L'escalier, une histoire en marches.

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L'escalier, une histoire en marches.
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Quiconque a eu le privilège de parcourir l’escalier à double révolution du château de Chambord, qui permet à deux personnes de monter et de descendre sans jamais se croiser, comprend la complexité de cette pièce d’architecture. Et il en va de même pour le vocabulaire afférent, aussi riche qu’abscons.

Quiconque a eu le privilège de parcourir l’escalier à double révolution du château de Chambord, qui permet à deux personnes de monter et de descendre sans jamais se croiser, comprend la complexité de cette pièce d’architecture. Et il en va de même pour le vocabulaire afférent, aussi riche qu’abscons.

 

 

Qu’il n’est pas question ici d’étudier mais plutôt de revisiter grâce à l’histoire de nos escaliers que nous boudons pourtant de plus en plus en faveur des ascenseurs.

 

Si son emprunt au bas latin scalarium lui-même issu du latin classique scala signifiant « échelle » semble frappé au coin du bon sens, le vocable escalier ne sera pourtant employé dans le langage courant qu’assez tardivement, à la Renaissance pour être précis. Le langage populaire lui préférant degré ou montée.

 

 

 

A l’intérieur.

 

La majeure partie des escaliers intérieurs ayant été construite en bois, depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen-Age, il n’en est resté aucune trace si ce ne sont ceux qui étaient logés dans l’épaisseur des murs. De surcroît, l’étage n’étant pas si fréquent dans l’habitat commun, une vague échelle de meunier suffisait largement. Des escaliers plus ou moins dérobés qui ne servaient qu’aux gens de maison, jamais aux hôtes, sorte de dégagements purement utilitaires. Dans la Haute Egypte, on savait pourtant construire des cages d’escalier comme celles que nous connaissons aujourd’hui, même si le trivial plaçait les degrés le long d’un mur. De la même façon, Arabes, Grecs et Romains connaissaient l’escalier à vis, mais ce dernier occupait peu de place et se voyait relégué dans un recoin ; on faisait au plus simple et au plus pratique.

 

 

 

 

 

L’art en marche.

 

Si tout au long du Moyen-Age on reprit les techniques romaines avec escaliers à vis ou à rampes droite, sans y accorder la moindre importance esthétique, il fallut attendre la Renaissance, à de rares exceptions près, pour que l’escalier d’intérieur suscitât l’intérêt des architectes. Il n’est d’ailleurs de voir, dans les palais et autres châteaux qui n’ont pas été restaurés aux XVIIIe et XIXe siècles, ces escaliers d’intérieur qui ne correspondent guère à la splendeur architecturale du lieu. Ce n’est qu’à une période relativement récente, la distribution des pièces ayant changé avec des salons d’apparat et de réception situés au premier étage, qu’on se préoccupa de ce qu’on appellera « le grand escalier », opposé aux nombreux escaliers de service qui reliaient le rez-de-chaussée à chacun des niveaux.

 

 

 

 

A l’extérieur.

 

Symbole de l’importance d’un lieu, l’escalier extérieur a revêtu toutes sortes de formes depuis l’Antiquité même si ce n’est qu’à travers Vitruve (auteur ,au 1er siècle avant J.C., de l’unique traité d’architecture qui ait échappé à la destruction) qu’on en sait quelques notions, et bien qu’il se soit limité à la description des escaliers des temples et des gradins de théâtres ou d’arènes. Des marches qui se voulaient souvent monumentales, en pierre ou en marbre, qui montaient tout droit vers les entrées sans souci décoratif.

 

Au Moyen-Age, on favorisa le perron ou la rampe droite, placés le long du mur ou perpendiculairement, pour atteindre les grandes salles des châteaux situées au premier étage, voire le chemin de ronde. Un escalier extérieur qui présentait l’avantage de laisser l’imagination libre de disposer les pièces à l’intérieur de la bâtisse.

 

 

 

 

 

Degrés ou marches ?

 

De façon plutôt arbitraire, on en est venu à parler de degrés quand il s’agissait d’un édifice d’une certaine importance, et de marches quand on décrivait un escalier de bois. Un vocable degré emprunté au latin gradus qui signifiait aussi bien la marche d’un escalier que le sens figuré que nous lui connaissons aujourd’hui : degré d’amitié ou de parenté, hiérarchie. Son pur synonyme, la marche, simple déverbal de marcher, s’y est totalement substitué de nos jours même si certains précieux aiment encore à parler de degrés pour des architectures monumentales.

 

 

 

 

L’esprit d’escalier.

 

Bien que les plus fins étymologistes se disputent la vraie source de cette expression qu’on retrouve aussi bien chez Diderot que chez Jean-Jacques Rousseau, notamment, il semble pourtant qu’elle émane de Pierre Nicole, célèbre théologien et controversiste du XVIIe siècle qui se lamentait de sa timidité maladive : « On me bat dans la chambre mais je ne suis pas plutôt au bas de l’escalier que je les ai confondus. ». Ce qui donnerait la primauté de l’expression à ce dernier, mort en 1695 quelque vingt ans avant la naissance de nos auteurs des Lumières…

 

Ainsi, avoir l’esprit d’escalier signifie qu’on trouve la bonne répartie bien après la fin de la conversation avec une sorte de retard à l’allumage qui ferait dire aujourd’hui qu’on a le cerveau diesel.

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