La plinthe, au pied du mur.

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La plinthe, au pied du mur.
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Elle en a parcouru du chemin, la plinthe, depuis les colonnes attiques jusqu’au bas de nos murs ! De Crésus aux temples athéniens en passant par un appareillage médical, comment la plinthe a-t-elle pu se retrouver au bas de nos parois intérieures, protection quasi indispensable à nos cloisons modernes dont la résistance laisse souvent à désirer ? Ce que nous allons découvrir en commençant par l’orthographe du vocable, maudite par des générations d’écoliers.

Elle en a parcouru du chemin, la plinthe, depuis les colonnes attiques jusqu’au bas de nos murs ! De Crésus aux temples athéniens en passant par un appareillage médical, comment la plinthe a-t-elle pu se retrouver au bas de nos parois intérieures, protection quasi indispensable à nos cloisons modernes dont la résistance laisse souvent à désirer ? Ce que nous allons découvrir en commençant par l’orthographe du vocable, maudite par des générations d’écoliers.

 

En effet, la plinthe présente une graphie sibylline que rien n’explique si ce n’est son origine, le grec plinthos qui signifie brique. Bien peu de rapport avec son acception actuelle, vous me l’accorderez, quand on ne connaît pas le terme d’architecture qui désigne un socle, un piédestal, une base. Voilà qui mérite explication.

 

 

Stylobate ou stéréobate ?

En fait, la plinthe induit deux acceptions. La plus ancienne, qui appartient au monde de l’architecture, désigne un couronnement au-dessus du chapiteau d’une colonne, dont les synonymes seraient tailloir et abaque. Un usage qu’on retrouve également dans la description des viaducs, sorte d’assise sur les têtes du pont.

Mais une plinthe, c’est surtout une dalle à la base d’une colonne, d’une statue, sorte de piédestal qui aurait l’apparence d’une grosse brique, d’où l’explication de son étymologie. Ce qu’un historien de l’architecture pointilleux nommerait plutôt un stylobate. Par la suite, par analogie de forme, la plinthe décrivit une bande en saillie au pied d’un mur extérieur, sorte de marquage de l’assise d’un édifice, autrement dit un stéréobate, un terme technique tombé en désuétude.

 

 

 

La marque d’un soubassement.

Et c’est bien cette acception, cette fois au sens large du mot soubassement qu’on retrouve dans sa traduction anglaise plinth qui n’a donc pas grand-chose à voir avec nos plinthes de mur qui se disent baseboard. Mais la confusion règne depuis peu à cause d’internet où les traductions sommaires, doux euphémisme, accumulent les faux amis, comme on peut le voir sur le site officiel du Taj Mahal notamment !

Pour résumer, nos plinthes de bois actuelles proviennent, par un chemin tortueux et sinueux mais surtout par analogie de forme, de ce socle continu, de ce petit mur lisse situé en bas de la façade d’un immeuble.

 

 

A voile et à vapeur.

Féminin ou masculin, le vocable a connu ses détracteurs et ses zélateurs. D’ailleurs, le dictionnaire de l’Académie française de 1694 l’affirme masculin quand il s’agit de l’élément d’une colonne, et féminin pour la plate-bande au bas d’un mur, suivant en cela La Fontaine notamment (Les Amours de Psyché et de Cupidon). Moins d’un siècle plus tard, l’Académie change son fusil d’épaule et précise que le féminin l’emporte dans les deux cas, avec la remarque : Quelques-uns le font masculin. Evidemment, aujourd’hui, la question ne se pose plus mais on se demande dans quelle mesure ce n’est pas le genre de son homonyme, la plainte, qui est entré en collision.

 

 

 

Anté-bois et contre-plinthe.

La contre-plinthe est un subterfuge pour fainéant puisqu’elle permet de cacher la misère lors de la réfection d’un parquet flottant, sans dépose des plinthes originelles ; on fixe alors cet élément en bois, en forme de L, le long des plaintes, afin de masquer le jeu de dilatation indispensable à ce type de parquet.

Au passage, ne confondez pas la plinthe et, a fortiori, la contre-plinthe, collées au mur, et l’ante-bois (ou anti-bois, toutes les orthographes avec ou sans trait d’union coexistent), sorte de double T posé, et non fixé, directement sur le parquet derrière les pieds des meubles, empêchant le frottement de ces derniers contre la paroi.

 

 

De l’or en barre.

Cependant, à la lecture des auteurs antiques, en l’occurrence Hérodote, le père de l’Histoire, on trouve des acceptions intéressantes du mot plinthe. Avec, notamment, la narration de la victoire de Cyrus sur Crésus, roi de Lydie, ce dernier implorant le dieu de Delphes en sacrifiant force animaux, immolant au passage quelques prisonniers, qui fit faire un lion d’or de deux cent cinquante kilos posé sur cent dix-sept demi-plinthes du même métal. Etaient-ce des lingots, des barres ? On ne le saura jamais puisque la sculpture et son socle fondirent dans l’incendie du temple de Delphes.

 

 

Déposer plinthe.

De la même façon, on peut lire dans un dictionnaire de médecine et de chirurgie de 1835 que la plinthe était un appareil inventé par Niléus dans les décennies qui précédèrent notre ère, remis à la mode au XVIIe siècle par Scultet (Johann Schultes) dont on se servait autrefois pour réduire les luxations et les fractures. A voir la machine infernale faite de tasseaux et de rouages, qui n’est pas sans rappeler celle que Charles Bovary offrit à Hippolyte, on peut légitimement se demander si l’homophone plainte n’eût pas été davantage approprié !

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