La piscine, une histoire de bassins.

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La piscine, une histoire de bassins.
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Entre le vivier piscicole originel et la piscine phallique tapissée d’oursins de Salvador Dali en passant par le bassin olympique de nos sportifs, il ne sera pas facile d’opérer une liaison lexicale, même si l’eau reste commune. Car la piscine a connu, depuis la probatique de Jésus, de nombreux avatars historiques qui méritent notre intérêt.

Entre le vivier piscicole originel et la piscine phallique tapissée d’oursins de Salvador Dali en passant par le bassin olympique de nos sportifs, il ne sera pas facile d’opérer une liaison lexicale, même si l’eau reste commune. Car la piscine a connu, depuis la probatique de Jésus, de nombreux avatars historiques qui méritent notre intérêt.

 

 

En ce qui concerne l’étymologie du vocable, même un latiniste en chambre sait que ce dernier est directement emprunté au latin piscina, le vivier, lui-même dérivé de piscis, le poisson. Le décor est planté : la piscine est à l’origine réservée à nos amis les bêtes, sorte d’aquarium garde-manger. Voilà qui nous éloigne du rêve natatoire du Français contemporain profitant du réchauffement climatique.

 

 

Lève-toi et marche.

 

Mais bien avant, aux temps bibliques, l’Evangile selon Jean raconte que, chaque année, l’ange du Seigneur descendait dans la piscine près de la Béthesda pour en troubler l’eau et guérir le premier malade qui s’y baignerait. Et que Jésus apercevant un paralytique qui attendait parmi des centaines d’estropiés le retour du bouillonnement de l’eau de la piscine pour s’y tremper, il lui dit : Lève-toi, prends ton grabat et marche. On connaît la suite…

 

 

 

De la nourriture fraîche à volonté.

 

Mais loin de ces considérations religieuses, l’Antiquité avait compris l’intérêt des viviers à poissons et autres crustacés pour conserver de la nourriture fraîche à volonté ; ce n’était pas encore de la pisciculture intensive (elle n’existera pas avant le XIXe siècle), mais l’esprit y était. Car les Romains, imitant sans le savoir les Chinois, mais profitant des acquis des Egyptiens, et dans une moindre mesure des Grecs, jetaient dans des lacs et étangs la semence de poissons à des fins de reproduction.

 

 

Une erreur d’interprétation.

 

On a longtemps cru que le quartier Piscina publica, situé près des thermes de Caracalla, tenait son nom d’une ancienne piscine où les Romains aimaient à venir nager. Ce qui semble douteux si on considère le sens initial du vocable piscina, à savoir un vivier, un réservoir, une citerne, bref un bassin. Mais sûrement pas une piscine dans notre acception actuelle car les Romains, effectivement adeptes de la natation à l’image des Egyptiens, ou des Grecs, se rendaient alors dans les natatoria ou natatio puis baptisterium au début de notre ère, spécifiquement conçus à cet usage. Des pratiques qui disparaîtront avec le chute de l’Empire pour ne réapparaître qu’au XVIIIe siècle même si, jusqu’au XVe siècle, l’eau n’était pas encore bannie du quotidien et que religieux et nobles goûtaient la baignade récréative.

 

 

 

 

Une piscine liturgique.

 

Au haut Moyen-Age, l’humble bassin qui servait au baptême (par immersion, à l’époque), était appelé piscine, tout comme les fonts baptismaux. Par la suite, sous ce même vocable on trouvait le réservoir destiné aux eaux usées de l’église ayant servi au nettoyage des objets sacrés ou aux ablutions du prêtre ; ce qu’on appelait la piscine probatique (du grec probato qui signifie mouton), en référence au bassin proche du temple de Jérusalem où étaient immergés les animaux destinés aux sacrifices. De petits bacs utilitaires qui disparaîtront autour du XVe siècle même s’il en reste aujourd’hui de nombreux vestiges.

 

 

Cracher au bassinet.

 

Exit alors l’appellation piscine au profit du bassin, de bacchinon en bas latin, de même sens, qui lui ne contient pas forcément de l’eau, à l’image d’une cuvette par exemple, autrement dit un récipient creux. D’ailleurs, pour rester dans le monde ecclésiastique, rappelons que la quête s’effectuait au moyen d’un bassin à aumône, ce qui explique l’expression populaire cracher au bassin (ou au bassinet). Mais à l’image de la piscine, vidée de tout sens à cette époque, la bassine se substitua au bassin qui devint alors le champ réservé à une retenue d’eau naturelle ou artificielle, à l’image des bassins de Versailles ou du bassin parisien.

 

 

 

La piscine refait surface.

 

De là à faire trempette, il fallut quelque temps puisque, si l’on interroge les dictionnaires de langue française, il n’en est nullement question avant le XXe siècle, en 1932 plus précisément, par la grâce de l’Académie française, même si le mot, désignant un bassin destiné à la natation, est attesté dès le début du XIXe siècle. Car c’est à cette époque qu’apparurent les premières piscines publiques, une vingtaine pour tout le territoire. En s’amusant au passage qu’elles comportassent, et encore aujourd’hui, un petit et un grand bassins, signe de temps oubliés. Quant aux piscines privées, elles apparaîtront essentiellement après la guerre, dans les années 60. Pour réellement se démocratiser avec les modèles en kit, les liners, et tous les matériaux ou machineries de haute technologie actuels.

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