L'Appartement

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L'Appartement
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Si, aujourd’hui, dans notre langage courant, la notion d’appartement fait forcément référence à un local d’habitation de plusieurs pièces à l’intérieur d’un immeuble, il n’en a pas toujours été ainsi, loin s’en faut. Car jusqu’à la fin du XIXe siècle, on le distinguait nécessairement du logement, cet habitat réservé au vulgaire.

Si, aujourd’hui, dans notre langage courant, la notion d’appartement fait forcément référence à un local d’habitation de plusieurs pièces à l’intérieur d’un immeuble, il n’en a pas toujours été ainsi, loin s’en faut. Car jusqu’à la fin du XIXe siècle, on le distinguait nécessairement du logement, cet habitat réservé au vulgaire.

Diverses étymologies semblent possibles pour notre appartement, au nombre desquelles on peut citer un emprunt au latin partimentum, déverbal de partiri, diviser ; ou bien à la locution latine a parte mansionis qui fait référence à la subdivision d’une noble maison, voire d’un palais. Même s’il semble que le mot ait voyagé en Espagne et en Italie avant de nous revenir sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Bon comme la romaine.

Depuis Vitruve, au cours du siècle précédant notre ère, on sait définir avec précision ce que devait être la maison d’un patricien avec ses appartements particuliers où ne pénétraient que ceux qui y étaient dûment invités, les distinguant des pièces dites « publiques » (vestibule et autres parties communes). Evidemment, la classe moyenne romaine échappait à ces tracas, et habitait le plus souvent des insulae, autrement dit des immeubles qui comptaient jusqu’à dix étages, subdivisés en appartements avec un rez-de-chaussée généralement réservé aux commerces. Ce qui n’est pas sans rappeler un type d’architecture qui a prévalu en France jusqu’à ces dernières décennies…

Quand le roi tenait appartement.

Aux beaux temps de la monarchie, on disait que le roi tenait appartement quand il recevait la cour en début de soirée. Un sens de « recevoir » qui perdura jusqu’à l’aube du XXe siècle et qui fera les belles heures des princes puis des riches bourgeois, toujours avides de singer l’aristocratie. Ce qui les conduisit à diviser leur habitation en trois secteurs distincts : l’appartement de commodité à usage privatif, au calme et rarement luxueux, l’appartement de société pour recevoir ses visites, et enfin, l’appartement de parade réservé aux fêtes et autres assemblées, avec ses salons richement parés et ses galeries étincelantes.Sans compter l’appartement des bains composé d’une suite de pièces généralement situées au rez-de-chaussée, avec salles, chambres, dressing, étuves pour se laver.

L’appartement moderne.

A la fin du XIXe siècle, les temps ont bien changé et les bourgeois ont pris la relève des grands seigneurs et autres princes, bientôt suivis par le monde ouvrier que la révolution industrielle attira dans les villes. L’appartement devenait l’habitat urbain le plus communément partagé que nous connaissons aujourd’hui. En notant qu’à une époque où les appartements bourgeois occupaient la totalité d’un étage (cf. l’immeuble haussmannien), on disait volontiers : « il habite au troisième appartement » pour indiquer le troisième étage.

Le logement.

Initialement, depuis le XIIIe siècle, le logement désignait une sorte de retranchement militaire, une tranchée que l’on faisait à découvert dans un ouvrage dont on venait de chasser l’ennemi. Et qui deviendra rapidement, par extension naturelle, le campement des troupes. C’est ainsi qu’un officier effectuait le logement de ses soldats quand il arrivait en ville et se rendait chez le maire pour déterminer quelles maisons bourgeoises devraient les accueillir. Un héritage du droit féodal qui faisait obligation d’héberger et de loger un seigneur et sa suite, voire ses soldats. Une réquisition qui prévalait également quand il s’agissait d’établir la liste des personnes de la cour qu’il fallait loger chez l’habitant au gré des étapes des voyages royaux.

Une distinction sociale.

Il y a encore cent cinquante ans, on distinguait les deux termes : les hôtels (particuliers) et les palais comprenaient des appartements tandis que les maisons dites bourgeoises comportaient des logements. Ce que ne reprit pas à son compte le dictionnaire de l’Académie qui, dans sa 8e édition, en 1935, précisait qu’un logement est une partie d’un immeuble habitée généralement par des artisans par opposition à Appartement qui désigne une partie d’immeuble habitée bourgeoisement. Un distinguo qui n’a visiblement pas fait long feu!

Aujourd’hui.

Evidemment, de nos jours, toute cette belle poésie n’a plus de raison d’être et ce qu’on appelle aujourd’hui un « logement » se compose d’une ou de plusieurs pièces répondant à des normes strictes définies par la loi. Quant à « appartement », il décrit aujourd’hui n’importe quelle subdivision d’un immeuble du moment qu’elle comporte au moins deux pièces d’habitation. Sans compter un usage ironique du terme, notamment dans la locution « Je me retire dans mes appartements », pour indiquer qu’on va s’isoler dans… une pièce.