La Patère.

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La Patère.
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Comment l’un des attributs de Bacchus, cette coupe peu profonde utile aux libations, a-t-elle pu se métamorphoser en portemanteau accroché au mur de notre maison ? Car ni l’origine, ni la forme de l’objet ne rappelle l’usage de cette sorte de crochet prêt à recevoir les habits en attente. Ce que le sage traduira par : Il y a loin de la coupe aux lèvres.

Comment l’un des attributs de Bacchus, cette coupe peu profonde utile aux libations, a-t-elle pu se métamorphoser en portemanteau accroché au mur de notre maison ? Car ni l’origine, ni la forme de l’objet ne rappelle l’usage de cette sorte de crochet prêt à recevoir les habits en attente. Ce que le sage traduira par : Il y a loin de la coupe aux lèvres.

Avec une étymologie extrêmement simple puisque la patère est un emprunt direct au latin patera qui désignait une sorte de coupelle évasée en usage dans les sacrifices afin de recueillir le sang versé et, accessoirement, de consommer le vin dédié aux Dieux.

Patère noster.

Une patère qui marquait la puissance, qu’elle fût divine ou princière, voire pontificale. Une coupe avec ou sans manche qui pouvait être en argile, en métal précieux, souvent gravée, que connaissaient aussi bien les Etrusques, les Grecs que les Romains. Faisant partie du mobilier liturgique, la patère ne pouvait se trouver qu’entre les mains des dieux ou de leurs ministres, mais elle devenait également symbole d’humilité et de piété lors des repas publics donnés par les prêtres pendant les saturnales.

Un détournement.

Un objet de culte dont la forme inspira des décorateurs modernes qui en firent des supports muraux, souvent en cuivre, qui maintenaient ouverts des rideaux de fenêtre ou de lit, leur conférant ainsi un joli drapé. Une patère qui semble n’apparaître, dans cette acception, qu’au début du XIXe siècle si l’on en croit le dictionnaire de l’Académie française. Puis un jour, qui sait ?, un ingénieux y accrocha sa robe de chambre, ou sa veste d’intérieur, inventant par là-même le portemanteau que nous appelons aujourd’hui la patère.

Le portemanteau.

Un portemanteau qui, pourtant, à l’origine, n’était pas un objet mais un officier chargé de porter le manteau d’un prince, d’un roi, bref d’un grand seigneur. Concomitamment, on le disait aussi d’une valise en cuir ou de tissu, puis d’une malle à plusieurs compartiments, un sens qui va nous entraîner bien plus loin puisque, en anglais, on appelle portmanteau word un néologisme fait d’un seul mot pour désigner deux choses : franglais, adulescent ou adoléchiant comme on voudra, motel, alicament, etc. Ce que décrit très bien Lewis Carroll dans De l’autre côté du miroir, qui serait l’inventeur du terme portmanteau word que Alain Finkielkraut traduisit par mot-valise, même si les fins lettrés l’appellent logogreffe.

A pieds ou pas.

Mais revenons à notre crochet fixé au mur qui permet de suspendre des habits, ce que reconnaît le dictionnaire de l’Académie français dès 1798 même si on se doute que son principe remonte à la nuit des temps quand Bethsabée abandonna sa nuisette à la branche d’un arbre avant de se baigner sous les yeux ébaubis de David...

Mais le portemanteau devient aussi meuble quand il repose sur trois ou quatre pieds et se montre mobile, pour devenir, au XXe siècle, une barre de métal ou une simple planche fixée horizontalement sur un mur, garnies de patères, de distance en distance, afin d’y suspendre manteaux et effets.

Et je ne terminerai pas sans évoquer une variante du portemanteau, sorte de meuble hybride qu’on appelle valet de nuit : un large cintre comportant des pieds pour reposer sur le sol, qui permet d’y disposer les différents éléments d’un costume masculin.

Le cintre.

L’histoire du cintre, ce dispositif en bois ou en métal servant à suspendre des vêtements tout en leur conservant leurs formes, sera rapidement expédiée puisque ce dernier ne connaîtra cette acception qu’au XXe siècle et ce, par analogie de forme puisque, en architecture, origine du terme, il s’agit d’une figure en arc de cercle, en demi-cercle pour être tout à fait précis. Ce que le commun des mortels, toujours simplificateur, appellera une voûte, autrement dit une ligne ou une surface à courbure concave.

Une invention américaine ?

Evidemment, nos amis américains, qui ne manquent jamais d’humour, racontent sans ciller que c’est Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, qui inventa le cintre en bois. Et qu’un employé d’une société américaine, un certain Albert J. Parkhouse, agacé de ne pas trouver place pour son manteau en arrivant au travail, imagina de tordre un fil de fer en deux boucle et un crochet central pour y suspendre son manteau. Ce dont sut profiter sa société en déposant un brevet en 1904 au grand dam de l’ouvrier qui n’en tira jamais le moindre sou.

Une suspension vestimentaire.

Du jour où le vêtement a existé, l’homme s’est ingénié à trouver le moyen de le suspendre, de l’accrocher quelque part. Et quand la Nature, devenue absente de son quotidien, ne lui a plus offert ces crochets naturels que sont les branches, il en a copié le principe. Avec la patère qui est fixée au mur, comme peut l’être un portemanteau, même si ce dernier se transforme parfois en un dispositif indépendant sur pieds. Quant au cintre, il se distingue par son caractère mobile qui permet de le pendre à peu près n’importe où… à une patère ou à un portemanteau par exemple !

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