La Boutique.

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La Boutique.
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Si on peut se réjouir que des commerces aient toujours été présents dans les bourgs et les villages, pour s’étendre aux abords des villes et connaître un nouvel avatar aujourd’hui sur internet, savons-nous pour autant faire la différence entre une boutique, une échoppe, un magasin ?

Si on peut se réjouir que des commerces aient toujours été présents dans les bourgs et les villages, pour s’étendre aux abords des villes et connaître un nouvel avatar aujourd’hui sur internet, savons-nous pour autant faire la différence entre une boutique, une échoppe, un magasin ?

 

 

Non que cela changera en quoi que ce soit nos habitudes de magasinage (comme disent nos cousins québécois), mais ce sera l’occasion de faire nos courses dans le monde joyeux de la sémantique avec son cortège d’anecdotes.

 

Dès le XIIIe siècle, on connaissait le vocable bouticle, l’endroit où un marchand présentait et vendait ses produits, un terme apparemment emprunté au grec apothêkê via le latin apotheca et l’ancien provençal botica, magasin, dépôt, qui a notamment donné l’espagnol bodega et le français apothicaire. Même si, on s’en doute, nul n’avait attendu le mot pour faire acte de commerce, cette activité indissociable de l’humanité depuis la nuit des temps, qu’elle soit pécuniaire ou relationnelle.

 

 

 

Parlons boutique.

A l’origine, la boutique se réduisait à une seule pièce, ouverte sur la rue, dans laquelle artisans et commerçants travaillaient et proposaient services ou produits (car on dit aussi bien la boutique d’un cordonnier, d’un tailleur, que celle d’un boulanger ou d’un épicier). On notera avec amusement que dès le XVIIIe siècle, les commerçants épris de notoriété et considérant le vocable boutique peu glorieux, parlaient volontiers de leur « magasin », à l’image de certains boulangers, également en mal de reconnaissance, qui requalifiaient leur boutique en « fabrique ».

 

Evidemment, les commerces du Moyen-Age ne comportaient pas de devanture en vitre mais de simples volets qui, en plus de garantir la sécurité du lieu aux heures de fermeture, servaient parfois d’appui pour présenter la marchandise dans la rue. En fait, le client n’entrait guère dans la boutique et les achats se faisaient directement à l’étal, sur la chaussée.

 

 

 

L’échoppe.

Un mot qui nous vient du vieux néerlandais schoppe en passant par le nord de la France et qui a donné, notamment, le mot anglais shop. Une échoppe qui a toujours désigné, jusqu’à nos jours, une petite boutique avec, cependant, quelques différences notables selon les époques. A l’origine, ce sont des espaces de vente construits comme un appentis, faits de planches et parfois maçonnés, et qui s’appuient sur un mur ; une disposition qui n’existe plus guère aujourd’hui.

 

Etonnamment, Gilles Ménage, dans son Dictionnaire étymologique de 1750, indique que les échoppes sont de petites boutiques qui appartiennent au roi et qui sont attachées à des maisons appartenant à des particuliers. Une nationalisation avant l’heure qui semble étrange… Tout comme les échoppiers, en Normandie et dans le Nord, qui n’auraient été que des commerces de chandelles, de suif, et d’huile à brûler. Une spécialisation tout aussi incompréhensible…

 

De nos jours, on utilisera échoppe pour donner un cachet un peu ancien, traditionnel, à la boutique d’un artisan, rarement d’un commerçant.

 

 

 

 

 

Le magasin.

Stricto sensu, le magasin décrit un entrepôt qui, dans le cas d’un artisan, sert de rangement pour les outils et les matières premières ; le marchand y stockant ses marchandises, aussi bien à l’étage que, plus communément, à l’arrière-boutique. Le magasin n’est donc pas, originellement, un lieu de vente mais de stockage. D’ailleurs, à certaines époques, on faisait la distinction des marchands dits « en magasin » qui n’avaient pas pignon sur rue et vendaient, le plus souvent, en gros.

 

Un mot attesté dès le XIVe siècle sous la forme maguesin apparemment emprunté à l’arabe mahazin pluriel de mahzan, l’entrepôt, via les commerçants des ports de la Méditerranée. Il ne prendra sa signification actuelle, synonyme de « boutique », qu’à partir du XVIIIe siècle.

 

 

 

 

Faisons bon commerce.

Il ressort de ce qui précède que tout négoce de marchandises répond au vocable commerce, directement emprunté au latin commercium, de même sens, ce qui n’étonnera personne, et qui recouvre autant l’activité que le lieu où se négocie la marchandise. Jusqu’à décrire une simple communication, un échange, des rapports entre les personnes dont l’expression « être d’un commerce agréable » reflète bien le sens figuré.

 

Alors, le terme échoppe ne semblant plus approprié aujourd’hui, nos braves commerçant du quotidien oeuvrent-il dans une boutique ou un magasin ? S’il s’agit d’un artisan (cordonnier…), on devra forcément dire boutique. Certaines activités, singulières, s’accaparent des appellations plus ou moins contrôlées : l’officine d’un pharmacien ou d’un herboriste, le studio d’un photographe…

 

Mais pour la vente de produits, magasin et boutique semblent substituables même si ce dernier recèle un je-ne-sais-quoi de péjoratif, ce que confirme l’appellation boutiquier.

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