J'habite chez mes parents et ils n'ont plus vingt ans...(1)

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J'habite chez mes parents et ils n'ont plus vingt ans...(1)
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Séparation, divorce, chômage… Par choix ou par contrainte, nombre d’adultes se retournent habiter chez leur parents, souvent après un accident de la vie. Décryptage

Séparation, divorce, chômage… Par choix ou par contrainte, nombre d’adultes se retournent habiter chez leur parents, souvent après un accident de la vie. Décryptage

Pierre, Paul, Jacques, Marie ou Anne ont entre 30 et 50 ans. Ils ont commencé une carrière professionnelle et vécu en couple. Certains d’entre eux ont eu un ou des enfant(s). Mais voilà que l’un perd son poste, l’autre se sépare de son conjoint, un troisième divorce et perd son emploi. La maladie ou une crise intime affaiblit les autres. Certains ont bien du mal à travailler régulièrement ou à travailler tout court. Sans compter les trentenaires qui n’arrivent pas à trouver un travail stable, parfois malgré les diplômes en poche. Leur chez-soi est en péril. Ils ne peuvent plus assumer les frais de leur vie quotidienne. Où aller quand on ne veut pas vivre dans la rue ? Ils reviennent chez leurs parents. Ou bien ils y restent.

Parlons des parents

Ils sont aujourd’hui âgés d’environ 75 ans et ils sont rejoints par les babyboomers nés après la seconde guerre mondiale et qui accèdent en ce moment à la retraite professionnelle. Ils ont connu dans leur jeunesse le plein emploi, un itinéraire professionnel souvent linéaire et stable et des contrats de travail si solides qu’on les dirait coulés dans le béton. Ils ont fermement bataillé pour leurs droits sociaux et ont profité de leurs acquis. Ils ont beaucoup travaillé et épargné sérieusement. Ils ont entretenu et réalisé leur rêve d’accession à la propriété de leur logement principal. En France, comme dans les autres pays européens où l’aspiration à la propriété de sa maison est tout aussi forte, trois ménages retraités sur quatre sont aujourd’hui propriétaires de leur maison. Le patrimoine immobilier des retraités français est composé, pour un ménage sur cinq, à la fois d’une résidence principale et d’un autre logement, souvent une résidence secondaire.

Ces parents ont aussi été partie prenante des mêmes grandes transformations sociétales. Ils ont assisté à l’évolution de la condition féminine qui a facilité l’accession des femmes à la maîtrise de leurs finances. Ils ont été témoins de l’avènement de la société de consommation. En matière d’éducation, ils partageaient la conviction que les enfants sont dès la petite enfance des individus à part entière qui doivent grandir pour devenir autonomes, partir de la maison vers la vingtaine, et s’assumer eux-mêmes financièrement et affectivement. Ils pensent qu’il est naturel d’aider leurs enfants mais que ces derniers doivent tout de même voler de leurs propres ailes.

Toujours hôtes ?

Peut-on dire qu’un enfant – un vrai, qui n’a pas encore atteint sa majorité – parce qu’il habite chez ses parents, est toujours en quelque sorte son hôte ? Osons le mot, un peu comme un invité ? Les parents le nieraient énergiquement ! Comment, un invité ? Mon enfant est chez lui tant qu’il est chez ses parents et d’ailleurs, il a sa chambre (souvent) depuis sa naissance, où il vit (presque) à sa façon, qu’il arrange (à partir d’un certain âge) comme il veut et même qu’il laisse dans un désordre effroyable et dont il nous ferme la porte au nez (à partir de l’adolescence et bien après sa majorité). Ça un invité ? Un prince en son royaume, oui !

Et pourtant … du « range ta chambre » éducatif au « va jouer dans ta chambre » punitif, il y a quelqu’un (et parfois les deux parents) qui donne des ordres et quelqu’un qui dit au jeune adulte qui se plaint dans la maison de ses parents où il habite que « s’il n’est pas content, il peut toujours aller habiter dans une chambre de bonne, comme tous les étudiants qui se respectent ».

Ça ne veut rien dire, objecteront les parents. Nous aimons nos enfants, nous les protégeons, nous veillons à leur bien-être, nous leur apprenons à bien tenir leur chambre (et un tas d’autres choses) pour leur bien et nous le répétons : ils sont chez eux…chez nous … nous voulons dire : ils sont chez eux à la maison.

Et c’est là qu’il faut prendre une pause : certes, la maison est le lieu de la famille où les parents veillent sur les enfants et où tout le monde est lié par l’amour et la solidarité. Tout cela est vrai et fondamental, indispensable même à toute civilisation. Mais ce qui est aussi vrai, c’est que la chambre donnée à l’enfant dès sa naissance confirme son statut d’individu à part, de personne distincte. Elle l’aide à s’affirmer comme tel. Mais c’est pour mieux le préparer à partir de la maison des parents comme il est recommandé depuis des temps bibliques : va, quitte ton père et ta mère …

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