La moquette, vraie carpette ou faux tapis ?

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La moquette, vraie carpette ou faux tapis ?
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Une moquette découpée se transformerait-elle en tapis qui, lui-même réduit à la portion congrue, donnerait naissance à la carpette ? Le confort de nos pieds ne serait-il qu’histoires de dimensions ? Pas si sûr ! D’autant que l’origine de ces vocables se perd quelque peu dans les méandres des emprunts à l’étranger. Mais rapprochons-nous du plancher pour tirer cela au clair.

Une moquette découpée se transformerait-elle en tapis qui, lui-même réduit à la portion congrue, donnerait naissance à la carpette ? Le confort de nos pieds ne serait-il qu’histoires de dimensions ? Pas si sûr ! D’autant que l’origine de ces vocables se perd quelque peu dans les méandres des emprunts à l’étranger. Mais rapprochons-nous du plancher pour tirer cela au clair.

 

 

Et la gageure s’impose avec l’étymologie du terme moquette sur laquelle personne ne s’accorde ! Un tapis de mosquée que la simplification populaire aurait transformé en mosquet, mosquette ? Ou la collision des noms de diverses étoffes telles que la moucade (laine tissée), le camocas (tissus proche du damas), ou encore la moche (écheveau de fil de soie) ? C’est là un mystère que nous laisserons pour l’heure aux linguistes pour nous intéresser à l’histoire tourmentée de ces revêtements de sol.

 

 

 

Epinglée, bouclée mais surtout veloutée.

 

Une moquette dont on trouve trace dès le XVIIe siècle dans une manufacture à Abbeville, où elle est décrite comme une étoffe à chaîne et trame de fil avec une laine semblable à du velours, dont on use pour garnir des sièges ou élaborer des tapis. Ce qui implique qu’on savait la tisser en couleur unie (on l’appelait parfois tripe) ou ornée de dessins. De la même façon, la moquette existait épinglée ou bouclée, essentiellement destinée aux tentures des fenêtres ou autres garnitures de meubles ; mais aussi veloutée (le fil de laine est coupé après tissage), cette fois réservée aux sols, comme celle que nous connaissons aujourd’hui.

 

 

 

 

Fumer la moquette.

 

Des techniques de fabrication qui ne cesseront d’évoluer au fil du temps avec toutes sortes de tissages élaborés qui en font leur singularité, certes, mais aussi leur qualité : axminster, wilton, tufting, des innovations essentiellement britanniques. En sachant que recouvrir la totalité du sol d’une pièce avec de la moquette fut une lubie datant de la deuxième moitié du XXe siècle, les sols de ciment brut étant devenus une généralité dans l’habitat populaire en lieu et place des parquets anciens. Pas de quoi se gausser même si moquette en français du XVIe siècle signifiait raillerie, moquerie.

 

Par ailleurs, et pour l’anecdote, on notera que la chaîne et la trame sur lesquelles était tissée la laine étaient bien souvent en chanvre, ce qui n’est pas sans expliquer l’expression, pourtant très récente : fumer la moquette puisque le mot chanvre est emprunté au latin cannabis de même sens !

 

 

 

Aller au tapis.

 

Pour faire simple et ne pas entrer dans la longue histoire des techniques de tissage, on distingue le tapis de la tapisserie, et de la moquette, par son mode de fabrication, à savoir une suite de nœuds fixés sur la structure du revêtement. Et si l’on considère de près le vocabulaire du moyen français (fin du Moyen-Age), on s’aperçoit qu’un tapis est considéré comme tissu de décoration aussi bien pour recouvrir les murs que pour faire office de tenture. On trouve ainsi des tapis de chapelle, de muraille, de table, de sol… En fait, jusqu’au XIXe siècle, on ne fait guère la différence entre tapis et tapisserie !

 

 

 

De la graine de Sarrasin.

 

En France, on use de tapis dès le IXe siècle mais apparemment, ils n’étaient pas de fabrication locale et provenaient certainement d’Orient par la grâce de l’expansion arabe. Pourtant, dès le tournant du millénaire, on trouve des manufactures de tapis ici ou là : à Troyes, Poitiers, Reims, Beauvais, Arras. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que les tapis veloutés, ce que nous appelons aujourd’hui la moquette, ont été introduits au cours du Moyen-Age par les Orientaux, raison pour laquelle on les appelait tapis sarrasinois. Qui nous convainquirent, au passage, d’étendre des tapis sur les sols, ce qui n’était guère dans nos us.

 

 

 

 

Faire la carpette.

 

Evidemment, les pêcheurs du dimanche auront reconnu sous ce vocable la jeune carpe mais le citoyen lambda fera plutôt référence à un tapis de sol, mobile, et de dimensions réduites. Pourtant, à l’origine, la carpette décrivait un gros drap rayé, également connu comme tapis d’emballage ou carpite, qui servait à fabriquer des vêtements d’apparat mais aussi à couvrir du mobilier. Un mot qui tient probablement son origine étymologique du verbe latin carpere, carder (la laine), ce qui ne manque pas d’une certaine logique. A noter que nos amis anglais en font bon usage pour leur mot carpet qui signifie tapis au sens générique du terme.

 

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui, il semble bien que l’expression populaire Faire la carpette se montre si péjorative qu’on hésite à parler d’une carpette pour décrire sa descente de lit ou sa sortie de bain ! O tempora, O mores.

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