La Chambre : un seul mot pour évoquer cent univers (4)

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La Chambre : un seul mot pour évoquer cent univers (4)
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La porte qui perce le mur permet le passage, l’exercice de l’hospitalité et le refus de celui-ci. Elle relie le monde de l’intérieur et l’univers extérieur. Elle est, essentiellement, un seuil.

La porte qui perce le mur permet le passage, l’exercice de l’hospitalité et le refus de celui-ci. Elle relie le monde de l’intérieur et l’univers extérieur. Elle est, essentiellement, un seuil.

La fenêtre perce également le mur et crée aussi instantanément un dedans et un dehors. Elle constitue à la fois une fermeture et une ouverture. Pourtant, risquons une lapalissade, une fenêtre n’est pas une porte.

TROISIEME PARTIE : À SA FENÊTRE

La fenêtre primitive était un simple trou percé dans le mur ou le toit pour ventiler une hutte ou une maison. Le terme latin fenestra, qui signifie ouverture et passage en témoigne. Mais c’est surtout le terme anglais window (fenêtre) qui le rappelle encore mieux puisqu’il est composé des vieux termes scandinaves utilisés pour dire à la fois le vent et l’œil. Window signifiait à l’origine « wind eye » soit un « œil » percé dans le mur pour permettre le passage du vent et de l’air. Cet « œil » est, bien sûr, une lucarne que nous connaissons encore aujourd’hui sous le nom d’œil de bœuf, soit une ouverture placée dans la partie supérieure d’un mur ou d’une porte dont la fonction est de laisser entrer la lumière et, lorsqu’elle ne comporte pas de vitre, de l’air.

Et c’est ainsi, en frôlant des termes fort anciens, que nous accédons à la fenêtre moderne, cette évidence de nos habitations : la fenêtre qui fait entrer air et lumière me permet de voir le monde, de me faire voir du monde et de m’en cacher. Mais en quoi nos fenêtres sont-elles modernes ? Et depuis quand le sont-elles ?

Longtemps les fenêtres furent couvertes de peaux, de tissus ou de bois, servant ainsi essentiellement à la ventilation. Longtemps, par exemple dans le cas des châteaux et des maisons fortifiées, les fenêtres étaient étroites comme des meurtrières ou hautes et plus larges à l’intérieur de la maison qu’à l’extérieur, laissant passer la lumière, offrant le ciel à la vue, et protégeant des éléments sans offrir un vaste panorama. Les fenêtres à vitraux, recouvertes de papier huilé, de corne aplatie ou d’une fine feuille de marbre laissent passer un jour fort chiche.

Le verre apparaît sur les fenêtres d’Alexandrie un siècle environ avant l’ère courante. Ses qualités optiques restent mauvaises tandis qu’il se répand en Europe à la Renaissance, au cours des XV et XVIème siècles. La fabrication du verre se perfectionne au cours des siècles et va permettre des réalisations de plus en plus audacieuses, des fenêtres de formes les plus diverses aux baies vitrées allant du sol au plafond. Mais ce perfectionnement est soutenu par des phénomènes sociaux bien plus fondamentaux.

L’un d’eux est, en Europe, l’évolution des sociétés vers plus de paix, qui favorise l’ouverture des fenêtres vers l’extérieur. L’autre est représenté par le recul très progressif de la pauvreté dans les sociétés européennes où ce ne sont plus seulement les riches nobles et bourgeois qui peuvent percer les murs de leurs demeures de fenêtres d’autant plus coûteuses qu’elles sont très longtemps soumises à impôts (l’impôt sur les portes et fenêtres est supprimé en France en 1926) et qu’elles entraînent une augmentation considérable des frais de chauffage. Un autre facteur est la lente émergence, sur plusieurs siècles, de notre conception de la vie domestique. La vie familiale et la maison se closent progressivement sur elles-mêmes et la vie de la rue devient un spectacle auquel on participe, en particulier, de sa fenêtre et par le regard. C’est ici que nous retrouvons le terme « eye » (œil) de « window ».

Par la fenêtre, nous voyons passer « le monde » et nous prenons des nouvelles du vaste monde. Ce regard que nous portons sur l’extérieur prend ainsi acte des limites de notre monde propre, ce territoire que nous appelons « chez moi » qui est à la fois l’espace que nous habitons et notre univers intérieur. A ma fenêtre, je suis au point de contact entre cet intérieur, qui est moi, et l’extérieur qui est l’univers social indispensable à ma vie personnelle. Et ainsi, à ma fenêtre, je prends conscience de la nécessité de l’échange entre ces deux mondes, de ce passage indispensable de l’intime vers l’extérieur, de soi vers les autres.

La fenêtre fait aussi pénétrer le monde chez nous par ses bruits. Les poètes assis à leur table de travail ou, comme Victor Hugo, encore dans leur lit, ont chanté ces bruits de l’éveil de leur quartier, de leur campagne ou de leur ville. Ils ont, comme beaucoup d’entre nous et comme Beaudelaire, été émus et inspirés par les fenêtres illuminées la nuit de l’intérieur.

Que se passe-t-il derrière ces fenêtres ? Une vie heureuse ? Une vie solitaire ? Chacun peut imaginer un récit qui va alors en dire bien plus sur lui-même que sur la vie que cache la fenêtre. Et ce récit devient un événement intérieur et l’occasion d’une introspection intime. Regarder du dedans vers le dehors, du dehors vers le dedans, chercher à voir sans être vu : l’essentiel de la fenêtre est dans la croisée de ces regards. Ce fait est majeur pour la qualité même de notre façon d’habiter chez nous. Il appelle donc une analyse un peu plus approfondie.

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