Colombier, pigeonnier, un même et unique bâtiment ?

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Colombier, pigeonnier, un même et unique bâtiment ?
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Quand on prétend ici ou là que la colombe est le symbole de Vénus dans la mythologie grecque, c’est à peu près faire la différence entre pigeon et colombe. Un non-sens.

Quand on prétend ici ou là que la colombe est le symbole de Vénus dans la mythologie grecque, c’est à peu près faire la différence entre pigeon et colombe. Un non-sens.

 

Car vous admettrez que Vénus étant une déesse romaine, il serait plus juste de citer Aphrodite. Quant à la distinction entre le pigeon et la colombe, elle n’existe pas, même si l’usage donne à cette dernière son appellation quand le volatile présente un plumage blanc immaculé. De là à déduire que pigeonnier et colombier seraient un même bâtiment, ce ne serait que logique. Et pourtant…

 

A l’origine, un mot unique, colomb ou coulon, directement emprunté au latin classique columba, désignait et le pigeon et la colombe. Quant au vocable pigeon, dérivé du latin pipio, le pigeonneau, il qualifiait initialement le petit de n’importe quel oiseau. Or, dans les usages culinaires courants, le petit du coulomb étant préféré à l’animal adulte, on en vint à utiliser son appellation aussi bien pour les parents que pour leur portée. Et c’est ainsi que le pigeon prit le pas sur la colombe.

 

 

 

 

 

 

Une vraie antiquité.

 

Donc notre pigeon, qui est une colombe, est l’oiseau préféré de Vénus qui est Aphrodite. Vous suivez ? Des pigeons connus depuis l’Antiquité – Homère ne raconte-t-il pas que des colombes nourrirent Zeus ? – souvent nécessaires aux sacrifices divins et surtout utiles aux nombreuses civilisations qui s’étaient avisées de leur talent de voyageurs : Grecs, Egyptiens, Chinois...

 

Sans oublier que, dans la Bible, la colombe joue un rôle singulier, dans la Genèse notamment lors du Déluge, avec Noé, sur son arche, qui l’envoya en éclaireur à trois reprises. Au premier lâcher, la colombe revint bredouille, au deuxième elle rapporta un rameau d’olivier, espoir d’une terre ferme, et au dernier… elle ne s’en retourna pas. Noé comprit alors qu’elle avait trouvé un territoire émergé et que le déluge s’achevait. Quant à notre symbole de la paix, difficile de trancher entre la colombe et l’olivier dont elle tient un rameau en bec.

 

 

 

 

L’élevage de pigeons.

 

Une pratique de l’élevage qui, vraisemblablement, fut introduite en France par les Romains qui l’autorisaient à tout citoyen même si on n’a pas retrouvé trace de bâtiments datant de la période gallo-romaine. A la chute de l’Empire, la noblesse de ce qui allait devenir la France, eut tôt fait de se réserver cette aviculture, notamment pour son aspect gastronomique, au grand dam des paysans qui voyaient leurs récoltes régulièrement saccagées par les volatiles. En revanche, si l’on connaissait les coulons messagers grâce à leur usage en Orient, ce qu’atteste Jean de Joinville, l'emploi de pigeons voyageurs demeurait exceptionnel dans nos contrées.

 

 

 

 

 

Un droit féodal.

 

C’est donc au Moyen-Age que fut établi le droit de colombier, la faculté de bâtir un bâtiment d’élevage en pierre, un privilège accordé aux seigneurs disposant de la haute justice : un édifice important, tour carrée ou ronde selon les régions, parfois octogonale ou hexagonale et dont les dimensions restaient fonction de la superficie du domaine auquel il était rattaché, avec une moyenne d’un demi-hectare par nid.

 

Un droit qu’il ne faut pas confondre avec celui de pigeonnier, nettement moins chic, réservé aux propriétaires de trente-six arpents de terres (une douzaine d’hectares), qui leur permettait de construire un pigeonnier en bois, de seize pieds de hauteur et contenant de soixante à cent-vingt boulins (trous servant de nids) même si ces données variaient d’une région à l’autre. On faisait donc une vraie distinction entre colombier et pigeonnier.

 

 

 

 

Aboli à la Révolution.

 

Evidemment, la Révolution se chargea de réduire à néant ce privilège réservé aux nobles et aux ecclésiastiques de haut rang. Et avec l’abolition disparut le vocable colombier, symbole d’un droit seigneurial honni, en faveur du pigeonnier déjà populaire depuis le XVIe siècle. Ce qui n’empêcha pas la pratique de se poursuivre car productrice d’engrais à bon compte (la colombine) et qu’elle permettait, avant l’invention du réfrigérateur, de conserver des protéines sur pied… Sans compter que le « pauvre » pouvait enfin se réjouir du droit de singer les nobles en possédant son propre élevage. Ce qui explique qu’un grand nombre de pigeonniers ne date que du XIXe siècle.

 

 

 

 

 

En ville.

 

A noter que, très tôt, il fut interdit d’élever des pigeons de quelque manière que ce fût en ville et c’est dès 1368 qu’une lettre patente royale le proscrivit à Paris et dans ses faubourgs. Pour des raisons évidentes de salubrité et d’hygiène publiques, ce qui se vérifie aujourd’hui encore, le volatile constituant une vraie malédiction dans de nombreuses agglomérations. Ce qui n’empêcha pas les citadins de baptiser pigeonnier un espace situé sous les combles, que ce soit dans un immeuble où il est également appelé galetas ou mansarde, ou dans une salle de spectacle, ce qu’on nommera poulailler à l’époque moderne.

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