La peinture, une histoire d'artiste en bâtiment.

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La peinture, une histoire d'artiste en bâtiment.
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Si la plaisanterie éculée de l’ouvrier qui joue l’artiste en ne précisant pas qu’il est du bâtiment (en tout bien, tout honneur) ne fait plus rire quiconque, elle devrait pourtant amener à réfléchir car, comme nous allons le découvrir, l’artiste peintre et le peintre en bâtiment n’ont fait qu’un seul homme tout au long de l’Antiquité et pratiquement jusqu’à la Renaissance.

Si la plaisanterie éculée de l’ouvrier qui joue l’artiste en ne précisant pas qu’il est du bâtiment (en tout bien, tout honneur) ne fait plus rire quiconque, elle devrait pourtant amener à réfléchir car, comme nous allons le découvrir, l’artiste peintre et le peintre en bâtiment n’ont fait qu’un seul homme tout au long de l’Antiquité et pratiquement jusqu’à la Renaissance.

 

 

L’occasion de découvrir les facettes cachées de l’histoire des barbouilleurs de tout poil, des architectes hellènes jusqu’aux actuels spécialistes de l’enduit acrylique.

 

Evacuons rapidement l’étymologie du mot peinture, et de ses déclinaisons (peintre, peindre) directement empruntée au latin pingere, peindre, dont le supin pictum nous a donné, notamment, l’adjectif pictural. Mais que tout cela ne suggère pas pour autant des représentations imagées, tel un tableau, mais plutôt le produit colorant qui recouvre une surface à des fins artistiques parfois, certes, mais surtout utilitaires.

 

 

 

Des monuments bariolés.

 

Et revenons aux époques lointaines, bien après les graffitis préhistoriques de Lascaux toutefois, quand les temples arboraient des peintures extérieures bien loin du blanc lacté qu’ils affichent aujourd’hui, le temps ayant effacé jusqu’à la dernière parcelle de pigment. Imaginez ! Le Parthénon qui, à l’origine, présentait un entablement de fronton rouge vif (minium), et dont toutes les figures sculptées mêlaient jaunes, bleus, verts éclatants ! De la même façon, les belles statues immaculées que nous admirons aujourd’hui étaient systématiquement couvertes de peinture. Bref, la Grèce antique se voulait assurément polychrome.

 

 

 

 

 

Plus blanc que blanc.

 

Le plus amusant, c’est que les fouilles du XVIIIe siècle ayant conduit à transporter en France et en Angleterre d’innombrables frises et statues grecques d’un blanc pur, le monde occidental eut et conserva jusqu’à nos jours une vision d’une architecture attique incolore, que les néoclassiques crurent authentique.

 

Car il fallut attendre Rome, qui cependant s’était largement inspiré des arts hellènes quand elle ne se les accaparait pas, pour qu’apparaissent des monuments vierges de toute couleur, de marbre blanc ou de pierre de taille, même si le stuc coloré restait répandu.

 

 

 

Notre Dame de Paris en couleurs !

 

En France, dès l’époque gallo-romaine, certainement inspirés par les Barbares venus du nord, on peint les monuments tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Directement sur les murs ou sur l’enduit le cas échéant, utilisant une sorte de badigeon coloré pastel sur lequel on traçait parfois des dessins en hauteur. Une habitude qui se poursuivit tout au long de la période carolingienne, achèvement indispensable de tout édifice civil et surtout religieux ; on peignait les murs certes, mais surtout les statues, les frises et autres moulures pour en souligner l’importance. Ce qui était le cas de Notre-Dame de Paris ! Et on ne lésinait pas sur le clinquant avec, sur les façades, du rouge vif, du vert cru, du jaune ocre…

 

 

 

Une séparation récente.

 

Au XIIe siècle, peinture et architecture sont encore inséparables même si le monde des arts subit l’influence de l’Italie et de l’Orient. Le distinguo artiste peintre et peintre en bâtiment reste à inventer. Deux siècles plus tard, ils formeront d’ailleurs une seule et même corporation, qui perdurera jusqu’au XVIIe siècle, même si chacun préservait peu ou prou sa spécialité.

 

A la Renaissance, si l’usage de la peinture extérieure se perdit quelque peu, on conserva l’amour des couleurs en façade des édifices, avec des mélanges de faïence et de pierres naturellement irisées. Ce sera alors le règne de la peinture décorative, représentative, à l’intérieur des bâtiments, dont il nous reste d’innombrables chefs-d’œuvre comme la voûte de la chapelle Sixtine à Rome parmi tant d’autres.

 

 

 

 

Laque, un produit féminin ou masculin ?

 

Encore une subtilité incompréhensible de la langue française qui permet aux pédants de s’affirmer en public : le mot laque, emprunté au sanskrit via l’arabe, peut être de genre masculin, auquel cas il s’agit du produit brut recueilli sur des arbrisseaux exotiques, de couleur café au lait tirant sur le rouge, résultat de la piqûre de pucerons sur l’écorce, dont firent grand usage Chinois et Japonais. Ou de genre féminin s’il s’agit du produit de peinture courant et, accessoirement, de fixation capillaire. Donc, on doit dire un laque de Chine. Et puis une laque s’il s’agit de cette résine ou gomme rouge dont on fait un vernis.

 

Est-il utile de préciser que nos peintures actuelles, fruits du génie chimique avec des laques glycérophtaliques ou nitrocellulosiques, n’ont rien à voir, ni de près ni de loin, avec ce produit naturel, ne reproduisant, peu ou prou, que son aspect lisse et brillant.

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