La Douche

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La Douche
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Quelqu’un aurait-il inventé la douche de toutes pièces ? Evidemment, non, ce serait là pure présomption ! Car la nature nous a précédés avec ses innombrables jets d’eau, geysers et autres cascades. Mais l’Homme a su s’en inspirer en réinventant l’aspersion sous de multiples formes à des fins utilitaires ou médicales.

Quelqu’un aurait-il inventé la douche de toutes pièces ? Evidemment, non, ce serait là pure présomption ! Car la nature nous a précédés avec ses innombrables jets d’eau, geysers et autres cascades. Mais l’Homme a su s’en inspirer en réinventant l’aspersion sous de multiples formes à des fins utilitaires ou médicales.

Orthographié « doulche », « douge » ou « douche » depuis le XVIe siècle, ce vocable est emprunté à l’italien, « doccia » qui décrit un jet d’eau dirigé sur le corps, lui-même dérivé du latin ductio, conduite (d’eau). Une racine latine qui donnera également le douzil, cette petite cheville qui bouche les tonneaux de vin, ce qui n’a guère de rapport avec notre propos mais apporte quelques fantaisies libatoires à notre histoire.

La douche froide

Considérant l’intérêt que portait l’Antiquité à l’eau en général et aux bains en particulier, nul doute que le principe de la douche existât depuis des temps fort anciens. Des cruches emplies d’eau et déversées par des esclaves aux gargouilles qui vomissent à jet continu, les moyens ne manquaient pas. Mais mieux valait en user en saison chaude…

Grecs et Romains ayant créé des systèmes de conduite d’eau et le principe de la chaufferie, l’invention de la douche telle que nous nous la représentons aujourd’hui a dû couler de source, à tout le moins. Un tuyau percé ? Et hop, voilà notre douche opérationnelle ! Mais ils surent également inventer la cabine réservée à cet usage avec la plomberie nécessaire bien sûr, mais aussi l’équivalent du pommeau pour un jet agréable et continu. Faut bien avouer que, depuis lors, on n’a guère amélioré le modèle.

Une douche pas vraiment écossaise.

Si, depuis la fin du Moyen-Age, religieux et scientifiques avaient prôné l’abstinence en matière de bain récurrent (récurant ?), c’est par le médical que l’usage de la douche reviendra dans notre beau pays. A priori, tout le monde reconnaît à Jean Pidoux l’introduction de la douche en France. Médecin de deux rois successifs, scientifique renommé, on lui attribue la découverte des eaux de Pougues fort courues à une époque ; et, accessoirement, une parenté directe avec Jean de La Fontaine dont la mère était née Françoise Pidoux. Voilà qui plante notre décor. Mais notre ami nous intéresse ici par son traité sur l’administration de la douche, prétendant qu’elle convient parfaitement aux soins de nombreuses maladies, n’hésitant pas à en décrire les multiples applications possibles.

Le douche se collectivise.

Dans son usage non thérapeutique, on attribue la généralisation de la pratique de la douche à Merry Delabost qui, contrairement à ce que laisse penser son patronyme, est bien français mais surtout le médecin-chef d’un centre pénitentiaire ; où pour des raisons d’économie et d’hygiène des détenus, il fit installer des douches collectives dès la fin du XIXe siècle à la prison de Rouen. Même si, vingt ans plus tôt, on avait vu se créer des maisons de santé avec hydrothérapie qui comportaient bains et douches, mais on restait dans le médical. Quoiqu’il en soit, Delabost n’en prévoyait que l’usage utilitaire d’où tout plaisir ou bien-être étaient exclus. La douche sanitaire collective était née.

Douchons notre enthousiasme !

Il faudra attendre la deuxième moitié du XXe siècle pour que la douche se popularise par la grâce de l’institution scolaire, qui s’évertua à convaincre les parents en tirant profit de la bonne volonté des enfants. Pourtant, l’hygiène corporelle régulière en général et la douche en particulier, n’eurent l’heur de plaire aux Français qu’à une époque somme toute récente. Car si aujourd’hui plus de 90% des Français jouissent d’une telle commodité, ce n’était pas le cas au début du siècle dernier quand seuls deux pour cent des logements urbains étaient équipés en eau courante !

Un peu de précision

Evidemment, comme c’est souvent le cas dans notre belle langue française, le jet que représente l’aspersion d’eau a englobé par métonymie l’appareil qui remplit cet office. Et pourtant, il s’agit d’un pommeau de douche, voire d’une pomme ou d’une douchette ! De la même façon, on utilise ce même vocable pour décrire la pièce afférente alors que « salle de douche » ou « salle d’eau » seraient plus appropriés. Après tout, un peu de précision dans son langage ne saurait nuire.