementation imaginée et préparée par son prédécesseur à la préfecture de la Seine, Louis Oustry, demeuré moins d’un an à son poste. Il s’en est donc fallu de peu que nos poubelles s’appellent des… oustry !

Le vide-ordures.

On trace le premier système de vide-ordures en France au milieu du XIXe siècle quand un dénommé Jean-Baptiste André Godin (eh oui, celui des poêles à bois) imagina une évacuation verticale des ordures ménagères pour un logement collectif connu sous le nom de « familistère de Guise », un ensemble d’appartements sociaux bénéficiant de tout le confort de l’époque et néanmoins destiné aux prolétaires. Ce que les mauvais esprits qualifièrent de paternalisme patronal... Une innovation qu’il baptisa « trappe à balayures », placée sur le palier, comme elle le sera dès le début du XXe siècle dans l’habitat des classes ouvrières.

C’est entre les deux guerres mais surtout après la Seconde Guerre mondiale que le vide-ordures sera installé dans les cuisines, mais cette fois dans le logement des classes moyennes. Les années 60 allaient pourtant faire prendre conscience des nombreux problèmes d’hygiène que le système comportait, sans compter le bruit et l’entretien, conduisant alors à l’abandon définitif du système.

Eboueur et boueux.

Sans que l’on en connaisse vraiment la raison, surgit à la fin du XIXe siècle le terme éboueur alors que, de tout temps, on disait boueur pour ce charretier chargé d’enlever les boues des rues, un vocable que les Parisiens transformèrent en boueux. Evidemment, il faut entendre le mot boue comme n’étant pas forcément un mélange d’eau et de terre, mais plutôt de le rattacher à la racine gauloise bawa qui décrit la fange et les excréments. Car les rues des villes étaient surtout encombrées de déchets humains auxquels s’aggloméraient quelques ordures ménagères finalement pas si nombreuses eu égard à l’économie de moyens du commun.

Evidemment, la mode du néologisme politiquement correct eut tôt fait d’imaginer un « technicien de surface chargé de la collecte des déchets » qui rencontra cependant quelques résistances à se substituer au poubelleur enfantin et néanmoins prospère.

Des injures ordurières.

Comme toujours quand il s’agit d’éléments ou de professions touchant au « sale », les euphémismes allèrent bon train. Car entre le mot descriptif et l’injure, le parler populaire a toujours su tirer profit de ses ambiguïtés pour enrichir la langue du quotidien. Mais s’est-on soucié de ce qu’en pensaient les héritiers du préfet Poubelle, condamnés à la moquerie pour des générations ?

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