La Chambre d'enfant : doux rêves et réalités

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La Chambre d'enfant : doux rêves et réalités
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Au sein de la jeune famille, une première grossesse s’annonce. Et rapidement, l’imagination des parents vogue : quelle chambre pour l’enfant qu’on attend ? Et quel décor ? D’ailleurs, pourquoi ne pas commencer tout de suite ?

Au sein de la jeune famille, une première grossesse s’annonce. Et rapidement, l’imagination des parents vogue : quelle chambre pour l’enfant qu’on attend ? Et quel décor ? D’ailleurs, pourquoi ne pas commencer tout de suite ?

Bien avant la naissance

Pour avoir le temps de peindre quelques nuages ou un arc-en-ciel, des papillons ou des oiseaux ? Et les meubles ? Un lit confortable et sûr, mais aussi une commode pour, déjà, ranger les premiers vêtements, émouvants tant ils sont petits et frais.

La chambre d’enfant existe bien avant la venue au monde du bébé. Elle se dessine d’abord dans le bonheur et les espoirs que la naissance suscite puis dans les gestes concrets de son aménagement. Puis dans la chambre fin prête qui accueille l’enfant. Car la norme contemporaine énonce que lorsque l’espace et les moyens le permettent, le bébé est dans son lit et dans sa chambre dès son arrivée de la maternité. Lorsque l’exiguïté de l’appartement ne permet de pas de lui donner dès les premiers jours de sa vie une pièce tout à lui, les parents aménagent un « coin bébé » qu’ils séparent de rideaux ou d’un paravent du reste du foyer. Et quand la nouvelle maman exprime le désir d’avoir son nourrisson près d’elle, bébé dort à part, dans son lit placé temporairement dans la chambre des parents. Bien sûr, certains parents n’arrivent pas à suivre cette norme. Leur bébé dort auprès de sa mère, dans le lit conjugal, exilant parfois le père vers un autre lit. Mais alors, quel embarras secret et que d’arguments pour se justifier à ses propres yeux comme aux yeux de la famille ! Et que de tiraillements cette situation ne crée-t-elle pas entre les époux !

Un individu à part entière

Notre culture prévoit toute une chambre pour un tout petit bébé parce qu’elle le considère comme un individu à part entière dès sa naissance. Une personne à laquelle on parle et qu’on écoute s’exprimer. Le souci du dialogue avant l’enfant et l’importance que nous accordons à son expression personnelle – du sourire et du babil jusqu’à la parole et aux premiers dessins – sont les traits majeurs de notre conception de l’enfance. C’est cette conception culturelle qui est traduite par l’existence dans le foyer d’une chambre pour l’enfant. Tandis que le décor traduit la vision parentale de la personnalité d’enfant qu’ils souhaitent former. Car si tous conviennent que la chambre d’enfant doit être sûre, confortable, tranquille, ensoleillée, hygiénique et stimulante (on confie de nos jours une part de ce rôle aux mobiles), chacun prend un chemin différent pour parvenir à ce but : des couleurs très vives et de grandes fleurs animent les murs de telle chambre, tandis qu’un calme « bleu bébé » ou « rose poudre » recouvre les murs de telle autre. Derrière chacun de ces choix se cache un idéal parental de la personnalité de son enfant.

Tout cela est bien nouveau

En Europe, les classes aisées conçoivent depuis environ le XVIIIème siècle la chambre d’enfant qui va prendre ses allures de nursery dans les demeures bourgeoises de la seconde moitié du XIXème siècle. L’idéal grand bourgeois de l’enfant que ses parents voient à peine et qu’on ne doit jamais entendre connaît alors son apogée, avec la nanny chargée d’amener à l’heure dite les enfants auprès de leurs parents. Les quartiers des enfants sont alors pratiquement étrangers aux parents. Et les termes anglais pour les désignés sont de rigueur.

En même temps se répand dans les classes moyennes émergentes l’idéal de la tendresse maternelle qui se penche constamment sur les besoins de l’enfant. Tandis qu’au sommet de la hiérarchie, dans les maisons nobles, princières et royales, la gouvernante présente à heure dite les enfants à leurs parents et la séance est dite « daily viewing », soit une visite dont le but est, essentiellement, de voir (viewing) les enfants plutôt que d’avoir avec eux des échanges personnels.

Ça change tous les jours …

Dès deux ou trois ans, la chambre d’enfant n’est plus seulement le lieu de l’épanouissement et de l’éveil d’un individu à part entière. Il devient un lieu d’éducation. Apprentissage de l’ordre et du rangement, du jeu calme et, plus tard, de la lecture en sont les principes. La chambre entre alors dans le domaine des responsabilités enfantines, son chez-soi au sein du chez-soi familial. Et, très vite, dès l’âge préscolaire, l’enfant comprend que sa chambre lui appartient, à travers la mise en valeur de ses dessins, la place qu’il choisit pour son lit et ses jouets, le respect que ses parents montrent à l’égard de la vie qu’il mène derrière sa porte. L’un des indicateurs de ce respect étant le fait de, simplement, frapper à la porte d’un enfant de six ou sept ans. Si la chambre constitue un instrument d’éducation et d’autonomie, elle est aussi un révélateur des relations avec l’enfant, selon que ses parents le laissent ou non en faire un espace d’intimité qui lui permet de réguler ses rapports avec sa famille.

Si 99 % des enfants dorment en France dans une chambre, 17 % d’entre eux la partagent avec un autre membre de la fratrie. Certains parents s’en désolent. Et pourtant ! Que d’enfants se sentent trop seuls dans leur chambre à soi ! Partager sa chambre dans la petite enfance est le fait des trois quarts des enfants du monde et l’occasion de nombre de riches expériences et apprentissages. Mais la norme culturelle rattrape non seulement les parents mais aussi les enfants et, généralement, aussi tôt que possible et surtout dès la pré-adolescence, tout le monde se démène pour donner à chaque enfant sa chambre. On déménage ou on réaménage, mais la chambre à soi pour chaque enfant semble garantir la future paix de la famille !

Va jouer dans ta chambre !

Mais que les parents soient agacés et voici l’enfant renvoyé chez lui. Le « va dans ta chambre » marque la limite de l’échange. Il est temps de prendre une pause. Qui peut dériver vers la punition excessive ou cruelle, contre laquelle s’élèvent fermement aujourd’hui les éducateurs. Mais cela seulement après des siècles durant lesquels ces punitions ont été encouragées, dans le sillage des punitions corporelles, comme de véritables méthodes d’éducation. Mettre à part l’enfant pour le punir c’était, au XIXème siècle et jusqu’à hier encore, le mettre dans le fameux « cabinet noir » de la Comtesse de Ségur ou de Victor Hugo ou l’envoyer à la cave, toutes lumières éteintes.

Ainsi, dès la petite enfance et plus encore dans les années qui suivent jusqu’à l’adolescence, la douillette chambre d’enfant peut être dévoyée en espace disciplinaire. Comme la chambre à coucher peut devenir cellule d’isolement. Toute chambre intime porte en elle cette contradiction et ce danger.

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