La girouette, figure du coq gaulois ?

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La girouette, figure du coq gaulois ?
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Qui aurait pu croire qu’une simple recherche étymologique d’un vocable propre au monde de l’immobilier pouvait à la fois susciter autant d’interrogations et remettre en question tant de certitudes ? La girouette, le coq, la Gaule, autant de mystères dont la glose populaire offre des explications pour le moins contestables, qui méritent un éclairage rationnel.

Qui aurait pu croire qu’une simple recherche étymologique d’un vocable propre au monde de l’immobilier pouvait à la fois susciter autant d’interrogations et remettre en question tant de certitudes ? La girouette, le coq, la Gaule, autant de mystères dont la glose populaire offre des explications pour le moins contestables, qui méritent un éclairage rationnel.

 

 

Et tout commence avec l’étymologie du mot girouette que les linguistes les plus respectables tiennent du scandinave vedrviti qui aurait donné wirewire ou wirewite en vieux français. Ce qui ne manque pas de sens, et de réalisme, puisqu’on trouve ces graphies dans de nombreux textes anciens. Seulement, voilà…

 

 

Historique.

 

Car pourquoi chercher à faire simple quand on peut faire compliqué ? Considérant que le verbe girer existait dans notre langue avec l’idée d’être tourné dans tous les sens, d’où notre sens giratoire sur la route, et que le mot rouet désignait une roue d’engrenage, ne serait-il pas plus logique de croire notre mot composé de gire et de rouet donnant girouet (dont on trouve trace dans le Thresor de la langue francoyse de 1606) puis girouette, au même titre que pirouet (une petite toupie) a donné pirouette ? Je vous laisse juge, les plus modérés invoqueront peut-être le télescopage des deux explications.

 

 

 

La Tour des vents.

 

En tout cas, une chose est sûre, la girouette tourne, ou plus exactement, c’est le vent qui, en changeant de direction, la fait tourner. Une pièce de fer blanc ou de tout autre métal léger, très mince, placée sur un pivot pour autoriser sa rotation sur elle-même. Un système météo que le monde antique ne semble pas avoir connu plus que ça puisqu’on ne parle que de la fameuse Tour des vents érigée à Athènes au siècle précédant notre ère, surmontée d’une girouette en forme de triton. Même s’il semble que les Vikings en possédaient sur leurs navires.

 

 

 

 

 

 

 

Un apanage seigneurial et religieux.

 

Une girouette qui est restée fort longtemps l’exclusive des demeures seigneuriales et, bien sûr, des édifices religieux. Le gueux n’y avait pas droit, par principe. Souvent constituée d’une simple pointe triangulaire, sorte de bannière parfois peinte aux armoiries du seigneur, ou carrée (la plus noble qu’il soit, apparemment), ou de toute autre forme. Plus élaborées, certaines présentaient la silhouette de l’emblème nobiliaire découpée dans le volant de la girouette.

 

 

 Le chant du coq.

 

Pour autant qu’on sache, un pape imaginatif, au tournant du premier millénaire, souhaita que toutes les églises de la chrétienté arborassent la représentation d’un coq. Pourquoi ? Nul ne le sait avec certitude. Ce serait en souvenir de Pierre que Jésus apostropha en ces termes : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, tu me renieras trois fois » (Matthieu 26 :34). Ou bien il s’agirait de rappeler aux fidèles la nécessité de la première prière, les matines, symbolisée par le coq qui chante dès l’aube. Ou encore, intellectuellement plus acceptable, l’Eglise figurant la lueur céleste, la connaissance, qui mieux que le coq pouvait incarner ce passage des ténèbres à la lumière ?

 

 

 

 

 

 

 Le symbole de la France ?

 

Mais voilà, quand le Saint-père souhaita que le coq surmontât les églises, il s’adressait à la chrétienté, ce qui explique qu’on retrouve le gallinacé dans toute l’Europe ! Et puis, pour l’anecdote, on remarquera qu’il n’avait pas demandé que cette représentation du coq soit une girouette et ce n’est que le sens pratique de nos anciens qui les a réunis en un même objet.

 

Evidemment, les nombrilistes nationaux ne manqueront pas de rappeler que le coq est le symbole de la France mais c’est oublier quelques détails… d’importance ! D’abord, c’est Louis-Philippe qui, en 1830, en a décidé ainsi, ce qui semble un peu tardif pour expliquer un tel choix pour nos girouettes médiévales ! Et puis, chez les Gaulois, si le coq évoquait le courage, le sanglier offrait une symbolique bien plus puissante.

 

 

 A en perdre son latin.

 

Par ailleurs, Gaule, c’est Gallia en latin, sans rapport avec le coq si ce n’est l’adjectif gallus formé sur ce substantif par les Romains. Gallia qui a donné également Pays de Galles, et Gallois, dont l’emblème est un… poireau ! Bref, César a parlé des Gaules (elles étaient plurielles) sans se soucier de l’origine du mot Gallia, certainement emprunté à l’ancien bas francique (langue des Barbares) walha qui désignait surtout des Celtes. Voilà qui nous éloigne de notre coq assis sur son fumier des francophobes.

 

 

 

L’époque moderne.

 

Mais revenons à nos girouettes, en forme de coq ou non, qui, grâce à la Révolution et à l’abolition des privilèges, purent alors orner la maison de monsieur Tout-le-monde ; chez les commerçants, elle devint enseigne, symbole de leur activité : un attelage pour un relais de poste, un bovin pour l’éleveur, un bateau pour le maître voilier, j’en passe et des plus imagées.

 Une habitude qui tombera en désuétude au début du XXe siècle et qu’on ne vit refleurir que sous les exhortations des réactionnaires en tout genre, nostalgiques d’une période révolue.

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