Hospitalité : Liberté, Egalité, Fraternité (7)

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Hospitalité : Liberté, Egalité, Fraternité (7)
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On nous annonce le retour de l’hospitalité. Rien de plus injustifié. L’hospitalité n’a jamais déserté nos maisons ni nos vies. Mais elle s’est transformée et démultipliée.

On nous annonce le retour de l’hospitalité. Rien de plus injustifié. L’hospitalité n’a jamais déserté nos maisons ni nos vies. Mais elle s’est transformée et démultipliée.

 

 

 

 

 

 

Une parure réservée aux grandes occasions !

 

D’après certains philosophes, notre hospitalité n’est pas assez généreuse. Parce qu’elle est conditionnelle, prudente et raisonnée. Parce que ses règles font que l’accueillant n’est pas, en dépit des apparences, à égalité avec l’accueilli. Et parce que nous ne sommes hospitaliers que de temps à autre, autant dire quand cela nous convient. Et nous aggravons notre cas en nous parant de cet accueil comme de parures qui ne sortent de notre armoire que pour de grandes occasions !

 

D’après certains journalistes, nous avions tout simplement perdu le sens de l’hospitalité. Mais, rassurons-nous, voilà qu’ils nous en annoncent le retour. Comme par miracle. Les enquêtes sociologiques les contredisent pourtant. Comme elles nuancent considérablement le propos des philosophes.

 

Si ces philosophes sont si sévères à notre égard, c’est qu’ils voudraient nous voir approcher de l’idéal établi par Abraham et nous conduire d’après la loi de l’hospitalité, la seule et grande loi qui établit l’inconditionnalité de l’accueil. Ils voudraient nous voir faire plus que recevoir quelqu’un chez nous. Ils voudraient que nous puissions accueillir ce qu’autrui a à nous donner. Le recevoir certes, mais surtout recevoir de lui.

 

Quant aux journalistes, leur erreur est soulignée par les études sociologiques qui montrent que nous appliquons beaucoup les lois de l’hospitalité, cet ensemble de règles qui la rendent vivable et permettent d’intégrer cette dernière à notre quotidien. Non sans peine et vaille que vaille. Avec bien des bénéfices pour les deux hôtes. Ce qui prouve que l’hospitalité a été et reste une grande valeur à nos yeux. D’ailleurs, nous en changeons les lois, dans un esprit fort démocratique.

 

 

 

 

 

Couch surfing

 

Je suis chez moi. Je projette de voyager dans un pays lointain. Je suis ennuyé à l’idée de me retrouver, touriste anonyme, dans les rues, les places et sur les plages de ce pays parmi la foule des autres touristes, sans code pour déchiffrer la vie autour de moi, sans moyen de toucher d’un peu plus près les gens qui habitent là, avec peu de chances qu’ils voient en moi plus qu’un passant. Ce que je recherche, c’est une découverte de l’inconnu – le pays et ses gens – et c’est me faire connaître et faire connaître mon pays à travers moi. Et il se trouve que je suis – ou ne suis pas nécessairement – plutôt jeune et plutôt fauché.

 

Qu’à cela ne tienne. Il existe aujourd’hui sur Internet des réseaux sociaux d’hospitalité qui me permettent non seulement de rencontrer un de ces habitants mais aussi de le rencontrer chez lui et, selon les plus nobles lois de l’hospitalité, de le rencontrer d’égal à égal. Je serai hébergé chez lui et il pourra un jour, s’il le désire, être accueilli chez moi. Nous nous recevrons mutuellement et nous recevrons l’un de l’autre ce que chacun d’entre nous à offrir de son chez soi et de lui-même. Gratuitement.

 

CouchSurfing International est né de ce désir d’accueil chez soi de la diversité du monde qui suppose respect et tolérance et permet surtout la rencontre de deux personnes sur les terres intimes du chez-soi. Le réseau n’est pas aujourd’hui le seul du genre mais il est le plus important. Il n’est pas le premier non plus puisque Servas Open Doors a été fondé comme association d’hospitalité interraciale et comme mouvement pour la paix dès 1949.

 

Une fois la position morale établie, comment se met en œuvre l’hospitalité, fort démocratique, de style couch surfing ? Ceux qui se disent sans illusion n’y voient qu’une façon moderne et gratuite de faire du tourisme. Les couch surfers resteraient dans la consommation de loisirs sans débourser un centime ! Mais ceux « qui y croient » y voient une façon – tout aussi moderne – de vivre une sorte de tourisme intimiste et l’occasion d’un développement personnel grâce à la multiplication d’expériences hospitalières.

 

 

Impossible de nier, dans le couch surfing, la part de la poésie et celle du risque. Et il faut en reconnaître la part d’idéal, qui crée les conditions pour des échanges significatifs entre les hôtes. Mais le réseau CouchSurfing fournit aussi, comme à l’occasion de tout échange hospitalier, toute une série de règles et un protocole qui garantissent que les étapes successives de l’hospitalité se passent bien. En particulier, le maître de maison garde ses prérogatives. Il accepte de recevoir des femmes ou des hommes ou l’un des deux sexes seulement. Il décide des horaires et du temps passé ensemble, attribue un lit ou demande qu’on apporte son couchage. Il cuisine ou ne cuisine pas pour le  couch surfer. Il précise qu’il attend de ce dernier une contribution aux provisions de bouche ou offre toute la nourriture. Il annonce si, en règle générale, il va ou ne va pas l’accueillir à la gare et détermine la durée du séjour !

 

Toutes ces décisions se fondent sur l’idée que l’accueilli est une personne capable d’accepter et de suivre les règles de la maison qui l’accueille et capable de ne pas voir en l’accueillant une personne qui, pour mériter le statut d’hospitalier, doit se mettre en quatre pour vous. Bien au contraire. L’époque valorise l’égalité, la sincérité et l’égalité. Les deux hôtes annoncent d’emblée la couleur : voici les règles de la maison, voici ce que je peux offrir, voici ce que j’attends de vous en retour. Ces annonces sont censées réduire l’asymétrie entre eux et établir le niveau de la relation au bénéfice de chacun.

 

Il y a là une nouveauté qui n’est pas réservée aux situations créées par le couch surfing. Combien d’entre nous n’annoncent-ils pas à leurs invités qu’ils sont pris par leur travail et leur vie familiale mais que les invités sont libres de séjourner chez eux en leur absence ? Quitte à prendre un moment particulier, quand ça convient aux deux hôtes, pour vraiment se parler tranquillement et faire quelque chose ensemble. L’hospitalité s’est démocratisée.

 

 

 

 

 

Mon invité est un peu comme moi

 

Qu’il s’agisse de règles qui régissent les relations entre hôtes ou celles qui concernent la vie domestique de l’accueillant, l’hospitalité poétique est devenue sélective et soumise à un protocole élaboré. Nous retrouvons nos lois et nos règles de l’hospitalité. Ce sont elles qui contribuent à la réduction du risque. Elles révèlent surtout que l’étranger, couch surfer ou non, n’est pas absolument … étranger. Il appartient souvent à la même catégorie d’âge que celui qui l’accueille. Il n’est pas bien loin d’appartenir à la même catégorie socio-économique. Il vient parfois d’une autre culture mais les règles établies par le maître de maison lui donnent des repères qui balisent le terrain de la rencontre et facilitent l’échange. L’aventure hospitalière moderne va chercher la ressemblance au cœur de la différence. Elle est fraternelle. Mais dans la liberté et l’égalité. Là réside sa complexité et son ambivalence.

 

 

Découvrez les 6 autres chapitres de ce sujet.

L'hospitalité, tout le monde sait et ne sait pas ce que c'est (1)

L'hospitalité, c'est sacré (2)

L'hospitalité au sens courant, hier et aujourd'hui (3)

L'hospitalité mode d'emploi (4)

L'hospitalité : l'accueillant et l'accueilli (5)

L'hospitalité : Liberté, Egalité, Fraternité (6) 

 

 

 

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