La Mezzanine

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La Mezzanine
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Entre des lits superposés dont l’étage inférieur serait absent, l’entresol ou la petite fenêtre qui l’éclaire, le demi-étage installé dans une pièce haute de plafond, c’est certainement cette dernière acception qui prévaut aujourd’hui.

Entre des lits superposés dont l’étage inférieur serait absent, l’entresol ou la petite fenêtre qui l’éclaire, le demi-étage installé dans une pièce haute de plafond, c’est certainement cette dernière acception qui prévaut aujourd’hui.

Et pourtant, jusqu’à une époque récente, la mezzanine se voulait le synonyme quasi parfait de l’entresol, ce pallier situé entre deux niveaux. Voilà qui mérite explication.

Il n’aura échappé à quiconque que « mezzanine » provient de mezzo, en italien, lui-même issu de medius en latin, les deux termes signifiant « qui est au milieu ». Ce qui explique qu’au théâtre on appelle « mezzanines » (ou « corbeilles, d’ailleurs, mais là n’est pas notre propos) les fauteuils situés entre l’orchestre (le parterre) et le premier balcon. Voilà qui nous éclaire si l’on s’en tient au synonyme d’entresol mais qui se complique quand il s’agit de la mezzanine moderne qu’on trouve aujourd’hui dans de nombreux appartements.

L’entresol.

D’un point de vue strictement architectural, ainsi que nous l’avons vu, l’entresol constitue un niveau intermédiaire entre deux « vrais » étages d’un bâtiment et n’est donc pas compté en tant que tel. De toute façon, le comptage des étages se révèle un tel bazar d’un pays à l’autre, qu’on ne saurait s’en formaliser ! Entre les Américains, les Espagnols, les Russes et autres Chinois qui ignorent le rez-de-chaussée contrairement aux Français, Anglais et Brésiliens notamment, et les architectes superstitieux qui se refusent à doter leurs constructions d’un treizième étage, passant allègrement du 12e au 14e, il y a de quoi perdre son chemin. N’en parlons plus…

Depuis le XVIIe siècle, l’entresol se situe généralement entre le premier étage et le rez-de-chaussée, ce dernier en autorisant l’accès par un escalier plus ou moins dérobé. Faut avouer qu’au cours des siècles précédents, on rencontrait suffisamment de difficultés à simplement bâtir des niveaux pour ne pas s’amuser à concevoir des « demi-étages » !

De l’entresol à la mezzanine.

Considérant sa configuration, on peut imaginer que l’entresol avait un usage utilitaire, à des fins de stockage par exemple, pour les commerces et autres fabriques situés au rez-de-chaussée d’un bâtiment. Une utilisation que l’on retrouve aujourd’hui dans les entrepôts où pour des raisons de rangements pratiques, on construit une sorte de demi-étage, généralement en bois, sur une partie de l’espace au sol. Ce qui nous ramène directement à la mezzanine qui nous intéresse aujourd’hui.

Une mezzanine qui peut être simplement un passage, ouvert et à garde-corps, reliant deux pièces de part et d’autre de la salle qu’elle surplombe ; ou une emprise sur la hauteur, forcément importante, de la pièce qui la loge.

A partir de ce dernier type de mezzanine, souvent rencontré au XXe siècle lors de la rénovation des ateliers d’artistes (histoire de gagner la place indispensable à une habitation « bourgeoise ») ou à l’occasion de la réunion de chambres de bonne avec l’étage inférieur, les architectes d’intérieur imaginèrent la mezzanine à monter soi-même. Ouvrant alors la boîte de Pandore…

Un lit surélevé ?

Quelle était l’idée ? Dans une société souffrant d’un manque chronique de logements d’une part, et de l’exiguïté des habitations d’autre part, il fallait trouver des solutions ingénieuses pour gagner de la place. D’autant que, fiscalement, voire dans les règlements de copropriété, cette surface artificiellement créée ne comptait pas dans les calculs d’imposition…

On commença par prévoir des mezzanines en kit qui exigeaient de solides notions de bricolage et une hauteur de plafond atteignant les quatre mètres. Bref, une frange pour le moins étroite de la population française car si les bricoleurs ne manquent pas dans notre beau pays, il en va autrement de la hauteur sous plafond des habitats modernes…

Il fallut étendre et l’idée, et le marché, mais réduire ses prétentions. C’est ainsi qu’apparurent les lits en mezzanine que la simplification populaire eut tôt fait de transformer en « mezzanines » tout court ! Mais dites-moi, ne franchirions-nous pas une ligne blanche ou m’abusé-je ? Car s’il suffisait de rehausser les pieds de son lit pour le transformer en mezzanine, cela se saurait.

Prenons de la hauteur.

Et d’ailleurs, les architectes ne s’y trompèrent pas en déterminant les règles précises qui définissent la mezzanine : un espace ouvert qui divise la hauteur d’une pièce, avec un minimum de 2 mètres d’espace libre en dessous et pratiquement 1,80 mètre au-dessus. Sous peine d’aller se coucher sur les genoux (dans tous les sens de la locution) après une dure journée de labeur…

Alors, ne risquez pas l’ire de votre acheteur potentiel en décrivant un lit surélevé accessible grâce à une échelle de meunier par le vocable « mezzanine » ! Au mieux il profitera d’une bonne surprise en découvrant le pratique de l’installation ; au pis, il grommellera contre les inventions modernes et autres abus de langage, mezza voce bien sûr !