La Cave

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La Cave
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Comme pour toute pièce d’un logement, hélas, le sous-sol d’une maison n’échappe pas à la règle de l’emphase dithyrambique. Entre le vide-sanitaire a minima et la cave à l’hygrométrie parfaite pour la conservation de denrées et autres alcools (hips !), ne devrait-on pas introduire quelques subtiles distinctions ?

Comme pour toute pièce d’un logement, hélas, le sous-sol d’une maison n’échappe pas à la règle de l’emphase dithyrambique. Entre le vide-sanitaire a minima et la cave à l’hygrométrie parfaite pour la conservation de denrées et autres alcools (hips !), ne devrait-on pas introduire quelques subtiles distinctions ?

Voilà pourquoi, à toutes fins utiles, il nous a semblé intéressant de faire un petit tour à la cave et de relater l’histoire des bas fonds de notre habitat. Nul besoin d’être un latiniste averti pour savoir que le vocable provient directement de cavus qui signifie « creux » et qu’on retrouve, dès le XIIe siècle sous la forme « chave » pour désigner un objet évidé, ou sous l’intitulé actuel « cave » pour décrire un lieu souterrain et voûté propice à la conservation des vin et provisions. Une racine latine qu’on retrouve dans de nombreux mots dont cavée, excavation, caveau, cavité, caverne, concave, etc.

Un sous-sol pas comme les autres.

On appellera « sous-sol » toute partie d’un bâtiment qui se situe sous le niveau du sol (M. de La Palisse n’aurait pas mieux dit) que ce soit partiellement ou en totalité. Donc, on peut en déduire que le vide sanitaire est un sous-sol tout comme l’est un garage enterré et, bien sûr, la cave qui nous intéresse ici.

Si aujourd’hui d’innombrables modèles architecturaux des soubassements d’un bâtiment cohabitent, il n’en a pas toujours été ainsi au fil des siècles. Ainsi les Romains ne prévoyaient-ils pas de cave à leurs demeures contrairement à nos ancêtres les Gaulois, héritiers probables des us et coutumes des conquérants celtes. Par la suite, dès le haut Moyen-Age, quand les hameaux se transformèrent peu à peu en bourgs puis en villes, les constructions citadines se virent équipées d’une cave dès leur construction. La profondeur atteinte se voyant limitée par les éventuelles contraintes techniques du sol, bien sûr, mais aussi du bâtiment qui la surplombe.

Les caves se rebiffent.

Impossible de manquer l’occasion de passer en revue les différentes acceptions du vocable « cave » puisque aujourd’hui il peut recouvrir de nombreux sens, subtils, qui ne manqueraient pas de dérouter l’apprenti francophone. Ainsi, dans le langage courant, appellerons-nous « cave » un équipement électroménager façon frigo destiné à la conservation du vin, une cave qui n’a nul besoin de se situer au sous-sol ! Ou, par métonymie, l’ensemble des bouteilles d’alcool qu’un particulier détient, peu importe où cette réserve se situe.

Une cave qui changera d’appellation selon sa situation ; ainsi, baptiserons-nous « crypte » ou « enfeu » un espace situé sous une église, voire « catacombes » quand y sont conservés les morts.

Et je ne finirai pas ce rapide tour d’horizon sans évoquer l’argot parisien toujours croustillant où le cave, qui n’appartient pas au Milieu, se fait duper par ceux qui savent, les affranchis ; mais sans m’étendre sur le sens équivoque de la locution graveleuse « descendre à la cave »….

Le vide sanitaire.

Si, aujourd’hui, on sait parfaitement construire une maison saine et exempte d’humidité sans y prévoir le moindre sous-sol, érigeant les murs sur une simple chape posée sur le terrain, le principe ne vaut pas dans toutes les situations géologiques, topographiques et, surtout, climatiques. D’où l’idée de prévoir un vide entre le sol et le plancher du rez-de-chaussée afin d’assurer une ventilation naturelle qui éliminera les éventuelles remontées d’humidité en provenance de la terre, sorte de matelas d’air permanent. Sans compter que cet espace de quelques dizaines de centimètres de hauteur autorisera, de façon simple et sécurisée, le passage des canalisations et câbles électriques nécessaires à l’alimentation de la maison. Evidemment, nulle question d’y stocker quoi que ce soit… Une notion de vide sanitaire extrêmement récente que nos anciens n’ont pas pris la peine de nommer même s’ils en pratiquaient l’usage, tel M. Jourdain.

Mélodie en sous-sol.

Pour résumer, et s’assurer contre tout risque d’abus de langage, on utilisera le vocable « sous-sol » pour parler d’une pièce aménageable sinon habitable, située sous le niveau de la chaussée même si, comme nous l’avons vu précédemment, ce terme peut recouvrir toute construction située sous le rez-de-chaussée. Le vide sanitaire décrira un local technique, de faible hauteur et, par essence même, non aménageable. La cave, enfin, partie noble de notre soubassement, devra impérativement, pour mériter cette appellation, présenter une hauteur suffisante à la circulation d’une personne et, le cas échéant, une température quasi constante nécessaire à la conservation de denrées.