L'Appartement Haussmannien

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L'Appartement Haussmannien
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N’est-il pas étonnant qu’on utilise l’épithète « haussmannien » pour qualifier les immeubles inspirés par un simple préfet, alors que les modes ont toujours été évoquées en référence au souverain du moment : styles Henri IV, Louis XV, voire Empire ?

N’est-il pas étonnant qu’on utilise l’épithète « haussmannien » pour qualifier les immeubles inspirés par un simple préfet, alors que les modes ont toujours été évoquées en référence au souverain du moment : styles Henri IV, Louis XV, voire Empire ?

D’autant qu’en l’occurrence, on se réfère à une architecture qui débute et se termine bien au-delà du mandat préfectoral dudit Georges Eugène Haussmann . A n’en pas douter, quand l’invraisemblable diabolisation de Badinguet cessera, ce qui ne serait que justice, on en reviendra à une appellation plus conforme aux usages, à savoir « style Second Empire » ou Napoléon III. En tout cas, c’est l’occasion pour nous de détailler les singularités de ces appartements qui tranchaient avec tout ce qu’on avait pu connaître jusqu’alors.

Etats des lieux

Pour mémoire, rappelons qu’au cours des siècles précédents, les immeubles étaient construits sur de petites parcelles, induisant une façade étroite, un bâtiment étiré en profondeur et donc peu d’ouvertures sur la rue. Des immeubles qui comportaient parfois une boutique au rez-de-chaussée, et dont les étages ne présentaient pas d’appartements, une notion inexistante à l’époque, mais une suite de pièces, souvent identiques dans leur composition, et à l’affectation indéfinie ; en l’absence de point d’eau et de toute idée de sanitaires, chaque pièce en valait une autre. Ce en quoi l’immeuble de Haussmann allait drastiquement modifier les choses.

Des pièces qui donnent sur la rue.

Du fait de la structure même de l’immeuble, l’appartement haussmannien présente les pièces en enfilade sur la façade : grand et petit salons, bureau, chambres, même si à l’époque on ne sait pas vraiment ce qu’est une chambre ; mais au moins les enfants ne dorment-ils plus dans la même pièce que leurs parents. Des pièces toujours hautes sous plafond qui comportent des fenêtres de taille identique afin que, vues de l’extérieur, l’uniformité règne, interdisant par là-même de savoir à quel usage elles étaient dévolues.

On notera que la salle à manger n’a pas encore gagné ses galons et qu’elle peut indifféremment se situer sur cour ou sur rue. Cependant, au fil des décennies, elle se rapprochera de la cuisine qui, le plus souvent, dispose d’une sortie de service distincte de l’escalier dit d’apparat réservé aux habitants et prohibé aux petits personnels...

Une distribution réfléchie.

On y trouve évidemment une belle entrée (on disait alors « antichambre ») et un couloir qui distribue les différentes pièces. Une vraie nouveauté car n’oublions pas que, jusqu’alors, on passait d’une pièce à l’autre grâce aux parties communes de l’immeuble, proscrivant ainsi toute intimité élémentaire.

Même si le tout-à-l’égout participe des caractéristiques notoires des immeubles haussmanniens, on ne prévoit pas forcément salles de bains et toilettes, du moins dans leur acception actuelle, l’hygiène ne constituant pas un souci primordial à l’époque.

De grandes surfaces.

Quand l’appartement est grand, il se voit divisé en trois modules : réception, service et intimité. Mais ces zones ne sont pas forcément aussi différenciées avec des espaces « tampons » formés de pièces à l’usage indéterminé, et une salle à manger qui « flotte » entre parties réception et intimité.

A l’origine, les étages nobles sont le premier sur entresol (notre deuxième étage) puis les étages qui se succèdent. De la même façon, on trouve un seul appartement par étage à l’exception du cinquième qui en comporte deux. Plus on grimpe dans les étages, plus la hauteur sous plafond diminue, démontrant ainsi une sorte de gradation sociale même si, contrairement aux idées répandues, la mixité n’y était pas aussi développée qu’on veut bien le laisser croire, les situations se montrant disparates d’un quartier à l’autre.

Et d’ailleurs les prix s’en ressentent puisque si les deux premiers étages sont à 1800 francs (c’est un exemple), on passera à 1500 francs aux 3e et 4e, à 500 francs au 5e (à multiplier par deux puisque cet étage comporte deux appartements sur le même palier) et enfin 200 francs à l’étage des chambres de bonne. Une gamme de prix qui s’inversera avec l’invention de l’ascenseur…

Un appartement recherché.

Aujourd’hui, on appréciera l’appartement haussmannien pour sa division des espaces jour/nuit bien moins stricte que celle des appartements modernes, offrant ainsi une plus grande souplesse d’affectation. De surcroît, les pièces y sont plus grandes, les plafonds plus hauts, les décorations (moulures et autres stucs) abondantes. En revanche, comme ces immeubles ont été entièrement conçus « vers la rue », à une époque où la circulation automobile n’existait pas, ils présentent aujourd’hui de réels inconvénients sonores.