La clef, un mot passe-partout

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La clef, un mot passe-partout
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Plus que le simple gardien de nos trésors et de notre intimité, la clef revêt une multitude de symboles : clef du paradis, des songes, des champs, les expressions fourmillent.

Plus que le simple gardien de nos trésors et de notre intimité, la clef revêt une multitude de symboles : clef du paradis, des songes, des champs, les expressions fourmillent.

 

 

Et s’il semble vain de tracer ici l’histoire exhaustive de ce petit morceau de métal, il existe d’ailleurs des ouvrages entiers traitant de ce seul sujet, il paraissait intéressant de replacer un certain vocabulaire dans son contexte d’une part, et d’évoquer quelques singularités d’autre part.

 

 

Une orthographe double.

 

En commençant par cette double orthographe, clé ou clef, même si aujourd’hui la deuxième forme appartient davantage au style littéraire. Car l’étymologie latine du vocable, à savoir clavis, de même sens, ne nous renseigne guère. Un mot que l’on ne trouve que sous la forme clef dans nos plus anciens dictionnaires, au début du XVIIe siècle, même si Diderot en 1772 renvoie, contre toute attente, clef à clé, une orthographe simplifiée qui n’apparaîtra que dans la sixième édition du dictionnaire de l’Académie française, en 1832, suivi par Littré en 1877 qui renvoie tout de même clé à clef. Bref, qui de l’œuf ou de la poule…

 

Mais la guerre des dictionnaires fait rage et Bescherelle dans son édition de 1856 prend vigoureusement à partie l’Académie en affirmant vertement : l’Académie se trompe et tout le monde écrit clé ! Allez vous faire une religion avec ça…

 

 

 

 

 

La clef du mystère.

 

A cette double orthographe, plusieurs explications : clef s’écrivait au pluriel clés car en graphie cursive le f suivi d’un s posait problème (deux signes extrêmement proches d’un point de vue graphique) l’usage au singulier se contentant d’ôter le s pour former une nouvelle graphie, plus simple par ailleurs. Plus bête peut-être mais qui reprend une partie de l’explication précédente, les s d’antan ressemblant fâcheusement aux f, n’y aurait-il pas eu là une simple erreur de lecture ?

 

Par ailleurs, on remarquera que si, en moyen français, on prononçait cleffe, on prononçait clés au pluriel, un peu comme œuf et œufs ou bœuf et bœufs.

 

 

 

Une symbolique évocatrice.

 

Non seulement notre langue est riche de locutions comprenant le mot clé (ne serait-ce que mot-clé !), mais le vocable se voit également chargé de nombreux sens. Ainsi désigne-t-il une compréhension avec la clef de l’énigme ou la clef d’un problème sans parler des romans à clefs que celui qui ne dispose pas du trousseau sera bien en peine de comprendre.

 

Symbole de liberté aussi avec la clef des champs, ou de droit avec les clés de la ville qui donne le pouvoir car n’oubliez pas qu’aux temps jadis, on fermait les portes de la ville le soir venu. Sans omettre son acception commerciale avec les services clefs en main ou les produits-clés, pour finir, c’est le cas de le dire, par mettre la clef sous la porte, signe de faillite aujourd’hui mais qui, initialement, signifiait qu’on partait à la cloche de bois, qu’on déménageait furtivement.

 

 

 

 

 

La clef de voûte.

 

La clef de voûte, qui nous ramène à notre domaine de prédilection, l’immobilier, décrit tout simplement la pierre située au milieu d’une arche, d’une voûte, d’un cintre, qui ferme l’arc et le soutient. Qu’on appelait autrefois le voussoir du milieu. Une pierre chargée de symboles, souvent décorée de façon singulière avec figures allégoriques ou allusives au bâtiment ; ce qu’on peut encore apercevoir, aujourd’hui, au-dessus de nombreux porches d’entrées d’immeuble.

 

 

 

Le passe-partout.

 

Le passe-partout est une sorte de clef universelle qui ouvre toutes les serrures d’un même lieu, bien utile aux gens de service d’un hôtel, d’une maison, afin d’aller et venir dans toutes les pièces sans s’embarrasser d’un énorme trousseau. Qu’il ne faut pas confondre avec le rossignol qui, certes, offre le même usage mais cette fois de façon illicite puisque compagnon des cambrioleurs en tous genres, un outil de crochetage des serrures.

 

A ce propos, la fable qui voudrait que ce soit le sieur Rossignol, serrurier au service de Louis XIII, qui donna son nom à cet outil de crochetage des serrures, voilà qui semble douteux. Pourquoi cet artisan se serait-il fait remarquer au point de laisser son nom à la postérité ? Par ailleurs, une autre explication, populaire et poétique, fait remarquer qu’une serrure qui cède aux efforts du cambrioleur chante bien…

 

 

 

 

Un Rossignol fort en maths.

 

En fait, il s’agit de l’histoire étonnante d’un maître des comptes de province, féru de mathématiques, Antoine Rossignol, qui lors du siège de Réalmont, en Languedoc, fit montre de son savoir-faire en déchiffrant un texte codé, pour le prince de Condé à la tête de l’armée du roi. Un message en provenance des huguenots assiégés dans la place, à destination des protestants de Montauban pour leur réclamer de la poudre faute de quoi ils devraient se rendre. Il ne manqua plus au prince de Condé que de retourner la lettre, déchiffrée, aux assiégés pour que ceux-ci se rendent.

 

Richelieu eut vent de l’histoire et fit venir à la cour le sieur Rossignol qui lui rendra de nombreux services, notamment lors du siège de la Rochelle en décryptant les codes des ennemis. Un talent de cryptographe qu’il transmit à ses descendants, transformant ainsi son patronyme en un mot commun.

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