La Gouttière

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La Gouttière
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Où l’on s’apercevra que l’usage populaire de la langue ne s’embarrasse pas d’ambages car, à l’origine, la gouttière n’est pas un collecteur d’eaux pluviales mais l’endroit par lequel l’eau goutte !

Où l’on s’apercevra que l’usage populaire de la langue ne s’embarrasse pas d’ambages car, à l’origine, la gouttière n’est pas un collecteur d’eaux pluviales mais l’endroit par lequel l’eau goutte !

Ce qui ne manquera pas de rasséréner nos millions de compatriotes en régions qui l’emploient pour décrire une simple fuite. Et nous donne l’occasion d’évoquer les systèmes de collecte de la pluie céleste plus ou moins ingénieux : gouttière, égout de toiture, chéneau et autres gargouilles…

A l’évidence, ce vocable se veut un dérivé de « goutte », en adoptant la forme gutiere ou gotiere dès le XIIe siècle non sans logique puisque « goutte » s’orthographiait gute ou gote. Cette petite partie de liquide directement empruntée au latin gutta mais qui signifie également une petite partie de quelque chose si j’en crois le Gaffiot.

Le goutte à goutte.

Du jour où l’être humain s’est sédentarisé, il s’est trouvé confronté aux intempéries et aux dommages qu’elles causent aux bâtiments. Qui dit « maison » dit « toit », ce qui signifie qu’à la première pluie, l’eau ruissellera de part et d’autre des combles avant d’inonder les éventuelles fondations, formant alors mares croupissantes et humidité murale. Bref, au pis, il faut évacuer ces eaux pluviales vers le cours d’eau le plus proche ou dans la pente naturelle du terrain, ou bien la récupérer car n’oublions pas qu’un mètre carré de toiture draine environ 800 litres d’eau par an.

Il ne fallut guère de temps à notre Sapiens pour creuser une rigole, un caniveau, à la verticale du bord du toit, conduisant alors cette eau de pluie vers des endroits moins compromettants. Un procédé efficace, certes, mais qui posera problème dès lors que les habitations se rapprocheront pour former hameaux, bourgs et villages.

La gouttière moderne.

Il fallut alors prévoir un système individuel, propre à chaque habitation ; autrement dit la récupération de la pluie directement à la base du toit, avec, le cas échéant, un conduit de descente. La gouttière, telle que nous la connaissons aujourd’hui, était née.

Accrochée à la base du toit, ce en quoi elle se distingue du chéneau comme nous le verrons plus loin, elle arbore des formes et des matériaux différents d’une région à l’autre et selon le type de bâtiment à protéger : en pvc, en aluminium, parfois en cuivre ou en zinc et même en bois à une époque un peu plus éloignée. Mais dans tous les cas, elle offre une solution parfaitement adaptée à l’habitat communautaire.

Le chéneau.

Etymologiquement, le vocable provient d’une altération de chenau, prononciation ancienne de « chenal » (sorte de canal) qui serait devenu chesneau puis chéneau sous l’influence du petit chêne (le chêneau) puisque, originellement, ces canaux d’évacuation se taillaient dans du chêne. Apparus dès le XIIIe siècle, les chéneaux constituent le caniveau du toit, non pas accrochés comme la gouttière mais formant partie de la toiture. Fabriqués de pierre ou de terre cuite, parfois recouverts de plomb, ils se montrent plus ou moins larges selon les besoins locaux et, contrairement aux gouttières, sont rarement visibles depuis le sol, dissimulés par les corniches ou l’entablement.

Ne commettez pas l’erreur, justement, de le confondre avec la corniche, cette moulure proéminente à la base du toit et faisant liaison avec les murs. Même si, au bas Moyen-Age, l’eau se déversait sur la voie publique grâce aux saillies que comportaient lesdites corniches, sorte de mini gargouille avant l’heure.

La gargouille.

Aux temps anciens, les chéneaux comportaient rarement un conduit de descente mais plutôt des gargouilles plus ou moins habilement disposées pour déverser l’eau pluviale de façon à ne pas détremper les étages inférieurs ou les bâtiments mitoyens. Des gargouilles que Victor Hugo a popularisées dans Notre Dame de Paris et qui, le plus souvent, sur nos églises, représentaient des animaux fantastiques.

Une gargouille qui tire son nom de l’onomatopée « garg », autrement dit le bruit de gorge peu avenant d’un assoiffé ; et de « goule », ancien français de notre « gueule » actuelle. Où l’on s’amusera qu’une onomatopée issue d’une observation attentive et auditive d’une personne qui boit a formé toute une famille de mots dont gargariser, gargantua, gargote.

Pour y voir goutte.

Une fois n’est pas coutume, nous saurons aisément distinguer la gouttière, toujours suspendue, du chéneau (caniveau fixe à la base du toit) même si l’on continuera, dans le langage courant, à parler de gouttière pour le conduit descendant voire pour n’importe quel type de récolteur d’eau pluviale. Un moindre mal s’il en est et dont Gribouille s’accommodait fort bien.

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